POLITIQUE

Tremblay s'en remettait à son entourage...

29/04/2013 09:30 EDT | Actualisé 29/06/2013 05:12 EDT
CEIC

« Montréal est une Ville exceptionnelle » a dit l'ex-maire Gérald Tremblay, la voix brisée par l'émotion. « Je laisse la Ville dans un meilleur état qu'elle ne l'était à mon arrivée : avec plein de réalisations et de projets d'avenir, la table est mise ».

Au terme de deux jours de témoignages, survenus près de six mois après sa démission, l'ex-maire persiste à défendre ses onze ans de règne à la tête de Montréal et demeure inébranlable sur un point : il a fait tout ce qu'il a pu, dans les limites de ses fonctions.

« J'affirme qu'aucun maire n'aurait pu mettre au jour et faire cesser la collusion comme l'Escouade marteau et la commission ont réussi à faire », soutient celui qui se défend d'avoir fait d'aveuglement volontaire ».

« Je suis aussi choqué que vous des révélations faites à la commission. » — Gérald Tremblay.

À plusieurs reprises durant son témoignage, l'ex-maire de Montréal a dû admettre, amer, qu'il avait été à de nombreuses reprises mal informé par les gens de son entourage. Il admet cependant qu'il tenait pour acquis qu'ils assumaient leurs responsabilités et leur faisait confiance.

Gérald Tremblay n'a ainsi, selon ses propres mots, appris qu'à l'automne 2009 l'existence du rapport duvérificateur interne de 2006 sur les risques de collusion à Montréal, dont son ex-bras droit, Frank Zampino, était pourtant au courant.

Il soutient n'avoir pas non plus été mis au courant de la lettre confidentielle qui accompagnait le rapport et qui nommait des entreprises dominant le marché, lettre que connaissait pourtant le directeur général Claude Léger (2006-2009).

Gérald Tremblay a aussi souligné que personne ne l'avait informé, à l'époque, de l'existence du rapport de 2004 sur la nécessité d'ouvrir le marché des travaux publics à la concurrence. Tant le président du comité exécutif, Frank Zampino, que le directeur général de la Ville Robert Abdallah l'avaient pourtant en main.

Il ne sera informé que de façon « très très très limitée » des travaux du comité stratégique mis en place pour faire le suivi de la démarche qui en découlera et qui visait, en centralisant les appels d'offres sous la direction de l'approvisionnement de Serge Pourreaux, à entraîner des économies de 45 à 50 millions de dollars par année.

Or, à ce comité siégeaient pourtant Frank Zampino, Robert Abdallah, Guy Hébert ( alors directeur du « service des services administratifs »), et plusieurs élus comme George Bossé, Alan De Sousa et Sammy Forcillo, tous des proches collaborateurs. Qui ne lui en ont rien dit...

« Le président du comité exécutif, qui fait les finances avec moi, a le mandat d'optimiser le mieux possible les services de la Ville avec le directeur général. Alors moi je prends pour acquis que ces deux personnes-là assument leurs responsabilités », a fait valoir le maire.

« Moi, j'ai pour acquis qu'il y avait un comité qui était en place et que M. Zampino en avait la responsabilité… » — Gérald Tremblay.

Il souligne que son attention était absorbée pendant une partie de 2005 par le sauvetage du championnat du monde des sports nautiques à Montréal (FINA).

La démarche engagée par Serge Pourreaux, incidemment, échouera. Son auteur, le directeur de l'approvisionnement Serge Pourreaux, en a blâmé Frank Zampino. Le maire aura finalement le rapport en main en 2012.

Guy Hébert, lui confiera alors qu'au moment de remettre une copie du rapport de 2004 à MM. Abdallah et à M. Zampino, les deux hommes lui auraient dit : « on s'en occupe ».

Finalement, l'ex-maire Tremblay dit ne pas avoir eu le moindre indice d'une collusion entre entrepreneurs en construction avant l'automne 2009, avec le rapport du vérificateur général sur le contrat des compteurs d'eau qui en faisait mention. Il rappelle d'ailleurs que son premier geste a été d'abolir aussitôt ce contrat, sur lequel planait un parfum de collusion.

La commissaire Charbonneau n'a pas manqué de faire ressortir la contradiction entre son souci d'intégrité et sa faible curiosité, à l'époque, pour les contrats octroyés par la Ville.

« Je l'ai souhaitée, la commission. Je n'étais plus capable : avec les moyens que j'avais, comme maire de Montréal, dans le cadre de mes fonctions et du mandat que j'avais et du cadre de la loi, j'ai fait tout ce que j'ai pu. » — Gérald Tremblay.

La commission Charbonneau accorde le statut de participant à la firme de génie-conseil Roche.

« Frank Zampino n'avait pas d'affaires là », dit Tremblay

En après-midi, Gérald Tremblay a été interrogé sur le scandale du Faubourg Contrecoeur. Il a notamment affirmé qu'il n'était pas au courant des nombreuses rencontres que Frank Zampino et des acteurs du projet ont eu au club privé 357c à cette époque. Il a dit que ces rencontres étaient inappropriées. Selon lui, le seul rôle du président du comité exécutif dans ce dossier aurait dû être de consulter les rapports de suivi de projets présentés par la SHDM.

Interrogé par ailleurs sur la présence du représentant officiel d'Union Montréal Marc Deschamps aux comités de sélection constitués pour l'appel de qualification et l'appel d'offres dans ce dossier, l'ex-maire de Montréal a déclaré : « Il n'avait pas d'affaire là. C'était inacceptable ». Cela vaut aussi pour la présence aux mêmes comités de Mario Paul-Hus, qui était aussi un bénévole d'Union Montréal.

Faubourg Contrecoeur : la commission lève l'interdit de publication qui pesait sur les témoignages de nombreux témoins, sauf en ce qui concerne celui de Bernard Trépanier et certaines portions de celui de Frank Zampino.

Au sujet du contrat des compteurs d'eau, le maire a aussi dit que personne ne l'avait mis au courant à l'époque que l'idée de joindre deux le volet compteurs d'eau et le volet optimisation du réseau au sein d'un même appel d'offres pouvait constituer un problème.

Il soutient n'avoir jamais reçu une lettre à ce sujet que le directeur du service de l'eau Réjean Lévesque avait écrit au patron des travaux publics de l'époque Yves Provost pour le mettre en garde contre cette idée.

Quant au rapport du vérificateur général sur ce sujet, il n'est arrivé que beaucoup plus tard, a-t-il rappelé. C'est ce rapport qui l'a finalement convaincu de résilier ce lucratif contrat, remporté par le consortim GÉNIeau, qui regroupait Dessau et Simard-Beaudry.

Des versions contradictoires concernant l'embauche de Claude Léger

L'ex-maire Tremblay ne comprend pas pourquoi Claude Léger a senti le besoin de rencontrer Frank Zampino le 25 mai 2006, au club St-Denis, alors que tous les trois s'étaient déjà vus la veille.

Gérald Tremblay souligne que M. Léger aurait dû comprendre de toute façon, de la rencontre du 24, que le poste de directeur général de la Ville laissé vacant par Robert Abdallah lui reviendrait, même si le processus d'embauche n'avait pas été finalisé. De plus, l'information que M. Léger aurait été cherché le 25, selon ce qu'en a dit ce dernier et M. Zampino, concernait les priorités de l'administration Tremblay-Zampino, dont la liste lui avaient déjà été données le 24.

« C'est une rencontre totalement inutile. [...] Je ne sais pas ce que Rosaire Sauriol fait dans ça », a-t-il dit, commentant la présence de l'ex-vice-président démissionnaire de Dessau, et intime de M. Zampino, lors de la rencontre au club privé.

Il ajoute de plus qu'il avait déjà, avant cette date, sondé l'intérêt de M. Léger pour ce poste.

Gérald Tremblay a par ailleurs nié une nouvelle fois que Jacques Duchesneau l'ait mis en garde, le 2 juillet 2009, contre quatre personnes de son entourage.

Il a une fois de plus invité l'ex-patron de l'Unité anticollusion, devenu député caquiste, à révéler publiquement ce qu'il sait.

Un témoignage enflammé et étourdissant

Celui qui a démissionné dans l'opprobre le 5 novembre dernier, dans la foulée de révélations faites à la commission Charbonneau, a donné, jeudi dernier, l'impression d'un homme pressé de vider son sac et de rétablir sa réputation. Le maire a notamment révélé:

- qu'il a congédié le directeur du financement d'Union Montréal Bernard Trépanier à l'hiver 2006, après s'être fait confirmer que ce dernier avait réclamé un pot-de-vin de 1 M$ au promoteur immobilier SmartCentres, qui avait un projet dans le quartier Saint-Michel;

- qu'il a congédié l'ex-directeur général de la Ville Robert Abdallah dans les semaines qui ont suivi, après avoir appris qu'il fréquentait régulièrement l'entrepreneur en construction Tony Accurso, important fournisseur de la Ville, dans un restaurant italien de Montréal;

- qu'il aurait fait exactement de même avec Frank Zampino s'il avait su que ce dernier entretenait lui aussi des liens avec M. Accurso et avec le vice-président démissionnaire de Dessau, Rosaire Sauriol. Le maire n'a cependant appris ces faits qu'après le départ de M. Zampino de la Ville, voire pendant les travaux de la commission.

Gérald Tremblay a également assuré que son parti, Union Montréal, n'a jamais empoché une ristourne de 3 % sur des contrats de construction ou de services professionnels octroyés par la Ville, comme l'ont admis devant la commission plusieurs dirigeants de firmes de génie-conseil cet hiver. « C'est impossible. On n'a même pas besoin de ça. On aurait fait quoi avec cet argent-là? », a-t-il déclaré.

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