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Droits de l'Homme au Sahara occidental: l'ONU adopte une résolution modérée

25/04/2013 11:59 EDT | Actualisé 25/06/2013 05:12 EDT

Le Conseil de sécurité a encouragé jeudi le Maroc à mieux respecter les droits de l'Homme au Sahara occidental mais sans charger la mission de l'ONU sur place d'enquêter dans ce domaine comme le voulait Washington.

La résolution adoptée à l'unanimité "encourage les parties à poursuivre l'action qu'elles mènent chacune pour renforcer la promotion et la protection des droits de l'Homme au Sahara occidental et dans les camps de réfugiés de Tindouf" (Algérie).

Le Conseil "se félicite à cet égard des mesures que le Maroc a prises pour renforcer les commissions du Conseil national des droits de l'Homme à Dakhla et Laâyoune", les deux principales villes du Sahara occidental).

La résolution prolonge le mandat de la Mission des Nations unies au Sahara occidental (Minurso), jusqu'au 30 avril 2014.

Les Etats-Unis avaient d'abord présenté un texte qui, pour la première fois, chargeait la Minurso de "surveiller et de faire un rapport sur" le respect des droits de l'Homme, au grand dam des Marocains.

Ceux-ci avaient réagi très vivement, allant jusqu'à reporter sine die un exercice militaire conjoint. Un diplomate à l'ONU a évoqué une intervention décisive du roi du Maroc Mohammed VI qui a envoyé une lettre au président américain Barack Obama.

Finalement Washington a renoncé à inclure les droits de l'Homme dans le mandat de la Minurso, une des rares missions de l'ONU dans le monde sans mandat dans ce domaine.

Rabat s'est immédiatement félicité du succès de son bras de fer avec Washington. Un communiqué du Palais royal "prend note avec satisfaction de cette résolution, qui confirme (...) les paramètres incontournables de la solution politique".

Le Maroc a annexé le Sahara occidental en 1975, au départ du colonisateur espagnol. Le Front Polisario a pris les armes pour obtenir l'indépendance jusqu'à ce que l'ONU impose un cessez-le-feu en 1991. Le Polisario, appuyé par l'Algérie, réclame un référendum d'auto-détermination, alors que le Maroc propose une large autonomie.

La résolution souligne l'importance d'avancer dans les négociations, actuellement dans l'impasse, afin de "contribuer à la stabilité et à la sécurité dans la région du Sahel".

Elle "demande à toutes les parties de coopérer pleinement aux opérations de la Minurso" et de garantir la liberté de mouvement et de communication de son personnel.

Le Conseil réaffirme son soutien à Christopher Ross, envoyé personnel du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon. M. Ross, un temps désavoué par le Maroc l'an dernier, vient d'effectuer une tournée dans la région.

Depuis quelques années, le renouvellement du mandat de la Minurso donne lieu à des débats sur les droits de l'Homme, des ONG et un envoyé spécial de l'ONU ayant accusé les Marocains de torturer des militants sahraouis qui luttent pour l'indépendance du territoire.

Le texte adopté jeudi est "plus faible que l'an dernier", estime un diplomate. Il explique que les Etats-Unis se sont attaqués à un sujet extrèmement sensible pour Rabat et qu'ils ont dû "capituler en rase campagne".

"Le Maroc est désormais prévenu qu'on va surveiller de près son respect des droits de l'Homme", nuance le directeur pour l'ONU de Human Rights Watch Philippe Bolopion. Les Etats-Unis, estime-t-il, "doivent continuer de faire pression pour étendre le mandat de la Minurso" et leurs alliés devraient les soutenir.

Amnesty International a déploré de son côté une "occasion manquée de soumettre les proccupations persistantes sur les droits de l'Homme (au Sahara occidental) à une surveillance internationale nécessaire".

Selon le réprésentant du Front Polisario à l'ONU Ahmed Boukhari, "l'extrême hostilité" manifestée par le Maroc en réaction à l'initiative "louable" de Washington tend à prouver "que des violations graves des droits de l'Homme ont lieu et que le gouvernement marocain veut les dissimuler".

avz/lor

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