POLITIQUE

Zampino et Trépanier invités à Miami aux frais de Paolo Catania?

29/04/2013 05:50 EDT | Actualisé 29/06/2013 05:12 EDT
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yacht ship on the sea in miami ...

Un texte de François Messier

Des relevés de comptes commerciaux de Frank Catania et associés saisis par la Sûreté du Québec et déposés en preuve devant la commission Charbonneau montrent que le président du comité exécutif de la Ville de Montréal, Frank Zampino, et l'ex-solliciteur du parti Union Montréal, Bernard Trépanier, auraient séjourné dans un luxueux hôtel de Miami en mars 2008, aux frais de l'entreprise dirigée par Paolo Catania.

Un texte de François Messier

Ces relevés n'avaient pas été évoqués par les médias jusqu'ici puisqu'ils ont été déposés dans le cadre du témoignage que Bernard Trépanier a livré sous ordonnance de non-publication dans le dossier du Faubourg Contrecoeur, le 16 avril dernier. L'ordonnance a été levée lundi après-midi, étant donné que les accusés dans cette histoire de scandale immobilier subiront un procès devant juge seul, et non devant jury.

L'affaire est particulièrement troublante puisqu'elle s'est produite peu après que Frank Catania et associés eut été choisi pour développer le dossier du Faubourg Contrecoeur, dans l'est de Montréal. Elle s'apparente au scandale qui avait éclaté lorsqu'il avait été révélé que Frank Zampino avait séjourné sur le bateau de l'entrepreneur en construction Tony Accurso en plein coeur du processus d'attribution des compteurs d'eau.

Selon la preuve récupérée par la SQ, Bernard Trépanier aurait séjourné au Miami International, propriété du groupe Trump International du 20 au 25 mars, tandis que Frank Zampino y serait allé du 20 au 25 mars, en compagnie de sa femme et d'un de ses enfants. Paolo Catania aurait lui-même été sur place du 20 au 22 mars. Les comptes commerciaux indiquent que Frank Catania et associés a payé leurs billets d'avion et leurs chambres d'hôtels.

Confronté à cette preuve, Bernard Trépanier a admis que son ami Frank Zampino et lui avaient été invités par Paolo Catania. Il s'est borné à contester des détails, en assurant qu'il n'y était resté que deux jours plutôt que cinq, et qu'il ne s'y était pas rendu aux côtés de Paolo Catania dans un avion privé. Il s'était engagé à l'époque à prouver qu'il avait payé son billet d'avion, mais a finalement dû admettre, quelques jours plus tard, qu'il n'avait « pas été en mesure » de les retrouver.

Frank Zampino s'est montré beaucoup plus circonspect. « Je sais que j'ai été en Floride avec mon épouse et [mon fils] à cette période-là, entre le 20 et le 24 mars 2008 », a-t-il dit lorsqu'il a été confronté à la preuve. « M. Catania était en Floride également », a-t-il ajouté. Il n'a cependant jamais admis que Frank Catania et associés a payé ce voyage.

« Évidemment, toute la question concernant cette facturation, j'ai été à même de constater, dans la divulgation qui nous a été remise, qu'on voyait que ces factures ou une partie des factures avaient été payées par la compagnie Frank Catania. J'ai... ça demeure pour moi encore aujourd'hui un mystère. Je dois continuer à faire des vérifications pour voir qui a payé cette facture », a-t-il dit.

« Mon souvenir que j'ai de ce voyage-là, c'est que je voulais effectuer un voyage de quelques jours pour... surtout pour faire de la recherche d'un condo. Le marché était propice pour l'achat d'un condo. Et puis j'en avais parlé à M.Trépanier qui s'apprêtait aussi à aller en Floride. Alors, M. Trépanier devait s'occuper, comme il l'a déjà fait pour moi dans le passé, de l'achat de billets. Et là [...] je n'ai plus suivi la trace », a-t-il avancé.

Le résultat de ces vérifications annoncées par M. Zampino n'a toujours pas été annoncé par la commission.

Frank Zampino a aussi été interrogé sur quelques rencontres qui ont eu lieu au club privé 357c dans le cadre du dossier Faubourg Contrecoeur. L'ex-président du comité exécutif a dit avoir assisté à trois d'entre elles, à compter de mai 2007. L'ex-directeur général de la Société d'habitation et de développement de Montréal (SHDM), Martial Fillion, lui avait demandé d'être présent, a-t-il dit.

Interrogé sur la présence de Bernard Trépanier au 357c à la rencontre du 2 mai 2007, Frank Zampino a répondu : « M. Trépanier n'avait absolument rien à faire à cette réunion-là. Quand je me suis présenté [...] j'ai demandé clairement à M. Trépanier qu'est-ce qu'il faisait à cette rencontre. [..] M. Trépanier m'a tout simplement répondu qu'il était dans le coin, il venait simplement saluer les personnes, c'est des personnes qu'il connaissait. Je lui ai dit avec beaucoup de fermeté que ce n'était pas sa place. Je pense qu'il a pris un café et puis il a quitté la rencontre.

Lors d'une autre rencontre au 357c, Bernard Trépanier sera cependant de nouveau présent. Frank Zampino dit lui avoir livré le même message que la première fois, en compagnie de Martial Fillion.

Les témoignages livrés sous ordonnance de non-publication dans le dossier Faubourg Contrecoeur ne sont pas les seuls à avoir été rendus publics lundi. Des informations livrées par le PDG de Génius Michel Lalonde, le spécialiste en appels d'offres Jacques Victor, l'ex-directeur des stratégies en transactions immobilières Joseph Farinacci et le représentant officiel d'Union Montréal Marc Deschamps ont aussi été levés.

Dans ce dernier cas, un relevé des transactions téléphoniques préparé par la commission a permis de révéler que Marc Deschamps avait appelé Bernard Trépanier alors que le comité de sélection, qui se penchait sur les réponses fournies par cinq entreprises à l'appel de qualification, était en cours. Marc Deschamps, qui était membre de ce comité, n'a pu expliquer cet appel.