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Cloutier a échangé sa maison avec un Nomad et est confus sur un don de 25 000 $

14/05/2013 01:04 EDT | Actualisé 14/07/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - L'ex-vice-président de la firme de génie Roche, Gilles Cloutier, a été placé sur la défensive à plusieurs reprises, mardi, lorsque l'avocate du Parti québécois, Me Estelle Tremblay, l'a contre-interrogé devant la Commission Charbonneau.

Mais, au cours de cette journée difficile pour lui, il a aussi dû admettre qu'il avait échangé sa maison avec un motard membre des Nomads.

Tout au long de son contre-interrogatoire, l'avocate a cherché à faire paraître le témoin comme un homme qui changeait parfois de version, qui inventait des histoires et qui a cherché à s'enrichir aux dépens de la firme Roche.

Elle est notamment revenue sur une somme de 25 000 $ que M. Cloutier dit avoir versée à Gilles Beaulieu, un ami de l'ex-ministre péquiste Guy Chevrette. L'avocate a cherché à lui faire dire qu'il avait donné une tout autre version quant au but de ce don d'argent, lors d'une entrevue qu'il avait accordée en 2012 à une journaliste de Radio-Canada.

Lors de son témoignage devant la commission, il avait relié cette somme de 25 000 $ à la route 125 à Saint-Donat. Mais lors de l'entrevue avec la journaliste, il reliait plutôt la somme à la réfection de la route 125 à Sainte-Julienne.

Après moult questions où les parties ne se comprenaient guère, le commissaire Renaud Lachance a finalement lancé l'hypothèse qu'il s'agissait alors d'une autre somme de 25 000 $ pour la route à Sainte-Julienne qu'il avait envisagé de verser, mais qu'il n'a jamais versée, en plus de la somme de 25 000 $ qu'il dit avoir effectivement versée pour la route de Saint-Donat. M. Cloutier a alors acquiescé.

L'avocate du Parti québécois a aussi suggéré qu'il avait plutôt mis cet argent dans ses poches. «Je vous suggère, monsieur, que cet argent-là, vous l'avez mis dans vos poches, parce que vouliez extorquer Roche», lui a-t-elle lancé.

«Bien voyons donc, vous! Vous n'avez pas le droit de dire ça! C'est faux. Je n'ai jamais pris 25 000 $», s'est insurgé le témoin.

Maison échangée avec un motard

M. Cloutier a aussi expliqué dans quel contexte il avait échangé sa maison de Blainville avec un motard membre des Nomads contre une autre maison de Blainville. «J'ai vendu ma résidence à Denis 'Pas fiable' Houle», a-t-il admis d'emblée.

Sa maison était en vente depuis plusieurs mois quand il a été approché par un agent d'immeubles. Au départ, il ignorait que Denis «Pas fiable» Houle était un motard. Il l'a appris quand il a eu affaire à se rendre à son «domaine de Piedmont», qu'il a vu plusieurs motos dans le garage et qu'il a vu près du foyer une photo avec la mention du groupe Nomads.

M. Cloutier ne voulait alors plus vendre sa maison à M. Houle. Mais celui-ci s'est fait insistant. «Il me dit 'si tu ne veux pas signer chez le notaire, tu vas avoir des problèmes avec moi'. Il était bien choqué; il avait de l'écume à la bouche. Puis c'est un monsieur qui est gros et grand. C'est sûr que j'avais peur. Je continuais à dire 'je ne veux pas te la vendre'. Ça fait qu'il a sorti un gun et il a dit 'si tu ne viens pas chez le notaire, vous allez avoir des problèmes, vous autres'. Ça fait que je suis allé chez le notaire trois ou quatre jours après», a-t-il relaté.

«J'ai eu 105 000 $ en argent», a-t-il précisé.

Requêtes

Ensuite, l'avocat de l'ex-ministre Guy Chevrette, Me Éric Vallières, a demandé à la commission que son client soit reconnu comme partie participante, lui donnant ainsi le droit de contre-interroger les témoins.

Me Vallières a également demandé que son client soit entendu sans attendre, puisqu'il a été récemment mis en cause par le témoin Cloutier. «Les allégations contre M. Chevrette sont très graves. Elles sont très sérieuses. Elles sont fausses et contradictoires. Dans ce contexte-là, il est inhumain d'attendre huit mois ou six ou quatre ou trois mois», a plaidé Me Vallières.

«Je vous dis tout de suite que ce ne sera pas ça», l'a rassuré la juge France Charbonneau, avant d'ajouter que les deux commissaires prendraient le temps de délibérer, mais qu'ils ne peuvent pas non plus «agir sous pression».

La commission a pris les requêtes en délibéré.

La Société Radio-Canada a également proposé une modification à l'ordonnance de la juge touchant le témoignage à venir de l'ex-directeur général de la Ville de Laval, Gaétan Turbide.

La commission a déjà statué que le témoignage sera entendu en mode publication, mais que peu avant le procès des accusés dans le dossier de Laval, les médias devront retirer de leurs sites Web les reportages et articles portant sur ce sujet qui ont été diffusés ou écrits lors des audiences de la commission.

Comme les médias voient difficilement comment ils pourraient contrôler les différents sites Web, la SRC a plutôt proposé que les médias s'engagent à ne pas ajouter d'hyperliens faisant référence aux textes sur des témoignages passés devant la commission.

Aucune décision n'a été prise à ce sujet par la commission.

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