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Légionellose : l'avocat des familles parle de « cafouillage »

01/05/2013 01:26 EDT | Actualisé 30/06/2013 05:12 EDT

L'avocat Jean-Pierre Ménard croit que la Santé publique a sous-estimé l'ampleur de la crise de la légionellose survenue l'été dernier à Québec.

Au deuxième jour de l'enquête de la coroner Catherine Rudel-Tessier sur l'éclosion de légionellose à Québec, mercredi, l'avocat des familles de victimes a contre-interrogé les intervenants de la Santé publique.

Me Ménard s'est entre autres attardé aux délais d'intervention dans la gestion de la crise et au manque de mesures coercitives à l'endroit des propriétaires de tours de refroidissement.

Il a tenté de savoir pourquoi la Santé publique n'avait pas forcé les propriétaires à nettoyer leurs tours de refroidissement avant le 21 août, alors que l'éclosion de la maladie avait été officiellement déclarée le 27 juillet, presque un mois auparavant.

Le 2 août, la Santé publique avait fait parvenir une lettre aux propriétaires sans mentionner d'obligation d'agir. Ce n'est que trois semaines plus tard que des mesures ont été mises en place pour contraindre les propriétaires à désinfecter leurs installations.

Jean-Pierre Ménard estime que des interventions auraient pu être menées plus tôt. « Tant qu'à moi, c'est du cafouillage, de la désorganisation et c'est de l'improvisation. On a fini par faire les bonnes affaires, mais c'est juste à partir du 15 août qu'on s'est finalement alignés et ce qu'on a fait à partir du 20 août, on aurait dû faire ça trois semaines plus tôt. Vous aurez compris qu'en matière de santé publique, chaque jour compte », fait valoir Me Ménard.

L'avocat de la Direction de santé publique a réagi à ces propos. « C'est un jugement présomptueux, très présomptueux de Me Ménard. Ce n'est pas du tout ce que j'ai entendu depuis deux jours, estime Pierre Larrivée. Je ne pense pas que trois semaines ont été perdues. Au contraire, dans les guides existants, il est prévu que l'on désinfecte seulement lorsque l'on connaît l'endroit d'où provient la source, et la santé publique a dit nous, on désinfecte immédiatement. »

Me Ménard a aussi interrogé les experts de la Santé publique quant aux suivis effectués après les précédents épisodes de légionellose en 1996 et en 2010. Il se demande pourquoi il n'y avait pas de liste complète des tours de refroidissement alors qu'une recommandation avait été formulée en ce sens en 1997.

Communications montrées du doigt

En après-midi, Me Ménard a également remis en question le plan de communications utilisé pendant la crise. Me Ménard reproche aux autorités d'avoir mis trop de temps dans leurs communications à mettre l'accent sur les dangers de mortalité liés à l'épidémie et sur l'urgence de consulter les services de santé dès l'apparition des premiers symptômes.

Selon lui, il fallait aviser le public plus tôt et maximiser les moyens de l'informer. Me Ménard a ainsi fait écho aux affirmations de l'une de ses clientes, Solange Allen, qui soutient n'avoir jamais su qu'une éclosion de légionellose s'était déclarée à Québec. Elle aurait souhaité être informée d'une façon plus directe.

Avant de démarrer son contre-interrogatoire, Me Ménard a souligné qu'il ne doutait pas de la bonne foi des intervenants et qu'il n'entendait pas désigner des coupables. Il a insisté sur le fait qu'il faille mettre au jour ce qui n'a pas fonctionné afin d'éviter que de telles situations ne se reproduisent.

Incompréhension chez les proches

L'incompréhension et l'insatisfaction se sont fait entendre durant la journée parmi les proches des victimes qui assistent aux audiences. Marie Larouche, dont le conjoint a passé plusieurs jours aux soins intensifs avant d'être tiré d'affaire, aurait souhaité que la désinfection des tours à refroidissement ne se fasse pas sur une base volontaire.

« C'est une obligation de vérifier toutes les bâtisses à refroidissement, c'est une obligation parce que c'est dans l'air, on ne peut pas le savoir si c'est au-dessus de nos têtes. C'est une obligation du ministère de la Santé de le faire et nous, on n'a aucun pouvoir à part de pleurer nos morts et de pleurer nos proches », affirme Mme Larouche.

Au premier jour des audiences, mardi, les experts de la Santé publique ont défendu leur gestion de la crise. Cinq médecins de la Direction régionale de santé publique ont expliqué en détail les deux grandes interventions qu'ils ont menées en juillet et en août.

Rappelons que la légionellose a fait 14 victimes et contaminé 181 personnes à Québec à l'été 2012. Treize victimes sont mortes de la même souche de la légionellose qui a été retrouvée dans la tour de refroidissement du Complexe Place Jacques-Cartier dans le quartier Saint-Roch. Une 14e victime a succombé le 22 août à une autre souche de la bactérie.

Au cours des six jours prévus pour l'enquête publique, la coroner Catherine Rudel-Tessier entendra une douzaine de témoins et d'experts.

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