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Syrie: des options militaires limitées et hasardeuses pour Washington

26/04/2013 02:49 EDT | Actualisé 26/06/2013 05:12 EDT

La probable utilisation d'armes chimiques par le régime syrien de Bachar al-Assad risque de contraindre les Etats-Unis à agir, mais les options militaires offertes à un Barack Obama hanté par le précédent irakien sont limitées et hasardeuses, estiment des experts.

On est loin à ce stade d'une nouvelle aventure militaire: la Maison Blanche s'est bien gardée d'affirmer que le régime syrien avait franchi la fameuse "ligne rouge" énoncée par le président Barack Obama et a appelé à une enquête des Nations unies pour confirmer les analyses du renseignement américain et émanant de Paris, Londres et Tel-Aviv.

"On connaît déjà la musique quand des décisions politiques sont fondées sur des renseignements qui s'avèrent faux", justifie un responsable américain de la Défense, dans une allusion aux prétendues armes de destruction massives irakiennes qui ont provoqué l'invasion de 2003. Bilan: près de 4.500 militaires américains tués et huit ans pour s'extraire du pays.

Mais face à un Bachar al-Assad qui utilise les armes chimiques pour terroriser son opposition et "tester nos lignes rouges", "c'est la crédibilité des Etats-Unis qui est en jeu", explique à l'AFP Andrew Tabler, du Washington Institute for Near East Policy, selon qui "c'est un moment-charnière pour gérer et contenir les effets de la crise" syrienne.

La Maison Blanche l'assure, "tout les options sont sur la table" si le recours au sarin est confirmé, même si elles ne sont "pas seulement" militaires.

La simple aide "non létale" déjà fournie aux rebelles d'ores et déjà ne suffit pas, plaide la chef des démocrates à la chambre des Représentants, Nancy Pelosi, selon qui "il faut passer à l'étape suivante".

Cela pourrait être "d'armer les modérés parmi les rebelles syriens, ce à quoi la France et le Royaume-Uni appellent déjà", note Danielle Pletka, de l'Americain Enterprise Institute (AEI). Mais le risque de voir ces armes tomber entre les mains de groupes radicaux demeure.

Les Etats-Unis disposent de 250 hommes, essentiellement des forces spéciales, déployés depuis octobre 2012 dans le désert jordanien pour entraîner l'armée locale et le cas échéant effectuer des raids pour sécuriser une partie des stocks d'armes chimiques syriennes, qui se compteraient en centaines de tonnes.

Mais le Pentagone ne cache pas son peu d'entrain: son plus haut gradé, le général Martin Dempsey, a avoué le 17 avril son manque de confiance dans la capacité américaine à sécuriser les armes chimiques "tout simplement parce qu'elles sont déplacées et que les sites de stockage sont assez nombreux".

Personne n'envisage d'intervention au sol de grande ampleur qui pourrait nécessiter environ 75.000 hommes, selon des estimations lâchées dans la presse l'an passée et jamais discutées depuis par le Pentagone.

Quant à une zone d'exclusion aérienne, il faudrait décider si elle s'appliquerait à tout ou une partie de la Syrie, mais "cela serait déjà ça, cela offrirait un endroit où se réfugier", veut croire Andrew Tabler.

"Une zone d'exclusion aérienne n'est pas une option zéro mort", rappelle de son côté Brad Sherman, un élu démocrate à la Chambre. Pour établir une telle zone en Libye en 2011, il avait bien fallu d'abord éliminer les défenses anti-aériennes de Mouammar Kadhafi.

Faire de même en Syrie serait "cent fois pire que ce à quoi nous avons fait face" en Libye, a assuré l'an passé le chef du Pentagone Leon Panetta.

Si elles datent de l'ère soviétique, les défenses anti-aériennes syriennes sont imposantes: 650 sites statiques et "environs 300 systèmes mobiles" selon un rapport de l'Institut pour l'étude de la guerre (ISW), un groupe de réflexion basé à Washington, qui évalue à 150 le nombre de chasseurs en état de voler.

Bombarder les sites de stockage serait prendre le risque de relâcher des agents extrêmement toxiques dans l'atmosphère et de contaminer l'environnement, notent les experts.

Pour Kenneth Pollack, de la Brookings Institution, "l'action la plus simple pour l'administration (Obama) serait de choisir une cible discrète et de valeur pour le régime et de l'oblitérer, avec des missiles de croisière et peut-être aussi des bombardiers".

"Cette frappe constituerait un avertissement aux Syriens que le pire est à venir si le régime n'arrête pas d'utiliser les armes chimiques et la démonstration que Washington est prêt à appliquer sa ligne rouge", argue-t-il. Au risque d'entraîner une possible fuite en avant de Bachar al-Assad.

bur-mra/jca

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