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La fermeture de la prison de Guantanamo, un chemin semé d'embuches

01/05/2013 09:07 EDT | Actualisé 01/07/2013 05:12 EDT

Même si le président américain Barack Obama nomme un nouvel envoyé spécial pour la prison de Guantanamo en vue de la fermer, le chemin pour terminer la guerre contre le terrorisme décrétée par son prédécesseur Georges W. Bush s'avère semé d'embuches.

Avec 60% des détenus en grève de la faim, la situation dans cet établissement situé sur l'île de Cuba n'est "pas tenable", a estimé mardi le président américain, qui n'est pas parvenu à fermer l'établissement au début de son premier mandat comme il l'avait promis.

Le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney, a évoqué mercredi la possibilité de nommer à nouveau un responsable du département d'Etat pour "essayer de rapatrier ou de transférer les détenus, chaque fois que nous aurons estimé qu'il est possible de les renvoyer dans leur pays ou dans un pays tiers". Daniel Fried, ancien envoyé spécial pour la fermeture de Guantanamo, a été nommé sur un autre poste fin janvier et n'a pas été remplacé depuis.

Mais la tâche du nouveau responsable s'annonce déjà redoutable.

La Maison Blanche a de nouveau accusé mercredi le Congrès d'entraver la fermeture de la prison militaire, en empêchant notamment Obama de transférer les détenus les plus dangereux vers des prisons de haute sécurité sur le continent américain.

Le Congrès a aussi réduit les financements dont l'exécutif aurait besoin pour renvoyer les prisonniers libérables vers leurs pays d'origine.

"Nous allons travailler avec le Congrès pour essayer de les convaincre de l'intérêt de fermer Guantanamo, que ce soit en matière de sécurité nationale ou d'économie", a fait valoir M. Carney.

Mais pour les adversaires républicains d'Obama, majoritaires à la Chambre des représentants, Guantanamo doit rester ouverte, car les détenus sont trop dangereux pour être rapatriés aux Etats-Unis, et les suspects doivent uniquement comparaître devant des tribunaux militaires.

Des organisations de défense des droits de l'homme et des élus ont déploré pour leur part qu'Obama n'ait pas utilisé pleinement le pouvoir dont il dispose pour libérer les détenus.

Le Congrès en 2012 a en effet donné au président américain le pouvoir de déroger aux barrières que les élus avaient érigées, pour des raisons de sécurité nationale, contre le transfèrement de détenus considérés comme libérables.

"L'administration n'a jamais confirmé un seul transfert", a souligné mardi Howard "Buck" McKeon, président républicain de la commission des Forces armées à la Chambre des représentants.

"Contrairement à ce que le président Obama a laissé entendre, il n'y a pas de restrictions à la libération des détenus qui ont gagné leur Habeas Corpus (action en justice pour détention illégale, ndlr) devant un tribunal fédéral", selon l'élu.

En outre, toute décision dans ce sens supposerait que le secrétaire à la Défense certifie que le détenu ne s'engagera plus à l'avenir dans le terrorisme ou dans une autre action contre les Etats-Unis.

Obama s'est aussi rendu la vie difficile en maintenant un moratoire sur le retour de détenus vers le Yémen -- 56 détenus sur 166 à Guantanamo sont originaires de ce pays, un moratoire imposé après une tentative d'attaque contre un avion de ligne à Détroit (Michigan, nord) en décembre 2009 qui avait été liée à une branche d'Al-Qaïda au Yémen.

La sénatrice démocrate Dianne Feinstein, inquiète des conséquences de la grève de la faim, suivie par 100 détenus, a suggéré de réexaminer ce moratoire.

"Il serait prudent de revoir cette décision d'arrêter les transferts vers le Yémen et de regarder si le gouvernement yéménite, avec une aide appropriée, est capable de détenir des prisonniers en sécurité à Sanaa", a écrit l'élue au conseiller à la Sécurité nationale de la Maison Blanche, Tom Donilon.

La tâche est aussi compliquée par le fait que l'administration américaine a échoué à faire juger les suspects les plus dangereux --parmi lesquels le cerveau du 11-Septembre Khaled Cheikh Mohammed -- devant un tribunal civil.

Une autre catégorie de prisonniers retarde également la fermeture de Guantanamo: ceux qui sont considérés comme trop dangereux pour être libérés mais qui ne peuvent pas être jugés car les preuves contre eux auraient été obtenues sous la torture.

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