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Le 1er mai sous le signe de l'austérité et des inégalités (PHOTOS)

01/05/2013 06:17 EDT | Actualisé 01/07/2013 05:12 EDT
Getty Images
TAIPEI, TAIWAN - MAY 01: Over 20,000 workers stage a protest against President Ma Ying-jeou's pension reforms on Labor Day on May 1, 2013 in Taipei, Taiwan. The government's cabinet recently passed bills for restructuring various pension plans. (Photo by Ashley Pon/Getty Images)

De Madrid à Athènes, l'Europe, frappée par le chômage, a manifesté mercredi, jour de la Fête du Travail, contre les politiques d'austérité et pour davantage de mesures en faveur de l'emploi, lors de défilés qui ont peu mobilisé au regard de l'ampleur de la crise.

En Grèce, comme en Espagne, les deux pays du sud du continent où le chômage bat tous les records, à plus de 27% de la population active, plusieurs milliers de personnes ont défilé à l'appel des syndicats.

"6 200 000 chômeurs, non à l'austérité !", "Plus de démocratie, moins d'austérité !", clamaient de petites pancartes dans le cortège qui a traversé Madrid.

"J'ai de la chance parce que j'ai du travail. Mais à la vitesse à laquelle on détruit des emplois en Espagne, je crois que bientôt cela m'arrivera à moi aussi", témoignait José Antonio Sebastian, un ingénieur de 50 ans. "Nous n'avons plus d'autre choix que de partir chercher du travail à l'étranger".

Au total, 82 manifestations étaient organisées à travers l'Espagne par les syndicats UGT et Comisiones obreras (CCOO), qui ont appelé le gouvernement à mettre en place un "pacte national" pour l'emploi alors que le chômage atteint le record historique de 27,16%, et de 57,22% chez les 16-24 ans.

Lors d'une rencontre à Paris avec le nouveau Premier ministre italien de centre-gauche, Enrico Letta, le président français François Hollande a d'ailleurs proposé d'accélérer le programme européen de lutte contre le chômage des jeunes, qui prévoit de débloquer 6 milliards d'euros entre 2014 et 2020. Et même le pape François a appelé, depuis Rome, les dirigeants politiques à faire leur possible pour créer des emplois.

"L'insécurité prévaut chez les jeunes. Il n'y a aucune incitation à poursuivre ses études", témoignait, à Athènes, un étudiant grec de 21 ans, Yiorgos Tavoularis.

13 000 personnes, selon la police, ont manifesté à Athènes et à Thessalonique alors que la Grèce, soumise à des coupes draconiennes dans les salaires et les retraites, connaît sa sixième année consécutive de récession.

Les ferries grecs sont restés à quai, les liaisons avec les îles ayant été coupées en raison d'un arrêt de travail des syndicats de marins, traditionnellement en grève le jour de la Fête du Travail.

Quelques heures plus tôt, des incidents avaient éclaté à Istanbul entre policiers et manifestants, en colère parce qu'ils ne pouvaient s'approcher de la place Taksim, un lieu emblématique de la grande ville turque, fermée pour des travaux.

L'Asie avait donné mercredi matin le coup d'envoi des défilés, placés aussi sous le signe des oubliés de la croissance, comme au Bangladesh où les ouvriers du textile travaillent dans des conditions très précaires pour les firmes occidentales.

Des dizaines de milliers de manifestants, criant "Pendez les tueurs! Pendez les propriétaires d'ateliers!", y ont réclamé justice après la mort, il y a une semaine, de plus de 400 ouvriers dans l'effondrement d'un immeuble abritant des ateliers de confection.

Dans les capitales européennes, les manifestants se sont réunis, en rangs relativement clairsemés, autour de slogans dénonçant l'austérité et le chômage. Car la hausse du chômage a atteint un nouveau sommet dans la zone euro, à 12,1% de la population active en mars, et alimente un rejet croissant des politiques d'austérité, en particulier dans les pays du sud les plus douloureusement frappés.

En Italie centrale, des milliers de manifestants se sont rassemblés dans la ville médiévale de Pérouse, située dans l'une des régions où le chômage a le plus fortement augmenté.

En Pologne, ils étaient aussi quelques milliers à manifester, de même que dans les rues de Lisbonne, où la foule criait "Troïka dehors!", "FMI go home!"

Les manifestants protestaient contre les politiques d'austérité imposées à leur pays depuis deux ans par la "troïka" représentant les créanciers du Portugal (Union européenne, Fonds monétaire international et Banque centrale européenne).

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Les manifs du 1er mai dans le monde


Appel du pape

Le pape François a condamné mercredi le "travail d'esclave" des victimes de l'effondrement du bâtiment abritant des ateliers textiles au Bangladesh qui a fait plus de 400 morts, selon radio Vatican.

"Le titre qui m'a vraiment frappé le jour de la tragédie du Bangladesh était +Vivre avec 38 euros par mois+. C'est ce qu'étaient payés tous ces gens qui sont morts. C'est ce qu'on appelle du travail d'esclave", a déclaré le pape dans son homélie citée par la radio.

"Aujourd'hui dans le monde, cet esclavage s'attaque à quelque chose de beau que Dieu nous a donné : la capacité de créer, de travailler, d'avoir de la dignité. Combien de frères et de soeurs se trouvent dans cette situation !", a-t-il lancé.

"Ne pas payer honnêtement, ne pas donner un travail parce qu'on tient compte seulement des résultats financiers, parce qu'on cherche seulement à faire du profit, c'est être contre Dieu !" a déclaré le pape.

"Il y a beaucoup de gens qui veulent travailler mais ne le peuvent pas. Quand une société est organisée de telle sorte que tout le monde n'a pas la chance de travailler, cette société n'est pas juste," a souligné le pape.

Heurts en Turquie

lusieurs personnes, dont un photographe de l'AFP et deux policiers, ont été blessés dans des heurts survenus entre la police et des manifestants de gauche à l'occasion du 1er mai à Istanbul où les autorités ont interdit tout rassemblement en raison de travaux de rénovation en cours sur la place emblématique Taksim, ont rapporté les journalistes de l'AFP.

Une dizaine de manifestants, dont la plupart on subi des malaises cardiaque en raison du gaz lacrymogène utilisé en abondance par la police anti-émeutes, ont été hospitalisés.

Un photographe de l'AFP a été violemment pris à partie par des manifestants anarchistes cagoulés qui ont brisé son matériel.

Le gouvernorat d'Istanbul a annoncé en outre que 20 manifestants ont été interpellés par la police.

Dès le petit matin, les unités anti-émeutes de la police sont entrées en action en faisant usage de canons à eau et de grenades lacrymogènes pour empêcher les regroupements dans le quartier de Besiktas, a 2 km de Taksim, sur la rive européenne de la ville.

Les manifestants, quelques centaines de personnes, réunies a l'appel de partis de gauche et de syndicats, ont riposté par des jets de pierre.

"Mort au fascisme", "longue vie au 1er mai", ont scandé les manifestants.

Des échauffourées ont été signalés dans trois quartiers menant à Taksim vers lesquels les routes ont été fermées et barricadées pour empêcher les manifestants d'y accéder.

De nombreux riverains et passants ont été incommodés par les gaz. Les petits restaurateurs du quartier ont offert des quartiers de citron aux manifestants, le jus de citron apaisant les effets des gaz lacrymogènes.

Les bureaux stambouliotes du Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, situés dans le quartier avoisinant de Besiktas, étaient barricadés et défendus par plusieurs dizaines de policiers soutenus par un blindé anti-émeute.

Un groupe d'une trentaine de féministes, agitant leurs drapeaux violets et scandant "tous ensemble contre le fascisme", a été repoussé par la police à coups de grenades lacrymogènes qui ont fait suffoquer les manifestantes.

Des manifestants ont interpellé l'hélicoptère de la police qui surveillait et filmait les heurts en brandissant vers lui le drapeau turc: "Tu le vois? Tu vois ce que vous êtes en train de faire?".

"Assassins, sans honneur", hurlait d'autre part un vieillard a la barbe blanche, alors que la police continuait de jeter des grenades en dépit des appels a l'aide pour soigner les victimes de malaise.

Vingt-deux mille policiers ont été mobilisés pour cette journée.

En milieu de journée, la tension était retombée avec une dispersion graduelle des manifestants venus aux abords de Taksim.

En revanche, la Fête du travail a été célébrée sans incident dans au moins deux autres places de la mégapole turque et dans d'autres villes de Turquie, ont rapporté les chaînes de télévision.

Le gouvernement turc a décidé d'interdire le rendez-vous du 1er mai sur la place de Taksim, jugeant que le chantier engagé en novembre dernier pour en détourner la circulation automobile empêchait d'assurer la sécurité des dizaines de milliers de manifestants attendus.

La centrale syndicale des ouvriers Disk (gauche) a toutefois décidé de passer outre.

La police est aussi intervenue mercredi près des bureaux de ce syndicat situés aux abords de Taksim contre les manifestants, utilisant encore une fois des grenades lacrymogènes.

Des députés du principal parti d'opposition (CHP, social-démocrate) qui étaient sur les lieux ont dû se protéger dans des immeubles avoisinants.

"C'est une répression inacceptable contre les travailleurs", a déclaré aux journalistes le vice-président de cette formation, Gürsel Tekin, dénonçant l'agissement des "mentalités fascistes", en référence au gouvernement islamo-conservateur.

Le 1er mai 1977, des inconnus avaient ouvert le feu lors du rassemblement du 1er mai, provoquant la panique parmi la foule et la mort de 34 personnes.

Le Parlement turc a rétabli le 1er mai comme jour férié en 2009 et le gouvernement a autorisé les rassemblements l'année suivante à Taksim.

Le gouvernement a toutefois autorisé pour mercredi le dépôt d'une gerbe à la mémoire des victimes de 1977, ainsi que la lecture d'une déclaration.

Les syndicats français désunis

Dans un climat social lourd où l'impatience grandit face à l'explosion du chômage, les syndicats français, partagés sur la réforme du marché du travail, ont célébré le 1er mai en ordre dispersé dans des cortèges et des meetings souvent clairsemés.

Pour cette première fête du Travail depuis le retour de la gauche au pouvoir, les syndicats sont divisés en deux camps, respectivement emmenés par la radicale CGT, opposée à au projet de loi assouplissant le marché du travail et la CFDT réformiste, qui l'a signé.

La CGT a organisé des défilés dans de nombreuses villes de province avant le cortège parisien prévu dans l'après-midi.

La mobilisation a pris pour cible la politique d'austérité. "De gauche comme de droite, non non à l'austérité", lançaient des militants à Marseille, au nombre de 3 000 selon la police, 10 000 selon la CGT.

"Contre l'austérité construisons une opposition de gauche à ce gouvernement", ont scandé des manifestants à Bordeaux (sud-ouest).

Le numéro un de la CFDT, Laurent Berger, qui a tenu un rassemblement festif à Reims (est) a lancé une charge contre l'austérité en Europe: "les conditions qui sont imposées aux citoyens européens sont inacceptables. Il faut faire une autre Europe économique et sociale".

Au moment où le nombre de chômeurs atteint un record historique (3,2 millions) et que chaque jour apporte son lot d'annonces de suppressions d'emploi, la majorité des Français estiment que la défense de l'emploi doit être le premier objectif des syndicats, selon les sondages.

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