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Marianne Fiset : après son triomphe à Paris, la soprano québécoise débarque à Montréal (ENTREVUE)

13/05/2013 04:17 EDT | Actualisé 13/07/2013 05:12 EDT
Maxime Tremblay

Depuis qu’elle a remporté le choix du public et le Grand prix du Concours musical international de Montréal en 2007, Marianne Fiset est connue de tous les grands opéras de la planète. Après avoir conquis les Français à l’Opéra Paris-Bastille, et tout juste avant de s’envoler pour le MET de New York, la soprano pose ses valises à Montréal afin d’interpréter le rôle-titre de Manon, qui clôt la saison de l’Opéra de Montréal.

Sa performance au concours montréalais lui a permis d’obtenir plusieurs contrats avec des orchestres, des maisons d’opéra et des sociétés de concerts à travers le monde. « Le grand défi pour les jeunes chanteurs est d’embarquer dans le système, mais j’ai eu la chance d’être mise sur la map rapidement, affirme-t-elle. Grâce au réseau de contacts du concours, j’ai fait plusieurs récitals en France, en Suisse, en Belgique et en Angleterre. »

Quelques années plus tard, la chanteuse a vu son destin prendre un chemin inattendu, alors qu’elle était la doublure de la superstar Natalie Dessay dans la Bohème, présentée à Paris-Bastille, en février 2012. « Puisque j’étais engagée dans la deuxième distribution, je devais être la doublure pour les huit premières représentations et chanter les deux autres. Chaque matin, Bastille m’appelait pour me dire si Natalie était en forme pour assurer le spectacle. Mais après six représentations, on m’a averti qu’elle souffrait d’une grosse laryngite et que j’allais assumer les derniers concerts. J’ai ressenti une énorme décharge d’adrénaline. C’était le moment le plus stressant de ma vie ! »

Le succès parisien

Interprétant le rôle-titre d’un opéra français célèbre, devant un public réputé pour sa culture opératique et sa sévérité, Marianne Fiset a triomphé. « Je chantais dans l’une des 10 plus grandes maisons du monde, pour des Français qui sont très fiers de leur répertoire et très chauvins quand on parle des œuvres de Massenet. Certains ont vu Manon 10 fois dans leur vie. Généralement, on sait très vite s’ils aiment ça ou non. Dès le premier salut, je n’ai eu que des bravos. Les critiques ont été très bonnes. »

Franchement moins stressée qu’à ses débuts dans le rôle à Paris, Fiset affirme que les Montréalais auront droit à une meilleure prestation que les Parisiens. « Je suis plus à l’aise avec la partition, je comprends mieux les motivations du personnage et j’ai ajouté plusieurs couches à mon interprétation. Je pense que ma performance sera plus intéressante qu’il y a un an et quelques mois. »

La découverte des plaisirs

Bien que certains perçoivent Manon comme une femme fatale et calculatrice, Marianne Fiset l’a voit plutôt comme une jeune adolescente adorable. « À 16 ans, sa famille l’envoie dans un couvent, car elle aime trop le plaisir. Un jour, elle rencontre le chevalier des Grieux, de qui elle tombe éperdument amoureuse. Ils se sauvent ensemble et découvrent le monde des sensations, le luxe, les belles tenues, les beaux bijoux et les belles coiffures. C’est une personne foncièrement amoureuse de la vie. Je la trouve très touchante. Et puis son évolution est agréable à jouer. La Manon du premier acte est complètement différente de celle du cinquième. Elle acquiert une profondeur et une connaissance de la vie fascinantes. »

Si la mise en scène de Manon à Paris visitait différentes époques (18e siècle, années 70, la période punk à Londres, les années 80 de Madonna), la version montréalaise sera beaucoup plus conventionnelle. « J’avais eu un plaisir fou dans la production parisienne, mais la mise en scène avait été très mal reçue. Dans le spectacle qu’on va jouer à Montréal, on est plus traditionnel, mais ça ne veut pas dire que ce sera ennuyant. Le metteur en scène, Brian Deedrick, nous dirige de façon très moderne. On est dans le concret et dans les émotions. Il est très exigeant dans ce qu’il veut. J’adore ça. J’ai besoin de ça. »

Trois jours après avoir donné la dernière représentation de Manon, Marianne Fiset sera du spectacle Jeanne d’Arc au bûcher, avec l’Orchestre symphonique de Montréal. En juin, elle répétera La Bohème, qu’elle présentera en concerts dans un festival en Autriche de la mi-juillet à la fin août. La soprano aura ensuite deux semaines pour changer ses bagages, avant d’interpréter Donna Elvira dans l’opéra Don Giovanni à Tours et Reims, tout l’automne. En décembre et en janvier, elle sera la première doublure de Maria Kovalevskaia au MET de New York, dans La Bohème à nouveau. Son horaire est pratiquement rempli jusqu’en 2015.