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Tremblay aurait renvoyé Zampino s'il avait connu ses liens avec Accurso (VIDÉO)

24/04/2013 05:42 EDT | Actualisé 24/06/2013 05:12 EDT

Gérald Tremblay soutient qu'il n'a jamais rien su des rencontres et des voyages de son bras droit Frank Zampino avec le vice-président de Dessau, Rosaire Sauriol, et le patron de Simard-Beaudry, Tony Accurso, qui ont remporté en consortium le lucratif contrat des compteurs d'eau.

L'ex-maire de Montréal soutient que s'il avait connu ces liens à l'époque où M. Zampino était président du comité exécutif de la Ville, il l'aurait limogé. Et, ajoute-t-il, M. Zampino le savait.

Un texte de Bernard Leduc

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En fait, aurait-il connu l'existence des ces amitiés en 2001 que jamais M. Zampino ne serait devenu son bras droit. Mais ni M. Zampino, ni quiconque, d'ailleurs, ne lui en ont jamais rien dit.

L'ex-maire, qui défend avec vigueur sa gestion de la Ville, souligne, pour illustrer sa détermination, avoir personnellement mis à la porte, en février 2006, son directeur général Robert Abdallah, après avoir obtenu une information confidentielle selon laquelle on le voyait souvent avec Tony Accurso dans un restaurant italien de Montréal.

Gérald Tremblay soutient qu'il n'a pas expliqué à Robert Abdallah pourquoi il avait décidé de le remplacer. Il a tout de même été décidé de lui accorder un an de salaire, afin d'éviter des poursuites. « Je n'ai pas à confronter une personne qui va me donner 1001 excuses », a fait valoir l'ex-maire, en précisant que Robert Abdallah venait probablement d'apprendre le fond de l'histoire ce matin.

Le maire affirme cependant qu'il n'a jamais parlé de cette histoire avec Frank Zampino. Lorsque la procureure lui a demandé pourquoi il ne l'avait pas fait, M. Tremblay a répondu : « Faut se situer dans le temps et pour comprendre, il faut parler de Bernard Trépanier ». La procureure a alors interrompu le témoin en indiquant que ce sujet serait abordé plus tard.

M. Tremblay raconte par ailleurs que lorsque M. Zampino lui apprend qu'il accepte un emploi chez Dessau, quelques mois après son départ de la Ville, il « n'étais pas de bonne humeur » et lui dit qu'il fait « une grave erreur » alors que le dossier des compteurs d'eau fait l'actualité. Il appelle d'ailleurs, en vain, le patron de la firme, Jean-Pierre Sauriol (frère de Rosaire) pour lui déconseiller d'accepter cette candidature. Ce dernier, dit-il, n'a pas bronché, en lui faisant valoir qu'il dirigeait une entreprise privée.

Aussi lorsque qu'il apprend en avril 2009, par les médias, que Frank Zampino a séjourné sur le Touch de Tony Accurso, il tombe des nues. M. Tremblay lui demande alors au téléphone de lui donner les noms des autres personnes, mis à part M. Accurso, qui étaient avec lui sur le bateau en 2007 et 2008, en plein processus d'octroi contrat des compteurs d'eau. Il lui demande aussi, en vain, de lui donner les factures de ce séjour sur le Touch. « Je vais faire quoi? Je vais aller chez lui? », a-t-il lancé à la commission.

Or, M. Zampino refuse de lui dire ce que l'on apprendra plus tard, soit que s'y trouvait aussi Rosaire Sauriol, de Dessau. Et M. Tremblay sait maintenant pourquoi:

« Il sait très bien que s'il me donne les noms, c'est la fin du contrat des compteurs d'eau. » — Gérald Tremblay

Le témoignage de Gérald Tremblay confirme en quelque sorte celui de Frank Zampino, qui a lui aussi affirmé n'avoir jamais révélé ses lients d'amitiés avec Rosaire Sauriol, Tony Accurso et Paolo Catania au maire de Montréal. L'ex-président du comité exécutif avait cependant un avis diamétralement opposé à celui de Gérald Tremblay sur le bien-fondé de ces amitiés :

« Même si certains individus sont considérés des amis, j'ai toujours été capable de trancher la ligne entre mes responsabilités professionnelles et mes liens d'amitié, et cette ligne ne devait jamais être passée », avait-il fait valoir. « Moi je n'avais pas à exposer au maire quels étaient les amis ou les personnes avec qui j'ai tissé des liens au fil des ans, comme je ne lui ai jamais posé la question non plus ».

En politique pour sauver Montréal

Gérald Tremblay n'a jamais pensé dans sa vie qu'un jour il serait maire de Montréal. Mais lorsque George Bossé, représentant des maires de banlieue, lui propose en 2000 de se lancer, il accepte pour « redresser la situation financière de la Ville de Montréal ».

M. Bossé lui propose de rencontrer Frank Zampino, alors maire de St-Léonard. Les deux hommes deviendront ses complices politiques. « Je n'aurais jamais pu assumer les responsabilités de la mairie de Montréal sans le concours de George Bossé et Frank Zampino », soutient-il. Sans leur complicité, je n'y serais pas allé, cela aurait été impossible, dit-il, soulignant sa méconnaissance, alors, de la gestion municipale au quotidien.

« J'allais là pour sauver la Ville de Montréal : la Ville de Montréal était en péril. » — Gérald Tremblay

M. Tremblay est formel : « Il n'y a jamais eu de 3 % à Union Montréal, c'est impossible! On n'avait pas besoin de ça ». Il soutient cependant qu'il ne s'est jamais occupé des questions de financement. Il fonde sa conviction sur le travail de l'agent officiel du parti dont il défend l'honnêteté et l'intégrité : « J'ai totalement confiance en Marc Deschamps ».

Il précise ne pas s'être associé à M. Zampino en raison de son talent pour collecter des fonds à Saint-Léonard. Il ajoute d'ailleurs qu'il n'était pas au courant que l'organisateur politique de ce dernier, Bernard Trépanier, travaillait pour Union Montréal en 2001.

M. Tremblay se défend de ne pas avoir assumé ses responsabilités. Il souligne que, comme maire, il ne pouvait pas s'occuper de l'exécution quotidienne des mandats, mais qu'il les confiait à des personnes de confiance et en assurait le suivi.

« Je n'ai jamais fait d'aveuglement volontaire, je ne suis pas une personne naïve, je suis une personne qui fait confiance. » — Gérald Tremblay

Il a alors donné des exemples de plusieurs mesures qu'il a prises, dont la mise à pied de Robert Marcil, ex-grand patron des travaux publics. « À toutes les fois que j'ai été informé d'une situation, j'ai agi » dit-il, une phrase qu'il a répétée plus d'une fois dans les dernières années, tout comme plusieurs exemples évoqués.

Le service public comme vocation

M. Tremblay a soutenu que tout son parcours professionnel et politique visait à se mettre au service du bien public. Avocat, diplômé de Harvard, il se lance dans le redressement d'entreprises, dont les caisses d'entraide économique, puis se retrouvera à la Société de développement industriel, ancêtre d'Investissement Québec.

Libéral sans être militant, il est approché par Robert Bourassa en 1989, sera élu, et deviendra ministre de l'Industrie, où il créera les fameuses grappes industrielles.

« Je suis allé en politique essentiellement pour restructurer l'économie québécoise » — Gérald Tremblay

Après 1994, il fait de la consultation internationale, pour aider les pays en développement à restructurer leur économie.

Il est approché en 2000 par le directeur général de la Ville de Montréal, Guy Coulombe. Il fait alors, à sa demande, un rapport sur le déficit démocratique à Montréal. C'est la décision du maire Pierre Bourque d'ignorer le rapport qui l'a décidé à briguer la mairie.

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