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Guatemala : l'ex-dictateur Rios Montt est reconnu coupable de génocide

10/05/2013 10:23 EDT | Actualisé 10/07/2013 05:12 EDT

GUATEMALA, Guatemala - Un tribunal du Guatemala a reconnu coupable l'ancien dictateur Efrain Rios Montt de génocide et de crimes contre l'humanité vendredi, le condamnant à une peine d'emprisonnement 80 ans, dont 50 ans pour génocide.

Il s'agit de la première peine du genre jamais imposée à un ancien leader d'Amérique latine. Il s'agit aussi de la première reconnaissance, de la part de l'État, qu'un génocide a été commis pendant la sanglante guerre civile qui a duré de 1960 et 1996, ce que le président actuel, le général à la retraite Otto Perez Molina, a nié.

Selon le juge-président Yassmin Barrios, Rios Montt était au courant de tout ce qui se passait et n'a rien fait pour y mettre fin, en dépit du fait qu'il avait le pouvoir pour le faire. Il l'a ensuite déclaré coupable de génocide.

L'ancien général âgé de 86 ans rigolait, parlait à ses avocats et écoutait les procédures à l'aide d'écouteurs. Lorsque le verdict de culpabilité a été prononcé, le public dans la salle de cour a manifesté sa joie. Des femmes qui ont perdu des proches pendant les massacres n'ont pu s'empêcher de pleurer. Pendant que les caméramen et photographes se précipitaient autour de lui, Rios Montt a crié au juge de rétablir l'ordre dans la salle.

La décision du juge Barrios a suscité des réactions au Québec, alors que des responsables de Projet Accompagnement Québec-Guatemala (PAQG) l'ont qualifiée de «véritable victoire pour les survivants du génocide, surtout dans un pays où les taux d'impunité pour de simples homicides demeurent au-dessus de 90 pour cent», a affirmé Étienne Roy-Grégoire, membre du conseil d'administration du PAQG.

La durée de la peine se veut surtout symbolique, compte tenu de l'âge de l'accusé et du fait que la peine maximale au Guatemala ne peut dépasser 50 ans. Ses avocats ont promis d'en appeler du verdict.

«Il s'agit d'un verdict injuste. Nous savions déjà qu'ils allaient le déclarer coupable, le général s'est même présenté avec sa valise pleine», a déclaré l'avocat de la défense, Francisco Palomo.

Un tribunal composé de trois juges a prononcé le verdict à l'issue d'un procès qui a duré près de deux mois et au cours duquel des dizaines de victimes ont fait part d'horribles atrocités.

Le procès a été marqué de hauts et de bas, alors que le procès a été suspendu pendant 12 jours en raison d'appels. À certains moments, même, il semblait destiné à être annulé.

Les procureurs ont affirmé que Rios Montt devait être au courant des massacres d'Indiens mayas pendant qu'il était à la tête du Guatemala, de mars 1982 à août 1983, au zénith de la guerre civile. Les trois juges ont conclu que les massacres ont suivi un modèle identique, démontrant qu'ils avaient été planifiés, ce qui ne serait pas possible sans l'approbation du commandement militaire, que Rios Montt dirigeait.

Rios Montt a affirmé qu'il n'a jamais été informé, ni ordonné des massacres pendant qu'il se trouvait au pouvoir.

Jose Mauricio Rodriguez Sanchez, un ancien général âgé de 68 ans et co-défendant, a par ailleurs été acquitté de toutes les accusations qui pesaient contre lui.

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