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L'ablation des seins: une solution exceptionnelle pour éviter le cancer

14/05/2013 02:26 EDT | Actualisé 14/07/2013 05:12 EDT

L'ablation préventive des deux seins subie par l'actrice américaine Angelina Jolie, constitue la façon la plus radicale de prévenir un risque élevé de cancer du sein pour celles qui font partie des 0,2% de femmes porteuses d'une prédisposition génétique à ce type de cancer.

Le risque accru concerne principalement les femmes porteuses de deux mutations connues à ce jour, celle du gène BRCA1, comme c'est le cas pour l'actrice, et du gène BCRA2: à 70 ans, le risque d'avoir eu ou d'avoir un cancer du sein est de l'ordre de 70% chez les premières et de 50% chez les secondes. Une femme sur dix seulement, sans risque particulier, développera un cancer du sein avant 70 ans, précise le Pr Dominique Stoppa-Lyonnet, chef du service de génétique oncologique à l'Institut Curie à Paris.

Mais au-delà du cancer du sein, les deux mutations augmentent également le risque de cancer de l'ovaire avant 70 ans, qui est de l'ordre d'environ 40% des femmes porteuses de la mutation BRCA1 et de 10 à 20% de celles porteuses de la mutations BCRA2, ajoute-t-il.

Les deux cancers interviennent plus tôt chez les femmes prédisposées et leur évolution est en général plus rapide, avec un taux de rechute plus élevé.

A ces femmes, les médecins n'ont d'autre option pour l'instant que de proposer une surveillance intensive pour dépister et traiter le cancer au plus tôt, ou l'ablation préventive des seins ou des ovaires.

"Opter pour une ablation préventive des seins est une décision déchirante pour des femmes comme Angelina, mais nous savons que c'est un moyen essentiel de sauver des vies", relève Delyth Morgan, la responsable de la campagne britannique sur le cancer du sein.

La double mastectomie --l'ablation des seins-- consiste à retirer la totalité des deux glandes mammaires, c'est à dire les seins, les aréoles et les mamelons tout en préservant la peau.

Cette opération ne fait pas disparaître totalement le risque de cancer du sein, mais le réduit "de plus de 90%", selon l'Institut Curie.

"C'est une chirurgie lourde qui n'est pas sans risque. La décision doit faire l'objet d'un accompagnement approprié dans le temps", note le Pr Stoppa-Lyonnet, qui précise qu'en France seules 5% des femmes prédisposées au cancer du sein choisissent la mastectomie, contre 30 à 40% aux Pays-Bas.

Aux Etats-Unis, 25 à 35% des femmes porteuses d'une de ces deux mutations génétiques choisissent la mastectomie préventive, selon le Dr Huma Rana, du centre Dana-Farber du cancer à la faculté de médecine de Harvard.

La grande majorité des Françaises concernées optent quant à elles pour la surveillance rapprochée qui consiste généralement en trois examens annuels à partir de 30 ans.

Elles sont en revanche 30 à 40% à choisir l'ablation préventive des ovaires, une intervention recommandée par les autorités de santé en raison des difficultés à détecter ce type de cancer de manière précoce.

"C'est une intervention nettement mieux tolérée par les femmes", relève le Dr Olivier Caron, responsable des consultations d'oncogénétique à l'hôpital Gustave-Roussy à Villejuif, près de Paris.

Pour détecter les gènes défectueux, un test génétique --qui coûte environ 2.000 euros, pris en charge dans certains pays comme la France--, est proposé aux femmes à risques, c'est-à-dire ayant une histoire familiale ou personnelle de cancers du sein ou de l'ovaire.

"La mutation se transmet une fois sur deux et les hommes peuvent la transmettre même s'ils ne l'expriment pas", explique le Dr Caron.

Mais mutation n'équivaut pas obligatoirement à cancer. "On peut être porteur du gène et ne jamais avoir de cancer", note-t-il. Quant aux risques de développer un cancer, "ils dépendent également d'autres facteurs, notamment environnementaux".

ez-js/mdm

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