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Commission Charbonneau: Zampino sollicité pour la mairie par un groupe en 2007

24/04/2013 10:00 EDT | Actualisé 24/06/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - Frank Zampino affirme qu'alors qu'il était président du comité exécutif de la Ville de Montréal, il a été sollicité par un groupe restreint pour briguer la mairie de Montréal, dans l'éventualité où le maire de l'époque, Gérald Tremblay, ne solliciterait pas de nouveau mandat en 2009.

Devant la Commission Charbonneau, mercredi, il a affirmé qu'en 2007, un «sounding board politique» l'avait approché, lors d'un souper, pour jauger son intérêt à se présenter à la mairie de Montréal.

Ces gens étaient Rosaire Sauriol, ex-vice-président de Dessau et ami de longue date, Bernard Trépanier, ex-responsable du financement de son parti Union Montréal, Martial Filion, ex-directeur de cabinet du maire, et Jean Battah, un ami qu'il a connu dans les années 1980 et qui travaillait en relations publiques.

«Je leur ai dit qu'il n'en était pas question; j'ai dégonflé la 'balloune' en disant que ça ne m'intéresse pas», a témoigné M. Zampino.

«Je leur ai annoncé qu'il y a de très bonnes chances que je ne serais même pas là en 2009, peu importe ce qu'allait faire ou décider le maire Tremblay. Suite à ces rencontres-là, je pense qu'il y a des personnes qui étaient ébranlées», notamment son bon ami Rosaire Sauriol, ingénieur du secteur privé.

Il ajoute qu'il a parlé de cette sollicitation, après, à Stéphane Forget, le directeur de cabinet du maire.

La juge France Charbonneau lui a demandé s'il était «éthique» et loyal envers le maire Tremblay de discuter ainsi de son intérêt pour la mairie, de discuter de l'avenir de Montréal et du parti avec un ingénieur du privé, M. Sauriol, mais pas avec le maire Tremblay.

Il a soutenu qu'il n'avait pas été question de l'avenir de Montréal et qu'il a toujours été loyal envers le maire.

Plus tard, en 2008, il a démissionné de son poste à la Ville de Montréal, un an avant la fin de son mandat.

Interrogé sur les motifs de sa démission, il a soutenu qu'il voulait passer à autre chose, retourner au privé, jugeant qu'il avait déjà suffisamment donné, après 22 années en politique active.

Après avoir reçu plusieurs offres d'embauche de firmes de génie-conseil, bien qu'il soit comptable de profession, il a choisi celle de Dessau. Son ami Rosaire Sauriol y était vice-président jusqu'à récemment.

«On ne peut pas envisager les offres d'emploi de Dessau, de Catania et même de Cima, pour un retour d'ascenseur, compte tenu du témoignage qu'ils ont fait devant la commission et de votre implication?», lui a demandé la procureure chef de la commission, Me Sonia LeBel.

«Mais pas du tout, pas du tout. Et je prends offense. Vous dites qu'ils m'ont impliqué, mais c'était basé sur du ouï-dire», s'est exclamé M. Zampino.

M. Zampino n'est resté chez Dessau que de janvier à avril 2009, à titre de vice-président aux finances.

Ce n'est qu'après, en 2009, que les reportages dans les médias ont fait état de sa présence sur le yacht de Tony Accurso, en 2008 notamment. C'est à la suite de ces reportages, de ce qu'il a appelé une «tempête médiatique» au sujet de ses voyages lorsqu'il était président du comité exécutif à la Ville, qu'il a quitté Dessau, a-t-il témoigné. Il affirme qu'il ne voulait pas que Dessau soit pris dans la tempête.

M. Sauriol avait toutefois donné une tout autre version à la commission, affirmant que l'arrivée de M. Zampino chez Dessau n'avait pas été bien vue.

C'est le commissaire Renaud Lachance qui a ainsi résumé le témoignage de Rosaire Sauriol: «Monsieur Sauriol dit que ce n'est pas à cause des journalistes que vous quittez, mais parce que dès que vous êtes entré dans la compagnie, il y a eu un grand malaise, qu'il y a des gens (qui disaient) 'coup donc, vous avez engagé ce gars-là?' Et il conclut c'était une erreur, c'était une erreur».

Mais M. Zampino a assuré que durant la brève période où il a été à l'emploi de Dessau, il n'a jamais eu maille à partir avec qui que ce soit.

Photos avec Accurso

Par ailleurs, la procureure chef de la commission, Sonia LeBel, a montré des photos de deux voyages en 2006 où l'on voit M. Zampino ou l'ancien directeur général de la Ville, Robert Abdallah, en compagnie de l'entrepreneur Tony Accurso.

Selon la procureure, ces photos ont été prises en février 2006 au Grand Canyon et en septembre 2006 au Caesars Palace de Las Vegas.

Sur l'une d'entre elles, on voit MM. Abdallah et Accurso poser pour une photo avec deux visages de «tiers innocents» qui ont été brouillés par la commission.

Sur une autre, on voit MM. Zampino et Accurso, de dos, avec des sacs d'emplettes, puis on voit l'enseigne du Caesars Palace.

«Je n'ai pas de souvenir de ça, mais ça semble être moi, oui, effectivement. J'ai déjà habité au Caesars Palace, oui. Je constate que j'ai été là avec monsieur Accurso», a simplement répondu M. Zampino, qui, la veille, ne se rappelait pas du voyage de septembre 2006.

Contre-interrogé par Me Denis Houle, avocat de l'Association des constructeurs de route et grands travaux du Québec, M. Zampino a nié le témoignage de l'ex-associé de l'entrepreneur Paolo Catania, Elio Pagliarulo, voulant qu'il ait effectué des travaux évalués à 250 000 $ dans sa cuisine. À vrai dire, M. Pagliarulo avait témoigné du fait que cela lui avait été dit.

«Je suis complètement outré. J'ai acheté ma maison en 2003 et entendre quelqu'un venir ici en commission dire que quelqu'un m'aurait fait une nouvelle cuisine à une valeur de 250 000 $ sans que cette déclaration ou ce témoignage soit corroboré, c'est complètement, c'est indéfendable. Je n'ai pas, depuis que j'ai acheté ma maison en 2003, changé une poignée de porte, changé une tablette. Jamais Paolo Catania a payé un cent pour ma cuisine», a tonné M. Zampino.

La commission passera maintenant en mode de non-publication pour entendre la suite du témoignage de M. Zampino. Suivra ensuite le témoignage de l'ex-maire Gérald Tremblay.

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