DIVERTISSEMENT
08/05/2013 01:45 EDT | Actualisé 08/05/2013 01:56 EDT

Ça arrête pu d'bien aller! : le bonheur facile de Jérémy Demay

Agence QMI

Jérémy Demay a une bouille de premier de classe, de garçon sage, d’éternel adolescent toujours rieur, à qui on donnerait le bon Dieu sans confession. Sur scène, il se décrit lui-même comme un humoriste « humaniste » et prône des valeurs comme l’acceptation de soi et le respect des différences. Pour illustrer son propos, le gaillard n’hésite d’ailleurs pas à blaguer avec ses spectateurs, à leur faire des câlins et même à leur déposer des baisers sur le crâne… mais aussi à rire de son statut d’ « hostie de Français de marde » et à comparer sa propre apparence de gars de 6 pi 5 po à celle d’un fleuriste ou d’une flûte. Bienvenue dans l’univers léger et rafraîchissant d’un artiste positif, qui ne souhaite visiblement rien d’autre que de répandre son bonheur, déjà contagieux d’emblée.

Car c’est bien ce qui se dégage de Ça arrête pu d’bien aller!, premier spectacle solo du « plus français des Québécois » (ou du « plus québécois des Français »). Ce dernier nous offre un moment de franche rigolade, par le biais de textes bien fignolés, pas du tout choquants, et d’hilarantes mimiques. Valsant allègrement entre la blague juvénile et les discours plus aboutis, Jérémy Demay se moque gentiment de nos défauts mignons et nous incite à nous regarder le nombril, sans toutefois jamais verser dans le cynisme ou l’humour noir. Si on se fie aux rires qui ont retenti dans le Théâtre Saint-Denis mardi soir, à l’occasion de sa grande rentrée montréalaise, il y a fort à parier que le jeune homme obtiendra un beau succès avec cet effort mis en scène par Mike Ward (dont le style corrosif ne transparaît aucunement dans la prestation).

L’amusant personnage a fait irruption devant le public dans un jeu de sons et lumières rappelant celui d’une discothèque. Tout de suite à l’aise, il a expliqué qu’il est arrivé au Québec il y a huit ans – il est né à Dijon, en France – et qu’il a alors dû repartir à zéro, sans sa famille et ses amis. La table était alors mise pour quelques parallèles rigolos entre les cultures et les expressions québécoises et françaises.

« C’est vrai qu’on a l’air gays, les français », a-t-il lancé sans détour, avec un air faussement lucide à se rouler par terre.

Jérémy a ensuite énuméré les éléments nécessaires à la parfaite « journée de marde », imité les cris d’un groupe de filles hystériques dans un bar, imaginé une discussion par messages-textes entre Roméo et Juliette et dansé le Gangnam Style. Il a aussi empoigné sa guitare pour gratter quelques notes et ainsi démontrer le potentiel de séduction de l’instrument. Seul maillon faible de l’ensemble : le numéro où il décrypte ligne par ligne le texte de la chanson Je l’aime à mourir, de Francis Cabrel, qui manque un peu de substance et qui traîne en longueur.

Hommes versus femmes

Plus solide que la première, la seconde partie de Ça arrête pu d’bien aller! s’avance dans des thématiques souvent exploitées, mais le fait de façon efficace. Le jeune trentenaire pose un regard intéressant sur les relations hommes-femmes, constatant le (parfois trop) grand besoin des dames de « ventiler » et d’exprimer leurs émotions, par opposition à celui des messieurs de ne « penser à rien ». Sa vision de la gestion du stress chez les deux sexes est particulièrement évocatrice.

« Essayer de trouver une solution à une fille qui stresse, c’est comme être pris en otage par des terroristes talibans et crier : “Je suis américain!” », a-t-il illustré.

En revanche, il tourne également en dérision le pouvoir qu’un simple « T’es pas game » peut avoir sur un mâle prêt à tout pour prouver sa virilité.

« Si je ne veux pas mettre ma poche dans de l’acide à batterie, est-ce que ça fait de moi une tapette ? »

Demay frappe aussi dans le mille avec son segment sur les nouvelles technologies. Comparant Internet à Dieu (après tout, les cours d’informatique ont remplacé les leçons de catéchèse dans les écoles), Google à une femme rancunière (parce qu’il garde en mémoire tous les sites peu recommandables visités) et Yahoo, à son meilleur ami homosexuel, il a vociféré contre certaines habitudes gênantes sur Facebook, comme « aimer » ses propres publications ou écrire des banalités en guise de statut.

Après cette tirade sur notre dépendance aux joujoux électroniques, le comique a trouvé le moyen de faire « mimer » une forêt à son parterre (il faut être dans la salle pour comprendre), de nous faire le récit de son dernier épisode d’hémorroïdes et de comparer les réactions de jouissance féminines et masculines. Le tout, avant de conclure avec une finale toute en nuances, un brin philosophe. Quand on vous dit qu’il joue sur tous les tableaux…

Jérémy Demay offrira des supplémentaires de Ça finit pu d’bien aller! les 18, 20 et 21 juillet prochain, au Théâtre Jean-Duceppe, dans le cadre du Festival Juste pour rire. Pour informations : www.JeremyDemay.com.