NOUVELLES

Front commun pour garder le siège de l'OACI à Montréal (VIDÉO)

03/05/2013 08:52 EDT | Actualisé 03/07/2013 05:12 EDT

« Nous souhaitons vivement que l'OACI demeure sur son territoire. Ici, l'OACI est chez elle », a déclaré le maire de Montréal, Michael Applebaum, lors d'une conférence de presse des trois paliers de gouvernement visant à conserver le siège de l'Organisation de l'aviation civile internationale à Montréal.

Le maire Applebaum est apparu en compagnie du ministre des Relations internationales, de la Francophonie et du Commerce extérieur et ministre responsable de la région de Montréal, Jean-François Lisée, et du ministre des Affaires étrangères du Canada, John Baird, pour présenter un front uni et affirmer leur volonté de conserver le siège social de l'OACI à Montréal.

« Nous pouvons tous les trois mettre de côté la politique pour appuyer fermement la candidature de Montréal pour l'OACI », a déclaré M. Baird. « Nous avons la conviction que nous convaincrons le monde que Montréal mérite de conserver le siège de l'OACI. »

Le ministre Baird a d'ailleurs réfuté la rumeur voulant que la position du Canada au Moyen-Orient constitue un irritant pour les pays arabes qui auraient poussé le Qatar à présenter une offre à l'ONU pour ravir le siège de l'OACI à Montréal. « J'ai fait plusieurs voyages dans la région au cours des derniers mois et jamais il n'est question de ça », a précisé M. Baird. « C'est seulement une position [canadienne], elle ne définit pas notre relation. J'ai toujours reçu un accueil chaleureux dans ces pays. »

De passage à Québec, le premier ministre canadien Stephen Harper a abondé dans le même sens que son ministre. Même M. Lisée estime que la position canadienne n'a rien à voir avec la proposition du Qatar. « Dans les contacts que nous avons faits, nous n'avons pas senti cette réaction », a précisé M. Lisée.

Les trois politiciens ont insisté sur le caractère international et cosmopolite de Montréal de même que sur la qualité de vie qui prévaut pour les employés de l'OACI. Les trois hommes ont insisté, parfois sur un ton badin, sur le climat de Montréal où la neige constitue un atout. Ils ont fait ces allusions en raison des arguments du Qatar qui utilise l'argument du temps froid montréalais pour militer en faveur d'un déménagement à Doha.

Le ministre Baird soutient avoir déjà fait une vingtaine d'appels pour s'assurer du soutien du monde de l'aviation. Il dit avoir obtenu l'appui de plusieurs pays sans toutefois en préciser l'identité. « Ce n'est pas le début de notre action, parce que nous sommes en actions depuis la semaine dernière », poursuit M. Lisée qui précise que les ambassades et les délégations générales sont déjà à pied d'œuvre pour s'assurer de conserver le siège de l'OACI.

L'OACI enracinée à Montréal

« L'OACI est installée à Montréal depuis plus de 60 ans et elle a désormais des racines profondes, et Montréal est fière de cette présence qui fait d'elle l'une des huit villes-sièges d'institutions spécialisées des Nations unies », a ajouté le maire Applebaum.

M. Lisée a également abondé en ce sens en soulignant l'importance du domaine de l'aviation et de l'aérospatial dans l'économie montréalaise.

Le ministre québécois a précisé que l'OACI représentait 700 emplois directs, mais que 40 000 salariés travaillaient dans ce secteur à Montréal. De plus, de nombreuses associations internationales du secteur de l'aviation - notamment celle des pilotes de ligne et des contrôleurs aériens - ont élu domicile à Montréal en raison de la présence du siège de l'OACI. Le siège social de l'OACI rapporte également quelque 120 millions de dollars en retombées économiques pour la région.

Le Canada devrait faire valoir les avantages suivants de conserver le siège social à Montréal :

- L'expertise acquise au cours des 65 dernières années;
- Montréal est située dans une région politiquement stable;
- Montréal a reçu l'appui de plusieurs pays membres, dont la France, la Belgique et les États-Unis.

Montréal est en campagne pour conserver le siège de l'OACI, en prévision du vote prévu  à l'automne à l'ONU. Le Qatar doit récolter plus de 60 % des votes des 191 pays membres de l'ONU pour obtenir le déménagement de l'OACI à Doha. Une proportion qui a provoqué quelques échanges humoristiques entre MM. Baird et Lisée en référence au litige qui existe au Canada sur le seuil à atteindre lors d'un référendum pour obtenir la souveraineté du Québec.

L'ancien président du conseil de l'OACI, Assad Kotaite, estime qu'il ne faut pas prendre l'offre du Qatar à la légère. « C'est une offre généreuse et ce qu'ils disent, ils le font, avance M. Kotaite. Il faut que le Canada fasse des démarches auprès des pays membres de l'OACI. »

Le professeur d'histoire à l'Université de Montréal Samir Saul ne croit pas que le Qatar dispose de tous les moyens pour obtenir le déménagement du siège social de l'OACI. « La demande est sérieuse, convient-il, maintenant est-ce que les chances de succès sont bonnes? Personnellement, je dirais non. Le Qatar n'a peut-être pas tout ce qu'il faut pour attirer une organisation mondiale. »

Le gouvernement du Canada a négocié une entente afin de conserver le siège de l'OACI à Montréal pour les 20 prochaines années, mais elle n'a pas encore été ratifiée. Le ministre Baird s'est dit prêt à la signer sur-le-champ. Les trois paliers de gouvernement ont colligé une liste d'irritants pour les employés étrangers avec l'intention de les corriger. Il est notamment question de tracas de visas pour certains pays africains et de frais de scolarité qui ne sont plus remboursés aux étrangers pour les enfants de plus de 25 ans.

Le Qatar a formulé une demande le 11 avril dernier aux Nations unies pour que l'OACI, chargée d'établir des règles internationales pour l'aviation, déménage à Doha. D'autres pays arabes seraient derrière cette candidature et chercheraient à récolter l'appui de plus de nations.