Le cap est passé. La France a enregistré au mois de mars une nouvelle progression de son taux de chômage, la 23e consécutive, atteignant et dépassant dans la foulée le "record" de 1997.

Avec 3,224 millions de chômeurs inscrits à Pôle emploi au mois de mars, les chiffres dévoilés ce jeudi 25 avril à 18h, dépassent en effet le plafond historique de 1997 (3,19 millions de sans emploi). Une mauvaise nouvelle qui n'a rien d'une surprise dans un contexte économique toujours aussi chahuté et alors que la France vient de réviser à la baisse toutes ses prévisions en matière de croissance.

Le mois dernier, la France a enregistré 36.900 nouveaux chômeurs de plus (+1,2%), soit un peu plus que la progression moyenne mensuelle depuis un an. En comptant les départements d'outre-mer, le pays franchit un autre cap symbolique, celui des 5 millions de chômeurs.

Cette mauvaise nouvelle intervient alors qu'un autre pays européen vient de pulvériser son propre record en matière de chômage. En Espagne, le taux de sans-emploi atteint désormais 27,16% de la population active, soit plus de 6 millions de personnes.

40 ans de "records" de chômage

Ce nouveau sommet du taux de chômage n'est qu'un épisode de plus dans le long feuilleton, vieux de quarante ans, du chômage de masse en France. Feuilleton qui a exercé une influence conséquente sur la vie politique du pays, plombant le bilan des majorités politiques au pouvoir.

Quand les agences pour l'emploi étaient vides

Le dernier pic de chômage avait été atteint en 1997, année politique marquée par une dissolution de l'Assemblée désastreuse par le président de l'époque, Jacques Chirac, et l'élection d'une majorité de cohabitation socialiste. A l'époque, le record absolu avait été atteint en métropole (10,8% de la population active) et dans les territoires d'outre-mer (11,2% de la population active). Ce taux représentait alors 3.205.000 de chômeurs.

Porté par une vague de créations d'emploi sans précédent dans l'histoire de la Ve République, Lionel Jospin avait néanmoins échoué aux portes de l'Elysée en 2002 au moment même où les créations d'emploi marquaient le pas.

Depuis 1975, date à laquelle le taux d'inactivité ne dépassait pas le seuil du chômage structurel (3%), le taux de chômage en France a été multiplié par plus de trois. Un phénomène inédit après la prospérité des Trente glorieuses et qui jouera un rôle non-négligeable dans l'élection de François Mitterrand en 1981.

Depuis 1982, le chômage n'est jamais redescendu sous la barre de 7% de la population active, précipitant la "pause" de l'expérience socialiste à partir de 1983.

C'est en 1993 que le chômage dépasse pour la première fois la barre des 10%. La même année, la majorité socialiste enregistre la pire défaite de son histoire et se retrouve laminée à l'Assemblée nationale.

Un contexte politique et social explosif

L'histoire est riche d'enseignements: les taux records de chômage font et défont les majorités politiques françaises. De bien mauvaise augure pour François Hollande, toujours tenu par sa promesse "d'inverser la courbe du chômage" d'ici à la fin de l'année.

INFOGRAPHIE: La France, bonne ou mauvaise élève du chômage?

Alors que les prévisions de croissance viennent d'être sévèrement revus à la baisse, le scénario d'une embellie dans les 10 prochains mois est d'ores et déjà considéré comme irréaliste. D'après Mathieu Plane, économiste à l'OFCE, ces outils "peuvent juste limiter la casse". Pour l'expert, "il faudrait un minimum de 1,5% croissance annuelle pour pouvoir inverser la courbe du chômage et on en est très loin".

L'Insee prévoit un taux de chômage de 10,6% en métropole mi-2013 (11% avec les départements d'outre-mer). L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), dont les prévisions sont à plus long terme, entrevoit une "stabilisation fin 2013", autour de 11,25% de la population active. D'après les dernières prévisions du FMI, la flambée du chômage devrait se prolonger dans les deux prochaines années: 11,2% en 2013 puis 11,6% en 2014.


Depuis la Chine, Hollande anticipe les mauvais... par francetvinfo

François Hollande a saisi la gravité de la situation. Même en Chine, où il est en visite d'Etat, le président de la République a tenu à réaffirmer qu'il entendait bien se concentrer sur cette priorité des priorités. "Si je suis en Chine, (...) je suis sur le sujet du chômage et de l'emploi qu'il convient de créer, parce qu'il ne s'agit pas simplement de contrats, il s'agit d'augmenter la présence des entreprises françaises pour qu'il y ait plus d'emplois en France. C'est le lien que j'ai voulu établir".

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  • Valéry Giscard d'Estaing en 1974, alors président de la République

    "Le gouvernement fera le nécessaire à temps pour vous protéger du chômage. Il en a la volonté et il en a les moyens."

  • François Fillon, en 2007, alors Premier ministre

    "Il n'existe (...) pas plus de fatalité du chômage de masse aujourd'hui qu'il n'en existait pour l'inflation hier. Mon gouvernement se fixe ainsi pour objectif un taux de chômage de 5 % à la fin du quinquennat."

  • Nicolas Sarkozy, en janvier 2010, alors président de la République

    "Dans les semaines et les mois qui viennent, vous verrez reculer le chômage dans notre pays."

  • George Pompidou, en 1974, alors président de la République

    "Je ne vous cache pas, qu'au travers des difficultés du moment, c'est le grand problème qui me préoccupe pour l'avenir".

  • François Mitterrand, en 1988, alors président de la République

    "200 ans après la Révolution française, après un siècle et demi de lutte sociale, va-t-on laisser ces nouveaux pauvres comme une honte sous nos yeux et notre incapacité à sauver les vies, à sauver les consciences?"

  • François Mitterrand en 1993, alors président de la République

    "Depuis plus de douze ans tout a été essayé. Si on fixe la conquête de l'emploi comme objectif prioritaire, on a raison."

  • Jacques Chirac en 1995, alors candidat à la présidentielle

    "L'emploi est la dignité de l'homme et sa meilleure protection sociale. Prenons garde à ne pas laisser se développer une sorte de culture du non-travail qui nous conduirait tout droit à la décadence."

  • François Hollande fin 2012, président de la République

    "Il faut conjurer une double peur: la peur du licenciement pour les travailleurs, la peur de l’embauche pour les employeurs".