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09/05/2013 06:48 EDT | Actualisé 09/07/2013 05:12 EDT

Opération de l'UPAC à Laval: l'ex-maire Vaillancourt accusé de gangstérisme

LAVAL, Qc - L'ancien maire de Laval, Gilles Vaillancourt, son ancien directeur général Claude Asselin et l'ancien directeur des services d'ingénierie Claude Deguise ont été accusés de gangstérisme, jeudi après-midi, au palais de justice de Laval.

S'adressant brièvement aux médias en fin de journée, M. Vaillancourt a demandé aux journalistes de respecter sa vie privée.

«J'ai beaucoup d'arguments à faire valoir devant le tribunal et à partir de maintenant, je vais consacrer mes énergies à préparer ma défense et prouver mon innoncence», a-t-il lancé.

L'acte d'accusation précise que MM. Vaillancourt, Asselin et Deguise auraient commis des actes criminels entre 2002 et 2010 au profit, sous la direction ou encore en association avec une organisation criminelle.

Ces trois accusés ont été remis en liberté sous certaines conditions, dont une caution de 150 000 $ dans le cas M. Vaillancourt. Ils seront de retour devant le tribunal le 10 juillet prochain pour la suite des procédures.

À cette même date, 34 autres personnes, arrêtées dans la frappe matinale de l'Unité permanente anticorruption (UPAC), se présenteront devant le tribunal. Parmi elles figurent l'homme d'affaires Antonio Accurso et l'ingénieur de la firme Dessau Rosaire Sauriol.

L'avocate de M. Vaillancourt, Nadine Tooma, s'est montrée avare de commentaires face aux journalistes.

«Je vais réserver mes commentaires, peut-être en ferais-je plus tard. Pour l'instant, il est présumé innoncent jusqu'à preuve du contraire. Il a plaidé non coupable, et quand on dit réserver notre choix, cela veut dire que plus tard, nous indiquerons à la cour la position qu'il prendra», a-t-elle mentionné.

Selon elle, la remise en liberté conditionnelle de Gilles Vaillancourt n'est pas un traitement de faveur.

«Les conditions sont classiques, vous les avez entendues: garder la paix, garder une bonne conduite, ne pas communiquer avec les autres accusés, ne pas communiquer avec d'autres témoins ni quitter la province sans consentement de la cour et aviser la cour d'un changement d'adresse», a-t-elle indiqué, refusant de commenter sur l'accusation de gangstérisme portée contre M. Vaillancourt.

En dépit de la gravité des accusations dans cette affaire, la Couronne estime qu'il n'est pas inhabituel de consentir à la remise en liberté des accusés. «Chaque cas est un cas d'espèce. La poursuite s'est déclarée satisfaite des garanties présentées par les trois accusés aujourd'hui», a expliqué la procureure de la Couronne, Mylène Grégoire.

À l'UPAC, le commissaire Robert Lafrenière a précisé que le système mis en place permettait de déposer des accusations de gangstérisme en vertu de l'article 467.12 du Code criminel, soit de commettre une infraction au profit d'une organisation criminelle et de charger une personne de le faire. La preuve n'ayant pas encore été rendue publique, la procureure de la Couronne a refusé de préciser de quelle organisation il s'agissait.

Gilles Vaillancourt est aussi accusé en vertu de l'article 467.13 qui cible une personne faisant partie d'une organisation criminelle sciemment chargée, directement ou indirectement, de commettre une infraction au Code criminel. Ce chef d'accusation, le plus lourd à avoir été déposé dans cette opération de l'UPAC, s'accompagne d'une peine possible de prison à vie.

Le commissaire à la lutte contre la corruption, M. Lafrenière, a précisé que cette opération avait pour objectif de mettre un terme à un système de corruption et de collusion dans l'octroi de contrats publics à Laval. Trois groupes distincts — des entrepreneurs et ingénieurs, des facilitateurs (avocats, notaires et un commerçant) et le triumvirat lavallois — ont été ciblés.

Le maire Vaillancourt a démissionné de son poste en novembre 2012 sous des allégations de malversations, après 23 ans. Claude Asselin a pris sa retraite en 2006 après 17 ans comme directeur général de Laval. Après son départ, il est devenu vice-président de la firme Dessau.

Claude Deguise a quitté en 2008 après 11 ans comme directeur général du service de l'ingénierie de Laval. Une indemnisation de départ de 180 000 $ lui avait été versée.

Cette vaste opération du service des enquêtes de l'UPAC a permis de déposer une liasse d'accusations dont celles de fraude, fraude envers le gouvernement, complot, abus de confiance, corruption dans les affaires municipales, recyclage des produits de la criminalité et gangstérisme.

Les autres personnes faisant face à des accusations sont: Robert Talbot, Pierre L. Lambert, Jean Bertrand, Jean Gauthier, Guy Vaillancourt, Serge Duplessis, Laval Gagnon, Yanick Bouchard, François Perreault, Alain Filiatreault, Jocelyn Dufresne, Valmont Nadon, Joseph Molluso, Ronnie Mergl, Anthony Mergl, Marc Lefrançois, Giuliano Giuliani, Patrick Lavallée, Louis Farley, Guy Jobin, Robert Cloutier, Mike Mergl, Guy Desjardins, Claude Desjardins, Lyan Lavallée, Mario Desrochers, Luc Lemay, Léonardo Moscato, Carl Ladouceur, Normand Bédard, Yves Théberge et Daniel Lavallée.

Les accusations déposées contre Lyan Lavallée ont eu des répercussions jeudi soir, alors que Joël Gauthier, président et chef de la direction du Groupe Hexagone, a annoncé la suspension sans solde de M. Lavallée pour une durée indéterminée.

Tout en reconnaissant la présomption d'innoncence, M. Gauthier a affirmé que ce geste envoyait un signal très clair aux employés et à l'industrie.

«Nous nous engageons résolument en faveur de la transparence et du changement. Nous avons la chance d'avoir une toute nouvelle entreprise à construire selon les besoins et les atteintes d'aujourd'hui», a déclaré M. Gauthier, dans un communiqué de presse.

M. Lavallée était le président de Ciments Lavallée, une entreprise achetée le 30 avril dernier par Investissements Hexagone. Au sein du Groupe Hexagone, M. Lavallée avait été nommé au poste de représentant des ventes, selon Mme Jade St-Jean, porte-parole du Groupe Hexagone.

Après avoir été visé par des allégations devant la Commission Charbonneau et ciblé par l'UPAC, M. Vaillancourt a démissionné de son poste de maire de Laval le 9 novembre 2012. Né en janvier 1941, Gilles Vaillancourt, aujourd'hui âgé de 72 ans, a régné de manière incontestée sur la ville de Laval pendant 23 ans.

Au terme d'un vote secret, c'est Alexandre Duplessis qui a été choisi par les conseillers municipaux pour le remplacer, le 23 novembre 2012.

Deux hommes qui ont travaillé sous la gouverne de M. Vaillancourt, le directeur général de Laval Gaétan Turbide et son adjoint, Jean Roberge, ont été suspendus avec solde pour une durée indéterminée, le 3 mai dernier, par le nouveau maire.

Les deux hauts fonctionnaires l'avaient alors prévenu de leur prochaine comparution devant la Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction. Considérant que leurs témoignages pourraient faire des vagues ou troubler la «sérénité» des activités du comité exécutif, le maire Duplessis avait jugé la suspension des deux fonctionnaires salutaire.

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