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Le Québec sonde sa blessure indépendantiste en musique

05/05/2013 08:25 EDT | Actualisé 05/07/2013 05:12 EDT

Actuellement irréalisable faute d'appui majoritaire de la population, l'aspiration indépendantiste québécoise réapparaît à Montréal dans une comédie musicale dynamique, "Le Chant de Sainte Carmen de la Main".

Le spectacle, écrit et mis en scène par René Richard Cyr d'après une oeuvre de Michel Tremblay, raconte le drame de Carmen, une chanteuse de country. Celle-ci, chantant des airs western en français, tente en vain de révolutionner la scène de Montréal et de donner une dignité à la faune de la "Main" --le boulevard Saint-Laurent-- faite de travestis et de filles publiques, opprimée par un mafieux du spectacle, Maurice, son ex-amant.

En fait, la pièce, mise en musique par Daniel Bélanger, évoque au second degré le rêve d'indépendance des francophones d'Amérique.

Les auteurs de cette comédie dont la première a eu lieu jeudi n'ont à craindre aucun censeur. Mais, consciemment ou non, leur pudeur semble tenir compte de la blessure qui ne s'est jamais complètement refermée, après les deux référendums perdus par les indépendantistes en 1980 et 1995.

Certaines répliques sont sans ambiguïté: la Main devient le Québec que l'on appelle à se relever. "Réveille-toi, lève-toi, on peut faire autre chose que les yodles", "La Main veut oublier ce qu'elle est", mais "la Main mérite d'exister, il faut juste qu'on l'aide à s'en rendre compte", "Viens-t-en avec nous autres chanter au lieu de raser les murs... être aimée au lieu d'être violée".

Curieusement, alors que l'indépendantisme québécois était marqué par la résistance à la domination anglophone, la pièce --certes jouée avec expressions et accent québécois bien affirmés-- fait résonner plusieurs anglicismes, à commencer par "la Main" ("Main Street").

De même, Carmen (jouée par Maude Guérin), apporte un souffle de liberté venant de Nashville, dans le Tennessee, la capitale mondiale de la country. Et elle se bat contre la jalouse Gloria, une ancienne gloire de la chanson sud-américaine, dont la référence essentielle est l'ambiance du Miami Beach des années 50.

Les forces en présence sont donc purement américaines, la France n'est pas évoquée.

La chanteuse meurt assassinée par Tooth-Pick, homme de main de Maurice, mais, dans le dernier air de la pièce, le choeur martèle que "le monde aurait le goût de changer"...

"Carmen" est proposée au public montréalais quelques mois après l'arrivée au pouvoir du parti indépendantiste de Pauline Marois, qui avait remporté les élections en septembre dernier. La pièce avait dû être préparée bien avant cette victoire, mais les deux événements --politique et artistique-- semblent refléter la même aspiration profonde d'une partie importante de la société québécoise à affirmer son identité.

"Symbolisant avec une acuité et une lucidité fascinante un Québec qui tarde à croire en lui et à prendre les rênes de sa destinée, l'histoire de la Main est à la fois touchante, provocante, drôle et brillante", se réjouit le critique théâtral Samuel Larochelle dans le Huffington Post.

via/mdm/jr

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