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Fabrication d'une rencontre imaginaire : celle de Jean-Guy Moreau et Pierre Verville

30/04/2013 04:47 EDT | Actualisé 29/06/2013 05:12 EDT

La réalisatrice de la rencontre imaginaire entre Jean-Guy Moreau et Pierre Verville, Élizabeth Gagnon, s'est immergée dans les archives pour trouver des réponses inédites de l'humoriste décédé le 1er mai 2012 aux questions de Pierre Verville. Une conversation recréée de toutes pièces qui permet de découvrir un côté engagé et réfléchi de Jean-Guy Moreau. Élizabeth Gagnon raconte le travail de fourmi qu'elle a réalisé pour finaliser cette rencontre fictive. Deux mois de travail intense.

Pour fabriquer ces rencontres, Élizabeth Gagnon a tiré des archives une liste de réponses triées par thèmes et s'en est fait des palmarès de bonnes réponses. Elle a choisi ensuite les plus complètes pour faire un premier montage. « C'est comme un casse-tête, mais le morceau ne rentre pas toujours. »

Trouver des archives de bonne qualité auditive
Le principal défi pour ce travail est d'obtenir des archives radio et télévisuelles de bonne qualité et exemptes de bruit ambiant. Même s'il est possible de faire du nettoyage, d'enlever certains bruits, les miracles sont difficiles. « Je veux de belles réponses non "polluées". S'il y a trop de bruit ambiant, on ne peut pas donner l'impression de cette conversation, il y a trop de décalage entre les questions et les réponses. À cause de ça, j'ai dû laisser tomber des morceaux importants », raconte-t-elle.
Elle a fait une exception avec le clip d'ouverture, qui vient d'une émission de la salle de rédaction avec Simon Durivage. Malgré le bruit ambiant (enrobé par de la musique), la réalisatrice a jugé que les mots de Jean-Guy Moreau étaient trop importants pour être coupés.

« Ça place le sujet et le personnage, cet extrait de 53 secondes est fondamental. [Jean-Guy Moreau] y décortique son métier, il parle de cette observation des gens qu'il fait depuis l'enfance et qui lui a servi pour comprendre l'autre. Il n'essaye pas d'imiter l'autre pour s'en moquer, il devient l'autre. Ça fait en sorte qu'il peut faire une entrevue avec la voix de quelqu'un comme si c'était cette personne qui répondait, car il a compris sa pensée », raconte-t-elle. Jean-Guy Moreau y explique l'essence de sa démarche pour réussir ses imitations. 

Le montage final

Dans la réalisation finale de la rencontre, elle écrit les questions et copie les réponses. Elle envoie le tout à la personne vivante du duo, qui le met à sa main : « Pierre Verville connaissait assez bien Jean-Guy Moreau, et j'ai eu une longue conversation avec lui avant d'écrire les questions. »
Avant de se dérouler sur les ondes radiophoniques, la rencontre imaginaire a lieu dans le studio d'enregistrement. « On essaye de tout faire en temps réel, exactement comme s'ils étaient face à face. C'est un gros travail de minutage », conclut-elle.


Du matériel inutilisable
Quelques entrevues trouvées par la réalisatrice n'étaient pas utilisables. La qualité d'enregistrement n'en était pas assez bonne. Dans une entrevue en compagnie de Michel Chartrand, Jean-Guy Moreau racontait l'histoire de son imitation du célèbre syndicaliste.

En fait, c'est Michel Chartrand qui lui a demandé de l'imiter pour prouver à un juge, durant un procès, qu'on pouvait l'imiter. « Mais dans l'extrait que j'avais, Michel Chartrand parlait et riait, je ne pouvais l'utiliser », regrette Élizabeth Gagnon.

La réalisatrice a aussi obtenu les enregistrements de ses conversations avec sa fille Sophie Moreau pour l'écriture de sa biographie. Malheureusement, la qualité du son ne lui a pas permis de les utiliser. « Il faut passer le matériel audio au lavage, et certains rétrécissent ou disparaissent. »
D'ailleurs, on apprend dans cette biographie qu'il faisait sa liste d'épicerie selon l'ordre des rangées dans le magasin. « C'était impossible à inclure, car je n'avais pas d'audio de cette histoire. Mais j'ai inclus l'anecdote sur son père qui faisait des listes et qui laissait aux enfants des Post-its lors de ses voyages comme syndicaliste. Finalement, il était un faiseur de liste comme son père. »

Jean-Guy Moreau imite le maire Jean-Drapeau

Du matériel inédit rare

Heureusement, la réalisatrice a aussi réussi à mettre la main sur du matériel original qui n'avait jamais été diffusé et qui donne une saveur unique à cette rencontre imaginaire.

Dans ces entrevues jamais diffusées, la réalisatrice a récupéré une anecdote sur son imitation de René Lévesque. Il habitait si bien le personnage qu'on l'a pris pour le vrai René Lévesque à Toronto lors d'une fausse conférence de presse. On peut voir la scène dans le documentaire Yes ou No Jean-Guy Moreau réalisé par Michael Rubbo sur la politique québécoise.

Des surprises?
Élizabeth Gagnon connaissait Jean-Guy Moreau, elle avait lu la biographie écrite par sa fille, mais elle a tout de même eu des surprises. Elle a appris qu'il avait été libéral avant de devenir souverainiste, après avoir imité René Lévesque. Elle a aussi réalisé que c'était Michel Chartrand qui avait demandé à Jean-Guy Moreau de l'imiter, et non l'idée de l'imitateur.

Jean-Guy Moreau imite René Lévesque

Un texte de Cécile Gladel

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