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Les études cliniques des anticancéreux trop restreintes et pas assez fiables

29/04/2013 05:37 EDT | Actualisé 29/06/2013 05:12 EDT

Les études cliniques sur de nouveaux anticancéreux comptent souvent un trop petit nombre de patients comparativement aux autres maladies et sont ainsi moins fiables, selon une étude publiée lundi.

De plus, ces études portent sur une seule thérapie sans faire de comparaison avec d'autres traitements, comme c'est le cas pour d'autres maladies.

Ces limites suscitent des questions quant à l'efficacité dans la pratique des thérapies anticancéreuses, estiment les auteurs, chercheurs à la faculté de médecine de l'Université Duke en Caroline du Nord (sud-est), qui ont analysé près de 9.000 essais cliniques.

Ils publient leurs résultats dans la version en ligne du "Journal of Internal Medicine", une publication du Journal of the American Medical Association (JAMA).

Toutes ces études cliniques étaient enregistrées sur le site officiel du gouvernement américain "ClinicalTrials.gov" entre 2007 et 2010.

Cette analyse a été menée dans le cadre d'un partenariat public-privé appelé "Clinical Trials Transformation Initiative", financée par l'Agence américaine des médicaments (FDA) et l'Université Duke pour encourager l'amélioration de la recherche clinique en cancérologie.

"Nous devons mieux comprendre les points forts et faibles des études cliniques sur le cancer", insiste le Dr Bradford Hirsch, professeur adjoint de médecine à l'Université Duke, un des principaux auteurs de cette étude.

"L'une des principales raisons qui explique pourquoi les études cliniques sur le cancer sont différentes est que cette maladie est très grave et il existait peu ou pas de traitement contre elle pendant longtemps", poursuit-il.

Cette tendance à mener de petits essais cliniques rapides et ciblés sur une seule thérapie coïncide avec le processus accéléré d'approbation des médicaments expérimentaux adopté depuis 1982 par la FDA.

Ce processus vise à faciliter et à accélérer l'accès de ces thérapies pour les patients atteints de maladies très graves comme le cancer dont la vie est menacée.

"Il est difficile de réconcilier le désir de fournir rapidement de nouveaux traitements pour sauver ou prolonger des vies et la nécessité de produire des données cliniques nécessaires pour prendre des décisions informées", reconnaît le Dr Hirsch.

"Malheureusement, le grand nombre de petites études cliniques en cancérologie manquent de rigueur et limite la capacité de bien évaluer ces traitements", déplore-t-il.

Selon ce chercheur, l'analyse de ces quelque 9.000 essais cliniques a aussi mis en lumière des disparités entre la fréquence et la mortalité de certains cancers et le nombre d'essais cliniques menés.

Ainsi, le cancer du poumon n'a été la cible que de 9,2% des études cliniques enregistrées en 2010, alors qu'il est le plus fréquemment diagnostiqué (14,5% des cas) et aussi le plus meurtrier (27,6% des décès par cancer).

En revanche, le lymphome a été l'objet de 6,6% des essais cliniques alors qu'il ne représente que 4,8% des cas de cancer et 3,8% des décès.

Par ailleurs, près de 42% des études cliniques analysées ont été financées par des laboratoires pharmaceutiques, 15,3% par des entités publiques et 42,9% par des fondations et universités privées.

js/lor

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