NOUVELLES

Débroussailleur, électricienne, gardien de barrage... des travailleurs se racontent

27/04/2013 05:24 EDT | Actualisé 27/06/2013 05:12 EDT

Un texte de Lili Boisvert

Cinq travailleurs venus des quatre coins du Québec pour manifester à Montréal exposent de quelle manière les nouvelles règles de l'assurance-emploi affectent leur vie et leurs perspectives d'avenir.

Un texte de Lili Boisvert.

Nom : Nicolas Leduc Lafantaise, de Mont-Laurier

Profession : Gardien de barrage

Âge : 28 ans

Nombre de mois travaillés par année : 7 à 8 mois, selon l'ancienneté

En tant que surveillant de barrage, Nicolas ne peut pas travailler l'hiver lorsque la glace s'est formée sur l'eau. Il doit attendre la crue.

Dans les Hautes-Laurentides où il vit, tout le monde connaît quelqu'un qui doit toucher des prestations de chômage à un moment ou à un autre. Dans sa région, plusieurs craignent un exode des jeunes à cause de la réforme de l'assurance-emploi.

Lui-même trouve aberrant d'être contraint par la réforme à se trouver pour une partie de l'année un emploi qui n'a potentiellement aucun lien avec les études qu'il a faites. « Le gouvernement dit qu'il veut une main d'œuvre spécialisée, mais il ne la laisse pas travailler dans son domaine ».

« Moi, je ne demande pas mieux que de travailler à l'année », assure-t-il.

Le surveillant de barrage anticipe devoir explorer de nouvelles opportunités d'emploi pour la période de l'année où il ne travaille pas, mais il n'est pas très optimiste : « On est encore en crise économique et on est encore en crise forestière », souligne-t-il.


Nom : Kenneth Reardon, de Saint-Hubert

Profession : manœuvre spécialisé en excavation

Âge : 35 ans

Statut d'emploi : il sera au chômage la semaine prochaine

La compagnie où travaille Kenneth vient de perdre un contrat et le père de famille sera au chômage à partir de la semaine prochaine. Il ignore quand il pourra retravailler. « On est tous slackés jusqu'à ce qu'ils trouvent un autre contrat », explique le nouveau chômeur.

En temps normal, Kenneth peut travailler à temps plein. Mais la nature contractuelle de son domaine le force pour une deuxième fois à avoir recours à l'assurance-emploi. L'année dernière, il a dû toucher des prestations pendant sept semaines.

Cette fois-ci, il a appris qu'il faudra qu'il fournisse une fois par semaine au gouvernement la preuve d'une démarche qu'il a faite pour se trouver un emploi. Il devra, par exemple, conserver la copie d'un courriel qu'il a envoyé à une entreprise pour solliciter un emploi. « Il faut que j'aille des preuves que j'ai fait quelque chose. Si je n'ai pas de preuve, ils coupent le chômage, puis c'est fini ».

Nom : Tammy, de Rouyn-Noranda

Profession : Électricienne

Mois travaillés : « Ça dépend des années, ça peut être 4-5 mois, ça peut être une année complète, dépendamment des chantiers qui sont en cours ».

Mère monoparentale de deux enfants, Tammy a de la difficulté à comprendre comment elle pourrait coordonner son emploi actuel avec des emplois pour combler les périodes, entre deux contrats, où elle se retrouve sans travail. « S'ils m'obligent à aller travailler à la patate du coin, ben, s'il y a un contrat qui décolle, moi, il faut que je lâche cette job-là. Ça n'a pas de sens. Tu lâches une job pour en faire une autre? »

Nom : M. Faulknar, de Saguenay

Profession : débroussailleur en foresterie

Âge : 57 ans

Statut d'emploi : doit changer de travail

M. Faulkner aime son métier. Il travaille à rebâtir les forêts, dit-il. Mais à cause de la réforme, il devra changer d'emploi. « Pas le choix. Je ne peux pas me permettre de passer deux mois sans revenu au printemps. »

« Je fais ça depuis 25 ans, puis là, on ne peut plus en vivre », se désole-t-il. « Ce qui s'en vient, j'ai jamais vu ça ».

« C'est Vigneault qui disait ça, mon pays c'est l'hiver? Ben... quand tu travailles dans le bois, tu ne peux pas creuser dans la glace... Y'a rien qu'au fédéral qu'ils ne comprennent pas que le pays est dans le Nord », raille le Saguenéen.

Le débroussailleur vient de se trouver un emploi dans le nettoyage d'égouts pour combler la période de l'année où il ne peut pas travailler. « Je perds 350 $ par semaine de salaire, mais je travaille plus longtemps ».

Nom : Christine Kenney, de Val-d'Or, en Abitibi

Profession : éducatrice spécialisée

Âge : 52 ans

Mois travaillés : 10 mois par année

Christine travaille avec des élèves qui ont des difficultés au niveau comportemental. Elle soutient les élèves et les professeurs. Sa fille, qui travaille dans le même domaine qu'elle, est présentement au chômage. « Pour elle, se trouver un emploi dans un périmètre de 100 km, c'est beaucoup. Ça veut dire que ma fille, elle peut être obligée d'aller à Rouyn, à Malartic... Elle a une voiture, mais disons que ce n'est pas une voiture de l'année », s'inquiète-t-elle.

Personnellement, Christine ne devrait pas être touchée par la réforme puisqu'elle fait déjà le choix de ne pas réclamer d'assurance-emploi les deux mois de l'année où elle ne travaille pas. Sa situation n'est pas suffisamment précaire pour que cela en vaille la peine. Mais elle tenait à venir manifester contre la réforme par solidarité.

« Aussitôt que l'école se termine, on est mis à pied. On a un droit de rappel, mais on est mis à pied. Moi, à l'âge que j'ai, c'est sur que je vais être rappelée, alors je suis capable de m'arranger ». C'est pour ceux qui sont contractuels, qui n'ont pas d'emploi permanent que l'éducatrice a décidé de manifester contre la réforme.

PLUS:rc