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J'ai congédié Trépanier parce qu'il a demandé 1 million $ en pot-de-vin, dit Tremblay

25/04/2013 03:54 EDT | Actualisé 24/06/2013 05:12 EDT
CP

Gérald Tremblay l'a dit et répété, lors de sa démission comme devant la commission : chaque fois qu'il a été mis au courant d'un acte irrégulier, il a agi. Aussi, lorsqu'il apprend d'une source confidentielle, en février 2006, que le directeur du financement de son parti a tenté d'extorquer 1 million de dollars à un promoteur, la sanction tombe, c'est le renvoi.

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Un texte de François Messier et Bernard Leduc

Pourtant, de son propre aveu, l'ex-maire ne verra pas de problème, dans les années suivantes, à retrouver Bernard Trépanier dans les activités de financement d'Union Montréal.

Malgré toutes les allégations entendues à la commission, l'ancien maire est convaincu que les finances de son parti étaient saines, exemptes de ce fameux 3 % qu'aurait récolté M. Trépanier auprès de firmes collusionnaires. Bien que, concède-t-il, il ne se soit pas particulièrement intéressé par la mécanique des activités de financement de son parti.

Trépanier exige 1 million de dollars

L'ex-maire de Montréal Gérald Tremblay assure qu'il a congédié Bernard Trépanier parce qu'on l'avait informé qu'il avait demandé un pot-de-vin de 1 million de dollars au promoteur SmartCentres dans le cadre d'un projet immobilier dans l'arrondissement Villeray-St-Michel-Parc-Extension.

« Sous le sceau de la confidentialité, j'ai reçu un appel téléphonique, une fin de semaine, me disant qu'il y avait eu une demande de 1 million de dollars pour réaliser un projet de SmartCentres », a expliqué Gérald Tremblay. « C'est venu de Toronto ».

L'ex-maire dit qu'il a parlé au président de l'entreprise à Toronto pour dissiper tout doute. Il a ensuite vérifié les faits avec le représentant de SmartCentres au Québec, David Owen. Ce dernier lui a confirmé que Bernard Trépanier a exigé 1 million de dollars, et précisé qu'il s'est présenté comme un « official of the mayor », un représentant officiel du maire.

Ses propres doutes étant confirmés, Gérald Tremblay dit avoir « congédié » Bernard Trépanier sur-le-champ, mais sans lui préciser les raisons expliquant sa décision. Il dit avoir agi de la sorte pour protéger sa source, « pour ne pas qu'il y ait de menaces, d'intimidation et de répercussions sur quelqu'un qui m'a fait confiance, qui m'a dit des choses ».

« Je ne te donnerai pas de raison [...] La décision, elle est prise », a-t-il dit à l'argentier du parti. « Pour moi, le lien de confiance était rompu. Et il a quitté ses fonctions immédiatement », affirme-t-il, après avoir assuré qu'il n'a « jamais parlé d'abolition de poste » avec Bernard Trépanier.

Gérald Tremblay affirmé avoir révélé « tout ce [qu'il] avait appris » à Frank Zampino et l'avoir prévenu du congédiement (M. Zampino a nié avoir été mis au courant du congédiement). Il soutient avoir agi de la sorte non parce qu'il était président du comité exécutif, mais parce qu'il « savait que c'était son organisateur, qu'il y avait des liens d'amitié ». 

Selon lui, le président du comité exécutif ne lui a posé qu'une seule question sur cette tentative d'extortion : « Est-ce qu'à ta connaissance, il y a une enquête policière? » Le maire lui répond que non.

Gérald Tremblay soutient que dans les jours suivants, il a cependant rencontré le chef du Service de police de la Ville de Montréal, Yvan Delorme, et l'a mis au parfum de cette affaire. Ce dernier lui aurait répondu : « il n'y a pas eu d'acte de commis, donc, il n'y a pas matière à enquête ».

Le maire Tremblay dit avoir relancé Yvan Delorme à ce sujet une deuxième fois un peu plus tard. « T'es certain qu'on peut rien faire, qu'on peut pas faire une enquête? », lui a-t-il dit.

La commission a demandé à Gérald Tremblay pourquoi alors il n'avait pas aussi prévenu Frank Zampino du congédiement de Robert Abdallah, survenu peu après celui de Bernard Trépanier.

« Quelques jours avant, j'avais congédié le directeur du financement, et il devait commencer à se douter que je voyais certaines choses », a répondu Gérald Tremblay. Il ajoutera pourtant quelques secondes plus tard qu'il n'avait « pas de raison à ce moment-là de douter de Frank Zampino ».

Trépanier congédié, mais toujours dans les parages

Le rôle trouble de Bernard Trépanier est venu hanter l'ex-maire de Montréal de nouveau en fin de journée, lorsqu'il a admis qu'il l'avait croisé, après son renvoi, lors d'activités de financement organisées au profit d'Union Montréal. « C'était un organisateur politique. Il connaissait toutes ces personnes-là », explique-t-il, en soulignant qu'il pouvait être là comme simple citoyen.

« Je n'ai pas à faire des esclandres sur la place publique », a-t-il dit.

L'ex-maire a notamment convenu avoir été au courant que Bernard Trépanier avait contribué à organiser l'activité annuelle de financement tenue au Rizz de Saint-Léonard. Il soutient que M. Trépanier vendait des billets bénévolement pour cette activité « par amitié » pour Frank Zampino. Et le maire, brièvement, l'a alors remercié...

Devant l'étonnement de la procureure en chef, Me Sonial Lebel, et des commissaires, Gérald Tremblay a finalement concédé qu'avec le recul, il pouvait laisser croire, en remerciant Bernard Trépanier, que ce dernier avait « encore une certaine influence auprès d'Union Montréal et du maire ». « Ça pouvait être interprété de cette façon, c'est clair », a-t-il convenu. 

Le maire insiste cependant pour dire qu'il ne savait pas que le représentant officiel du parti, Marc Deaschamps, avait continué de signer des certificats de solliciteur pour Bernard Trépanier jusqu'en 2009. Il assure qu'il n'a appris cette situation que lors du témoignage de M. Deschamps, cet hiver.

Gérald Tremblay admet qu'à l'époque, il ne lui avait pas dévoilé les raisons expliquant le congédiement de Bernard Trépanier. « Il n'aurait jamais dû avoir de certificat de collecteur de fonds. Marc Deschamps aurait dû m'appeler » pour m'en parler, souligne-t-il toutefois.

« Il n'a pas suivi les consignes quand je lui ai dit de le congédier », a-t-il ajouté au sujet de Marc Deschamps. Il a cependant refusé de cautionner la thèse des commissaires, selon laquelle le représentant officiel du parti lui a « joué dans le dos ».

Jamais Union Montréal n'a touché le 3 % de Trépanier

Tout comme il l'avait déjà affirmé ce matin, l'ex-maire de Montréal est formel : jamais Union Montréal n'a vu la couleur de ces ristournes de 3 % ou de toute somme que Bernard Trépanier aurait collectée auprès de firmes de génie collusionnaires.

« Ces millions de dollars, c'est certain que ce n'est pas allé à Union Montréal », soutient-il, jugeant plutôt qu'il est probable que l'argent a été « dans les poches de certains individus » qui auraient utilisé le nom du parti pour arriver à leurs fins.

Il fonde sa conviction sur le travail de l'agent officiel du parti dont il défend l'honnêteté et l'intégrité : « J'ai totalement confiance en Marc Deschamps ».

L'ex-maire Gérald Tremblay a expliqué qu'il ne s'est jamais occupé des questions de financement et savait peu des choses sur les activités qu'organisait Bernard Trépanier à titre de directeur du financement.

M. Tremblay affirme avoir donné des consignes strictes pour s'assurer que les règles soient suivies, mais s'est peu questionné sur l'engouement des entrepreneurs et ingénieurs pour les activités du parti, sinon qu'ils croyaient à ce que son administration faisait : « C'est des gens qui, j'ose croire, faisaient confiance à ma formation politique ».

Lorsque le commissaire Renaud Lachance l'interroge sur le fait que les dons anonymes au parti ont doublé après 2005, il y voit mille et une raisons, mais insiste : « Personne n'est venu m'expliquer qu'il y avait des prête-noms.

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