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08/05/2013 03:24 EDT | Actualisé 08/07/2013 05:12 EDT

Une commission se penchera sur la crise étudiante du printemps 2012

QUÉBEC - Québec a lancé mercredi la «Commission spéciale d'examen» chargée de jeter un éclairage «indépendant» sur les perturbations liées à la crise étudiante du printemps 2012.

Ce faisant, le gouvernement répond à la demande «pressante, insistante, répétée» entendue depuis l'automne dernier en faveur d'une revue des événements du Printemps érable, a expliqué le ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron, en conférence de presse.

La commission sera présidée par l'avocat et ancien ministre péquiste Serge Ménard, qui sera épaulé par l'ex-juge Bernard Grenier et la syndicaliste et ancienne présidente de la CSN, Claudette Carbonneau.

Les commissaires ont reçu le mandat d'analyser «les circonstances des manifestations et actions de perturbation» tenues durant la crise étudiante et «d'identifier les facteurs ayant contribué à la détérioration du climat social».

Sans pouvoir de contrainte, la commission entendra ceux qui veulent bien témoigner à huis clos. Les commissaires se pencheront en outre sur les techniques utilisées par les forces policières, les méthodes employées par les agitateurs, les impacts économiques de la crise et les effets sur le sentiment de sécurité de la population.

Mise sur pied au coût de 400 000 $, la commission devra remettre son rapport, incluant ses recommandations, au plus tard le 20 décembre 2013. Le document sera rendu public «dans les 45 jours» suivant sa réception, indiqué le ministre.

L'objectif de la démarche est «d'apporter un éclairage qui permettra d'agir de façon à maintenir la paix sociale» et non de trouver des coupables, a insisté M. Bergeron.

Mais si le but de la commission n'est pas de désigner un coupable, le ministre Bergeron semble avoir déjà tiré des conclusions.

«S'il n'y avait pas eu une volonté de la part du gouvernement précédent de hausser de façon démesurée les frais de scolarité, nous n'aurions probablement pas assisté à cette crise-là», a-t-il dit.

Dans une déclaration lue devant la presse, M. Bergeron n'a pas soufflé mot sur le rôle joué par l'opposition péquiste durant les événements de 2012 _ le port du carré rouge par les députés, par exemple _ se limitant à critiquer le «gouvernement du Parti libéral».

Néanmoins, la commission n'a pas été mise en place «pour faire porter quelque blâme que ce soit au précédent gouvernement», a par la suite expliqué le ministre.

«Ce sera aux membres de la commission d'en arriver éventuellement à une telle conclusion», a-t-il dit.

Le ministre de la Sécurité publique a aussi dû défendre le choix des commissaires désignés, plus précisément ceux de M. Ménard, ancien membre du gouvernement péquiste, et de Mme Carbonneau, présidente de la CSN jusqu'en 2011. Le mouvement syndical a joué un rôle actif durant la crise, fournissant dans certains cas le transport aux manifestants.

«Ces personnes ont été sélectionnées pour leur expertise, leur vaste expérience, leur crédibilité et leur objectivité», a justifié M. Bergeron.

«Ces personnes sont indépendantes et n'ont pas de lien direct avec le ministère de la Sécurité publique ou quelque service de police», a-t-il ajouté.

Pour les principaux partis d'opposition, cette commission d'examen accuse un sérieux déficit de crédibilité. Le mandat donné aux commissaires laisse croire qu'il s'agira d'un procès intenté aux policiers, selon libéraux et caquistes.

Le ministre Bergeron «a perdu la confiance des 15 000 policiers du Québec, des commerçants et des citoyens qui ont été pris dans le métro de Montréal», a déclaré le porte-parole de l'opposition officielle en matière de sécurité publique, Robert Poëti.

«C'est dépenser inutilement l'argent des contribuables, c'est une récupération politique insoutenable», a-t-il argué.

La Coalition avenir Québec (CAQ) estime quant à elle que l'exercice est non seulement biaisé mais inutile dans la mesure où les témoins ne pourront être contraints à se présenter à la barre.

«On veut savoir ce qui s'est passé, parfait, mais pas de façon biaisée comme ce qui nous a été présenté aujourd'hui. Les engins fumigènes, les bouteilles d'urine lancées à la police, est-ce qu'il y a quelqu'un qui va venir se vanter de ça s'il vient témoigner volontairement?» a soulevé le député Jacques Duchesneau.

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