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Roche s'achète des contacts à Québec pour servir ses villes clientes

02/05/2013 08:53 EDT | Actualisé 02/07/2013 05:12 EDT

Gilles Cloutier a expliqué à la commission que si les firmes donnaient aux partis politiques provinciaux, c'était pour mieux servir les municipalités qui étaient leurs clientes.

Un texte de Bernard Leduc et François Messier

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L'ex-vice-président au développement des Affaires de Roche a souligné que sans subventions de Québec, les villes n'avaient pas les moyens d'accorder des contrats aux firmes de génie.

Les dons des firmes, soutient-il, facilitaient les contacts avec les élus qui avaient des objectifs de financement, particulièrement avec les ministres des ministères d'importance pour les villes et leur entourage politique. Il mentionne notamment les ministères des Affaires municipales, des Transports et de l'Environnement.

« Ça nous aidait pour avoir les subventions le plus tôt possible auprès du ministère », soutient-il, « Il n'y a pas de contrat s'il n'y a pas de subvention ».

M. Cloutier a expliqué que les firmes trouvaient l'argent nécessaire au financement politique en accordant des extras bidons aux entrepreneurs sur des travaux publics. Les villes payaient les extras et l'entrepreneur en reversait alors une part de 25 % à la firme complaisante. Les ingénieurs des firmes servaient alors de prête-noms pour rediriger cet argent vers les partis politiques.

Un cocktail de financement pour Lucie Papineau

Gilles Cloutier a aussi expliqué qu'il a déjà organisé un cocktail de financement pour la députée de Prévost, la péquiste Lucie Papineau, au début des années 2000. Mme Papineau avait de la difficulté à atteindre ses objectifs de financement, a-t-il dit.

L'ex-VP de Roche dit avoir accepté à condition que le ministre des Transports Guy Chevrette soit présent : cela allait lui permettre d'intéresser les entrepreneurs en construction qu'il allait inviter. Quinze d'entre eux ont finalement accepté de verser 1000 $ à Lucie Papineau.

Parmi les entrepreneurs présents, Gilles Cloutier a nommé Giuseppe Borsellino de Garnier Construction, Joseph Carolla de Beaver Asphalte, Jacques Desjardins de Desjardins Asphalte et René Mergl de Nepcon.

Gilles Cloutier a expliqué qu'il s'était organisé pour que chacun des entrepreneurs puisse expliquer ses « doléances » au ministre Chevrette, mais en précisant qu'ils ne devaient pas discuter de contrats précis, tel que cela avait été convenu avec Guy Chevrette.

Il soutient que les entrepreneurs ont essentiellement dit au ministre que les appels d'offres du ministère des Transports étaient publiés trop tard. Selon lui, l'affaire a effectivement été réglée l'année suivante.

Lucie Papineau est aujourd'hui chef de cabinet de la ministre de la Famille et ministre responsable de la région de Laval Nicole Léger.

L'homme des magouilles

L'ex-organisateur politique Gilles Cloutier explique depuis mardi comment il a mis en oeuvre des « magouilles » dans le cadre de la stratégie de développement des affaires qu'il pratiquait au bénéfice de la firme de génie-conseil Roche.

L'homme de 73 ans décrit comment il a utilisé son énorme réseau de contacts dans les milieux politiques et l'argent que Roche mettait à sa disposition pour pervertir le système démocratique québécois.

Après avoir exposé l'ABC des élections clés en main, qui repose sur du financement politique illégal versé par des entreprises ou des prête-noms, Gilles Cloutier a expliqué comment il manoeuvrait pour que Roche tire profit de ses activités.

L'ex-vice-président au développement des affaires de Roche (1995-2005) a montré comment l'évènement annuel que Roche organisait au stade olympique permettait à la firme d'agir en intermédiaire entre des élus municipaux et des ministres, notamment ceux des Affaires municipales, des Transports et de l'Environnement, susceptibles de leur fournir des subventions.

Gilles Cloutier a aussi raconté mercredi diverses histoires de collusion et de corruption, dont :

  • celle d'un tronçon de 31 kilomètres de la route 125, entre Saint-Donat et Lac-Supérieur, pour lequel Roche a hérité des plans et devis après qu'il est intervenu auprès de Guy Chevrette. Il a accusé l'ex-ministre des Transports du gouvernement péquiste d'avoir favorisé l'entreprise Asphaltes Desjardins, en soulignant qu'un ami du ministre, Gilles Beaulieu, avait empoché beaucoup d'argent au passage. L'appel d'offres pour les travaux a été truqué;

  • celle de l'usine de filtration de Saint-Stanislas-de-Kostka, dans laquelle il soutient avoir réussi à acheter la complicité du maire Maurice Vaudrin en le présentant à d'anciennes gloires du Canadien de Montréal. Gilles Cloutier affirme qu'avec la complicité du maire, il a ensuite réussi à truquer l'appel d'offres pour les travaux de construction au profit de l'entrepreneur Yves Loiselle, désigné par Roche pour l'emporter.

Gilles a également expliqué que Roche a longtemps loué une maison qu'il possédait à Pointe-au-Pic, dans Charlevoix, afin d'en offrir gracieusement l'usage à des élus, dont Guy Chevrette, l'ex-maire de Chertsey Daniel Brazeau, et l'ensemble des élus de Sainte-Julienne, où Gilles Cloutier a organisé au moins trois élections clés en main au fil du temps.

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