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L'administration Obama critiquée pour sa guerre contre les fuites

14/05/2013 01:27 EDT | Actualisé 14/07/2013 05:12 EDT

Très sévère dans sa lutte contre les fuites d'informations confidentielles, l'administration Obama semble avoir franchi une nouvelle étape avec la saisie de relevés téléphoniques de l'agence AP, s'attirant les critiques des défenseurs de la liberté de la presse.

L'agence de presse américaine Associated Press (AP) a dénoncé lundi une "intrusion massive et sans précédent" du département de la Justice, qui se serait secrètement saisi de deux mois de relevés téléphoniques de l'agence et de certains de ses journalistes.

"Je suis surpris et inquiet de voir l'étendue du coup de balai effectué pour saisir les relevés téléphoniques chez AP", pointe David Pozen, spécialiste de droit constitutionnel et de sécurité nationale à la Columbia University, en parlant d'une "interprétation large" des pouvoirs de perquisition du département de la Justice.

Directeur du Center for Public Integrity, à l'origine de la publication récente d'une vaste enquête sur les paradis fiscaux offshore, Bill Buzenberg souligne que son organisation a déjà reçu "quatre visites de la part d'agences du gouvernement" sur le sujet.

"J'ai l'impression que la cible s'est maintenant déplacée vers les médias", confie-t-il à l'AFP: "Ils ont tout à fait le droit de rechercher ceux qui sont à l'origine des fuites, le gouvernement a des règles et des réglements. Mais ils se servent des médias pour étouffer toute tentative de fuite".

Selon AP, l'enquête qui a justifié cette saisie concerne un article publié en mai 2012 sur une "opération de la CIA au Yémen qui a empêché au printemps 2012 un complot d'Al-Qaïda visant à faire exploser une bombe dans un avion pour les Etats-Unis".

L'administration du président Barack Obama s'est déjà montrée très active dans la poursuite des fuites concernant des dossiers confidentiels. Un ancien agent de la CIA, John Kiriakou, a ainsi été condamné en janvier à deux ans et demi de prison pour avoir glissé le nom d'un agent secret impliqué dans des interrogatoires sensibles avec des membres supposés d'Al-Qaïda.

Selon l'association Pro Publica, qui publie des enquêtes journalistiques, l'administration Obama a au total mené six actions en justice en s'appuyant sur l'"Espionage Act" datant de la Première Guerre mondiale --soit plus que sous toute autre présidence.

Parmi ces actions en justice, celle visant M. Kiriakou, mais aussi celle engagée devant la justice militaire contre Bradley Manning, accusé d'avoir fourni des documents militaires américains et des dépêches du département d'Etat au site WikiLeaks.

Selon David Pozen, deux de ses quatre actions en justice auraient été initiées sous la présidence de George W. Bush, mais il constate néanmoins une "légère hausse" sous l'administration Obama.

La révélation de la saisie des relevés téléphoniques d'AP a en tout cas valu au gouvernement une volée de critiques. Le président de Reporters sans Frontières Christophe Deloire a dénoncé "une violation flagrante des garanties constitutionnelles".

L'ACLU, une puissante association de défense des droits civiques, y a vu une attaque contre la liberté de la presse: "L'objectif des médias est d'informer le public et ils devraient pouvoir le faire sans être menacé d'être surveillés de manière injustifiée".

Dans un communiqué à l'AFP, le ministère de la Justice n'a pas répondu directement à sa mise en cause dans l'affaire AP mais dit respecter un certain nombre de lois en vigueur lorsqu'il recherche des relevés ou autres informations émanant d'organisations de presse.

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