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Syrie: Assad a probablement eu recours à des armes chimiques, dit Washington

25/04/2013 01:26 EDT | Actualisé 25/06/2013 05:12 EDT

Les Etats-Unis ont reconnu pour la première fois jeudi que le régime syrien avait probablement utilisé des armes chimiques, tout en soulignant que leurs renseignements n'étaient pas suffisants pour avoir la certitude que Damas avait franchi la "ligne rouge" tracée par Washington.

"La communauté américaine du renseignement conclut, avec différents degrés de certitude, que le régime syrien a utilisé des armes chimiques à petite échelle en Syrie, en particulier du sarin", a affirmé le secrétaire à la Défense Chuck Hagel face aux journalistes à Abou Dhabi.

"Différents degrés de certitude" signifie dans le jargon du renseignement américain que ses agences ne sont pas toutes du même avis, a expliqué à l'AFP un haut responsable du Pentagone.

La Maison Blanche a ensuite confirmé avoir communiqué cette évaluation à des élus du Congrès, mais souligné que les indices ne constituaient pas encore une preuve formelle à ses yeux.

L'évaluation de la communauté du renseignement américain est "fondée en partie sur des prélèvements" sur des personnes, a révélé la porte-parole du Conseil de sécurité nationale (NSC), Caitlin Hayden. Mais "la chaîne de transmission (des échantillons) n'est pas claire, donc nous ne pouvons pas confirmer comment l'exposition (au sarin) a eu lieu".

Selon un porte-parole du département d'Etat, Patrick Ventrell, les agences de renseignement ont eu connaissance de deux occurrences d'utilisation présumée d'armes chimiques en Syrie. Il a refusé de donner davantage de détails.

Le président Barack Obama a mis en garde à de nombreuses reprises le régime Assad contre le recours à ses stocks d'armes chimiques, affirmant notamment le 20 mars dernier en Israël qu'il s'agirait d'"une grave et tragique erreur", et qu'un tel développement "change(rait) la règle du jeu". Il avait aussi parlé de "lignes rouges" à ne pas franchir pour Damas.

"Précisément parce que le président prend cette question très au sérieux, nous avons l'obligation d'enquêter scrupuleusement sur tous les indices de l'utilisation d'armes chimiques en Syrie. C'est la raison pour laquelle nous insistons pour une enquête des Nations unies qui pourrait évaluer les preuves et établir ce qui s'est produit", a affirmé Mme Hayden.

De son côté, un haut responsable de l'administration américaine a souligné que si les faits finissaient par être établis, "il est évident que toutes les options (seraient) sur la table en terme de réaction".

Mais il a appelé à la prudence, faisant allusion aux "armes de destruction massive" censées avoir été détenues par le régime de Saddam Hussein en Irak selon la communauté du renseignement. Elles avaient servi de prétexte à l'invasion du pays en 2003 mais n'ont jamais été retrouvées.

Des responsables accompagnant M. Hagel au Moyen-Orient ont laissé entendre qu'une action militaire en Syrie n'était pour le moment pas d'actualité. "Les analyses des services de renseignements n'entraînent pas automatiquement des décisions politiques. C'est important de le noter dans ce cas", a déclaré l'un d'entre eux à des journalistes.

L'évolution de la position américaine n'en reste pas moins spectaculaire: mardi encore, le principal porte-parole de M. Obama, Jay Carney, avait assuré que la présidence n'était "pas parvenue à la conclusion" que de telles armes, illégales selon les traités internationaux mais dont le régime de Bachar al-Assad reconnaît posséder d'importants stocks, avaient été employées.

Les développements de jeudi --Londres a de son côté affirmé disposer d'informations "convaincantes" sur l'usage d'armes chimiques en Syrie-- ont provoqué une vive réaction au Congrès américain, où certains élus républicains pressent de longue date M. Obama d'adopter une ligne plus dure face au régime Assad, après plus de deux ans de conflit sanglant.

"Le président des Etats-Unis a dit que si Bachar al-Assad utilisait des armes chimiques, cela changerait tout, que cela franchirait une ligne rouge", a déclaré le sénateur républicain John McCain. "Je pense qu'il est évident qu'une ligne rouge a été franchie".

"Je suis très inquiète qu'avec cette admission publique, le président Assad ne calcule qu'il n'a plus rien à perdre" et que le conflit s'intensifie, a déclaré pour sa part la présidente démocrate de la commission du Renseignement du Sénat, Dianne Feinstein. Pour elle aussi "des +lignes rouges+ ont été franchies".

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