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06/05/2013 03:10 EDT | Actualisé 05/07/2013 05:12 EDT

Le nouveau régime minier, des promesses brisées selon l'opposition

Commentant l'annonce du nouveau régime de redevances minières du Québec faite lundi par le ministre des Finances, Nicolas Marceau, la Coalition Avenir Québec (CAQ) et le Parti libéral ont évoqué des promesses électorales brisées et un danger pour l'économie.

Le porte-parole de la CAQ en matière de ressources naturelles, François Bonnardel, a d'abord souligné que le Parti québécois ne réalisera pas sa promesse électorale qui était d'augmenter de 388 millions de dollars par année les redevances déjà perçues par le gouvernement.

M. Bonnardel est ensuite revenu sur l'incertitude économique que le Parti québécois laisse planer depuis qu'il est au pouvoir.

« Un cadre réglementaire imprécis, un régime minier qui a changé trois fois en six ans. L'industrie a mal et a besoin d'être épaulée. Le PQ n'a pas l'économie à coeur et met en péril les emplois dans les régions », a-t-il dit.

Selon lui, ce nouveau régime minier fait fuir les investisseurs, « ça je vous le confirme, on me l'a dit », et met les projets d'exploration en péril.

« Le Parti québécois fait mal à l'industrie minière québécoise et aux emplois qui sont les plus payants », a lancé M. Bonnardel.

Selon le député de la CAQ, le système de redevances actuellement en place est compétitif au Québec.

Parti libéral

De son côté, le Parti libéral est revenu sur les mêmes arguments que la CAQ, avec un peu plus d'hostilité.

Le porte-parole en matière de finances, Raymond Bachand, a lui aussi fait remarquer que le Parti québécois n'allait pas remplir sa promesse électorale et qu'au lieu des 388 millions promis, c'est seulement 50 millions qui entreront dans les coffres de l'État grâce au nouveau régime.

« Au niveau démocratique, c'est une triste journée aujourd'hui pour le Québec », a déclaré M. Bachand.

Quant à Jean D'Amour, porte-parole en matière de Plan Nord et de mines, il a affirmé que les Québécois « paient très cher aujourd'hui pour l'incertitude des deux dernières années ».

« Au cours des huit derniers mois, on a vu des Québécois perdre leur travail dans l'industrie minière. Le Québec a perdu beaucoup au niveau de sa crédibilité. C'est l'effet Marois qui s'est fait sentir au cours des dernières semaines », a dit M. D'Amour, affirmant que les exemples sont nombreux.

Raymond Bachand conclut que le régime n'a pas été transformé en profondeur parce qu'il l'avait déjà été par le Parti libéral. « C'est un recul majeur du gouvernement, qui vient un peu reconnaître que la réforme fondamentale du régime de redevances a été faite au Québec il y a deux ans », a indiqué M. Bachand.

Québec solidaire

Pour sa part, Québec solidaire déplore le manque de courage du Parti québécois. « C'est le chantage économique qui l'emporte sur le courage politique », a souligné Amir Khadir, député de Mercier, dans un communiqué.

« Au moment où tout le monde paye ses impôts, il est pour le moins grotesque que le lobby des grandes minières ait été consulté, ce qui démontre le niveau de privilège de ces multinationales qui considèrent avoir des droits sur notre territoire. Qui d'autre, au Québec, est consulté sur sa contribution aux finances publiques? Est-ce qu'on a consulté les Québécois avant d'augmenter leur facture d'Hydro-Québec? » demande M. Khadir.

Réserves et déceptions

La coalition Québec meilleure mine est insatisfaite du nouveau régime minier. « C'est quatre à huit fois moins de revenus que ce qu'avait prévu le Parti québécois lors des dernières élections. On aurait pu aller en chercher beaucoup plus », a affirmé Ugo Lapointe, porte-parole de la coalition, dans un communiqué.

« De toute évidence, la campagne de peur des minières semble avoir eu son effet. Ça n'augure rien de bon pour la suite des choses, notamment la réforme de la Loi sur les mines et l'établissement d'une politique d'ensemble pour le développement du Nord et de nos ressources non renouvelables », a déclaré le coporte-parole Christian Simard, aussi directeur général de Nature Québec. « Les augmentations de redevances annoncées aujourd'hui ne permettront même pas d'éponger la dette environnementale de plus de 1,2 milliard de dollars, associée à la restauration des sites miniers abandonnés au Québec », a illustré M. Simard.

L'Association minière du Québec (AMQ) « a pris acte » de la décision du gouvernement « sans grand enthousiasme ». Selon elle, l'ancien régime de redevances « fonctionnait bien ».

« Nous sommes déçus que cette décision nous ait été imposée, surtout qu'il s'agit d'un deuxième changement majeur dans nos façons de faire en moins de trois ans. [...] Nous aurions préféré le maintien de l'ancien régime qui répondait aux impératifs d'enrichissement collectif du Québec et des Québécois, de même qu'aux réalités de notre secteur d'activité », a déclaré la présidente-directrice générale de l'AMQ, Josée Méthot.

Pour le syndicat des Métallos, affilié à la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), la révision des redevances minières est « un bon premier pas ». Le syndicat estime que « l'effort devra cependant se poursuivre afin de poser des exigences claires et réalistes de transformation au Québec pour tous les nouveaux projets de développement minier ».

« Le Québec ne peut se priver des milliers d'emplois supplémentaires qui viennent avec la transformation des ressources naturelles », a souligné le président de la FTQ, Michel Arsenault.

De son côté, le Conseil du patronat du Québec (CPQ) accueille « avec réserve » le nouveau régime et « demeure préoccupé par l'impact du nouveau régime sur les investissements miniers au Québec, à court et à long terme ».

« Les jeux sont maintenant faits et le pari est risqué; il ne reste qu'à voir comment réagiront les décideurs et les investisseurs de l'industrie », lit-on dans le communiqué du CPQ.

L'Union des municipalités du Québec (UMQ) souhaite pour sa part qu'une discussion sur « le partage des redevances avec les communautés régionales soit engagée dans les plus brefs délais ».

« L'UMQ considère qu'une partie des redevances devrait être investie dans les économies locales par la mise en place d'un fonds de diversification au bénéfice des communautés minières », écrit l'Union dans son communiqué.

L'UMQ déclare également qu'elle « attend avec impatience le projet de loi qui viendra réviser l'anachronique régime minier ».

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