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Gérald Tremblay à la Commission Charbonneau: «j'ai fait tout ce que j'ai pu»

29/04/2013 10:16 EDT | Actualisé 29/06/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - Même s'il était sceptique, au départ, devant les rumeurs faisant état de collusion et de corruption généralisées à Montréal, l'ex-maire Gérald Tremblay a dû admettre que cela lui paraissait maintenant «évident», après que la Commission Charbonneau ait levé le voile sur l'ampleur du phénomène.

«C'est la commission qui a réussi à faire sortir toutes les révélations que vous avez. Je l'ai souhaitée, moi, la commission, parce que je n'étais plus capable, avec les moyens que j'avais comme maire de Montréal, dans le cadre de mes fonctions, et du mandat que j'avais, dans le cadre de la loi. J'ai fait tout ce que j'ai pu», a-t-il fini par laisser tomber, lundi.

Juste avant, la procureure chef de la commission, Me Sonia Lebel, avait dû insister pour qu'il explique le scepticisme qu'il semblait toujours exprimer face à la situation, malgré toutes les révélations faites à la commission.

«À la Ville de Montréal, il n'y a pas de 'c'est ton tour, puis après ça, c'est le tour de quelqu'un d'autre'. On s'en va en appel d'offres en bonne et due forme», avait d'abord lancé Gérald Tremblay.

«Vous voulez dire que c'est ce que vous pensiez?» lui a demandé la juge France Charbonneau, étonnée.

«Je le pense encore. On fait un dossier à la fois. On ne troque pas un dossier pour un autre dossier», a soutenu l'ex-maire.

«Êtes-vous en train de me dire qu'avec toutes les affirmations qui ont été faites devant la commission, vous pensez encore que c'est impossible de truquer un contrat, d'influencer un contrat?» lui a alors demandé Me LeBel.

«La bonne foi se présume», a répliqué M. Tremblay.

Mais il a fini par admettre qu'il y croyait maintenant. «Quand j'entends toutes les révélations de la commission, c'est une évidence», a-t-il laissé tomber.

La juge Charbonneau a dit voir une dichotomie dans le fait qu'il soit si attaché à l'intégrité, à donner une image d'impartialité, qu'il refuse ainsi toutes les invitations des fournisseurs de la Ville et qu'il surveille ses fréquentations, par crainte de donner une mauvaise impression de proximité, et que, de l'autre côté, il ait si facilement fait confiance à son entourage.

«Vous étiez préoccupé par ce genre de choses-là, mais en même temps, vous faisiez confiance à tout le monde autour de vous et vous n'alliez pas vérifier ce qui se passait dans les contrats, de voir à quel point c'était souvent les mêmes joueurs qui revenaient», lui a souligné la présidente de la commission.

«Si quelqu'un veut poser un geste malhonnête, il ne vient pas me le dire. Alors oui, j'ai fait confiance. J'ai 23 000 employés. J'ai un budget de près de 5 milliards $. À toutes les fois que quelqu'un est venu me dire de façon très claire, ou me donner un indice, une information le moindrement crédible, j'ai posé des gestes», a assuré le maire.

Rapports et lettres cachés

M. Tremblay avait auparavant témoigné du fait que plusieurs personnes dans son entourage, notamment l'ancien président du comité exécutif Frank Zampino, les anciens directeurs généraux Robert Abdallah et Claude Léger, ne lui ont pas tout dit, ne lui ont pas montré des rapports ou lettres qui constituaient des drapeaux rouges.

On y parlait de marché fermé à Montréal, de coûts de construction plus élevés et, dans le cas d'une lettre, on y nommait même des entreprises.

Dans un cas, en 2005, il a soutenu qu'il n'avait pas vu le rapport et qu'il était préoccupé par un autre dossier d'importance, celui des championnats mondiaux aquatiques de la FINA (Fédération internationale de natation), qui éprouvaient des difficultés financières.

«Disons que j'étais moins présent à l'hôtel de ville. J'avais comme mandat de sauver la FINA et on s'était engagé d'assumer le déficit de la FINA. Donc, pendant une période de cinq mois, jusqu'au mois de juillet 2005, je ne me souviens pas d'avoir eu une conversation. Moi, j'ai pris pour acquis qu'il y avait un comité qui avait été mis en place, que M. Zampino en avait la responsabilité», s'est-il défendu.

Opposition au changement

M. Tremblay affirme que certaines personnes n'avaient pas intérêt à ce que les rapports entraînent des changements dans les façons de faire de la Ville.

Selon lui, les firmes qui participaient à la collusion, d'abord, n'avaient pas intérêt à ce qu'on change le processus.

Ensuite, le service des travaux publics n'appréciait pas de voir les appels d'offres lui glisser des mains pour être confiés au service des approvisionnements, comme le proposait un de ces rapports.

De plus, les arrondissements non plus n'étaient pas intéressés à ce que l'on centralise les appels d'offres à la ville centre.

Selon lui, ce n'est qu'en 2009 que la Ville a eu tous les éléments du casse-tête. Et les autorités en place ont alors adopté différentes mesures pour corriger la situation, notamment une clause de non-collusion à laquelle les entreprises désirant obtenir un contrat à Montréal devaient se soumettre.

Les cadeaux

Il a toutefois admis avoir entendu les rumeurs selon lesquelles des fonctionnaires, voire des élus, recevaient des cadeaux à Noël de la part d'entrepreneurs, et acceptaient des invitations dans des loges au hockey. «C'était connu; c'était de commune renommée», a-t-il admis.

Mais lui n'y est allé que deux fois, une fois invité à un spectacle par Investissement Québec avec le ministre Raymond Bachand, et l'autre fois à l'époque des Expos, au Stade olympique, où il n'avait fait qu'y entrer pour saluer les athlètes, serrer des mains et avait quitté après 15 minutes.

Lorsqu'il lui est arrivé de recevoir des bouteilles de vin ou des paniers cadeaux à Noël, il les a donnés à l'encan pour des organismes de charité ou les a distribués à des collaborateurs. «J'étais toujours prudent parce qu'en politique, tout est question de perception», justifie-t-il.

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