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Commission Charbonneau: Cloutier avoue avoir menti pour la maison de Charlevoix

13/05/2013 04:24 EDT | Actualisé 12/07/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - Dès la reprise des audiences de la Commission Charbonneau, lundi, l'ex-organisateur politique Gilles Cloutier a admis avoir menti à la commission en affirmant qu'il était propriétaire de la maison de Pointe-au-Pic qui a servi à recevoir des élus et des clients de la firme de génie-conseil Roche.

Il est plutôt locataire de cette maison, a-t-il avoué, prenant l'initiative de faire son aveu à la commission avant même de commencer à répondre aux questions des avocats.

Il a tenté de se justifier en affirmant qu'il louait cette maison depuis près de 10 ans, qu'il avait même placé une pancarte «maison des Cloutier» devant la demeure et qu'il avait raconté à plusieurs proches que cette maison était la sienne.

Il s'est donc plus ou moins enlisé dans son mensonge, en le répétant aux enquêteurs de la Commission Charbonneau, à la procureure chef de la commission et en contre-interrogatoire, a-t-il expliqué.

«J'ai beaucoup de peine, de tristesse, puis de culpabilité concernant cette affirmation-là», a-t-il dit à la commission, l'air penaud.

La juge France Charbonneau est alors intervenue: «pourquoi vous avez menti sur un fait aussi anodin?»

C'était «par orgueil mal placé», a-t-il répondu.

«J'ai vécu l'enfer depuis jeudi passé suite à ces choses-là. Je m'excuse», a-t-il affirmé. En fait, les enquêteurs de la commission l'ont rencontré de nouveau, ce jeudi dernier, après son témoignage, pour le confronter avec le fait qu'il n'était pas propriétaire de cette maison, selon le registre municipal, contrairement à ce qu'il avait dit. C'est ensuite qu'il a changé sa version des faits.

Mais il a tenu à rassurer la commission, jurant que le reste de son témoignage était véridique. «J'ai révisé tout mon témoignage les trois jours passés et dans l'autre semaine, et tout ce que j'ai dit est vrai et je le jure encore aujourd'hui», a-t-il affirmé.

Contre-interrogatoire difficile

En contre-interrogatoire, l'avocate du Parti québécois, Me Estelle Tremblay, lui a fait dire qu'il avait non seulement menti sur le fait qu'il était locataire, et non propriétaire de cette résidence, mais également sur le fait qu'il l'avait achetée devant notaire, qu'il l'avait payée 200 000 $ et revendue 400 000 $.

Me Tremblay a tenté de démontrer que le cocktail de financement dans Prévost, en 2001, qu'il dit avoir organisé pour la députée péquiste Lucie Papineau, et auquel le ministre Guy Chevrette aurait participé, n'avait jamais eu lieu. M. Cloutier a dit avoir recueilli 15 000 $ à cette occasion, à raison de 1000 $ réclamés à 15 participants.

Mais Me Tremblay a fait savoir que selon le relevé transmis au Directeur général des élections, une telle somme n'avait pas été amassée. Et l'agenda de l'ex-députée péquiste n'affiche rien en ce sens, a ajouté l'avocate.

Le témoin a maintenu sa version des faits, assurant que les entrepreneurs invités avaient bel et bien payé 1000 $, certains en argent comptant, certains par chèque, pour pouvoir s'adresser à M. Chevrette, alors ministre des Transports.

Me Tremblay a aussi émis des doutes quant à la vraisemblance de son témoignage sur le fait qu'un ami de Guy Chevrette, Gilles Beaulieu, lui aurait demandé 100 000 $ pour pouvoir avoir accès au bureau de M. Chevrette, dans le cadre du contrat de la route 125 à Saint-Donat. Il avait précisé avoir payé une première tranche de 25 000 $.

«Trouvez-vous vraisemblable que Roche ait payé 25 000 $ à Gilles Beaulieu plusieurs mois, neuf mois au moins, après que Roche ait obtenu la job et l'ait même exécutée?» lui a demandé Me Tremblay.

Mais le témoin s'est dit confus avec les dates.

L'avocat représentant Guy Chevrette, Me Éric Vallières, a demandé à ce que son client soit entendu plus rapidement que prévu, puisqu'il a été clairement mis en cause par le témoignage de M. Cloutier.

Il a également demandé le droit de contre-interroger M. Cloutier, tout comme l'avocat de Gilles Beaulieu, Me Jean Lozeau.

Contre-interrogé par l'avocat de l'Association des constructeurs de routes et grands travaux, Me Denis Houle, M. Cloutier a également indiqué avoir déjà rencontré l'ancien chef de l'Unité anticollusion et actuel député de la Coalition avenir Québec, Jacques Duchesneau. Il l'a rencontré après sa défaite à la mairie de Montréal en 1998. Trois couples ont soupé ensemble à la maison du candidat Germain Prégent, à Saint-Henri, sur la Rive-Sud de Montréal, a-t-il rapporté.

«Il parlait de se représenter. Je lui ai expliqué toutes sortes d'affaires, de quelle façon j'organisais des élections. Il était prêt à me prendre pour la prochaine élection. Mais il a changé d'idée avec le temps», a rapporté M. Cloutier.

Du côté de la Coalition avenir Québec, le député Jacques Duchesneau ne se rappelait même pas de ce souper. À sa connaissance, ce souper n'a même pas eu lieu, a rapporté Guillaume Simard-Leduc, de la CAQ.

Il a également souligné qu'il lui paraissait peu plausible que M. Duchesneau ait partagé le repas avec M. Cloutier, qui avait été organisateur de Pierre Bourque, son adversaire politique.

Il a ajouté que si une discussion avait eu lieu, il n'y avait certainement pas été question de financement illégal, puisque M. Duchesneau faisait justement campagne sur l'éthique et l'assainissement des moeurs politiques.

La commission a poursuivi l'audition du témoignage de M. Cloutier en non-publication et fera de même mardi matin.

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