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Les Africains, perdants de la réforme de l'immigration aux Etats-Unis

30/04/2013 10:52 EDT | Actualisé 30/06/2013 05:12 EDT

Les Africains pourraient être les grands perdants de la réforme de l'immigration aux Etats-Unis, avec la suppression prévue de la loterie des "cartes vertes" dont ils sont aujourd'hui les principaux bénéficiaires.

La moitié des 50.000 permis de séjour attribués chaque année aléatoirement est réservée aux immigrés africains, un programme très populaire qui a permis à des centaines de milliers d'Africains de venir s'installer en Amérique depuis le milieu des années 1990.

Mais au milieu de l'ambitieux projet de réforme actuellement discuté à Washington, qui régulariserait des millions de sans-papiers, un article prévoit d'éliminer cette porte d'entrée privilégiée, au profit d'une immigration plus sélective, fondée sur les compétenecs, le parcours professionnel et les liens familiaux.

Le programme est depuis des années dans la ligne de mire des républicains, au pouvoir à la Chambre des représentants, qui estiment qu'il n'apporte aucune valeur à l'économie américaine.

"Il est évident qu'il y a une meilleure façon de distribuer des visas qu'aléatoirement dans une loterie", a expliqué Bob Goodlatte dans un communiqué. "Nos lois d'immigration ne devraient pas être fondées sur le hasard, nous devrions les concevoir pour qu'elles bénéficient aux intérêts stratégiques de notre pays".

Le "visa de diversité", son nom formel, est réservé aux ressortissants de pays à faible immigration. Mexicains, Chinois, Philippins... n'y ont pas accès, et les Africains en sont rapidement devenus les principaux bénéficiaires.

Seuls le bac ou deux ans d'expérience professionnelle équivalente sont requis pour participer.

Entre 2010 et 2012, un Africain sur cinq arrivé de façon permanente aux Etats-Unis a pu le faire grâce à la loterie, la troisième voie d'entrée (21%) après le regroupement familial (43%) et le statut de réfugiés et demandeurs d'asiles (23%).

Par comparaison, seulement 10% des immigrés permanents européens et 3% des asiatiques ont gagné leurs cartes vertes à la loterie dans la même période.

"C'est devenu une façon prouvée d'aider ceux qui viennent du continent africain, ceux qui viennent de régions où il est très difficile d'obtenir un visa", rappelait en février Sheila Jackson Lee, membre du groupe des élus noirs du Congrès, tous démocrates.

Mais pour ne pas faire capoter la grande réforme de l'immigration négociée entre les deux grands partis américains depuis des mois, les démocrates et Barack Obama ont accepté de laisser tomber le programme.

"C'était impossible" à garder, a admis la semaine dernière Charles Schumer, le démocrate à l'origine du programme en 1990.

Il souligne que le système qui remplacera la loterie à partir de 2017, fondé sur un système de points au mérite, donnera aussi sa chance aux Africains, qui ont en moyenne plus d'années d'études que les immigrés des autres continents. Les Africains anglophones gagneront aussi des points pour leur niveau d'anglais.

Mais selon Michael Fix, expert au Migration Policy Institute, "cela ne profitera pas à assez de gens pour compenser la perte des visas de diversité", qui interviendrait dès l'année prochaine.

Seuls 4% des immigrés africains, contre 21% pour l'Asie et 22% pour l'Europe, ont reçu une carte verte pour des raisons d'emploi en 2012.

Pour la grande association de défense des droits civiques National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), le nombre d'immigrés africains baissera forcément. "On n'y est pas", affirme Hilary Shelton, qui a rencontré les sénateurs pendant les négociations.

"Beaucoup de gens pensaient chaque année que c'était la bonne année pour eux", dit à l'AFP Dame Babou, qui anime une émission de radio pour la communauté sénégalaise à New York. "C'est de l'espoir qu'on élimine, encore".

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