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Armes chimiques en Syrie: Obama sous pression alors que les rumeurs enflent

24/04/2013 12:51 EDT | Actualisé 24/06/2013 05:12 EDT

Les rumeurs grandissantes d'utilisation d'armes chimiques par Damas, venant désormais de proches alliés des Etats-Unis, font croître la pression sur le président Barack Obama qui avait assuré qu'un tel recours changerait l'équation du conflit syrien.

L'administration américaine, en public et en privé, assure n'être "pas parvenue à la conclusion" que de telles armes, illégales selon les traités internationaux mais dont le régime de Bachar al-Assad reconnaît posséder d'importants stocks, ont été employées sur le terrain.

"Il est important que nous fassions tout ce qui est possible pour surveiller, enquêter et vérifier toute déclaration digne de foi, étant donné les conséquences énormes pour les Syriens", a souligné mardi le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney.

Le 20 mars, lors de sa visite en Israël, le président Obama avait assuré qu'un recours à ces armements constituerait une "une grave et tragique erreur" pour M. Assad, et qu'un tel développement "change(rait) la règle du jeu". Il avait aussi parlé de "lignes rouges" à ne pas franchir pour Damas.

Or, mardi, le chef du département de recherche et d'analyse au sein de la division du renseignement de l'armée israélienne, le général Itaï Brun, a assuré qu'"Assad utilisait des armes chimiques en Syrie", évoquant "apparemment du sarin" sur la base de photos prises sur place.

"Pour autant que nous sachions en fonction de notre expertise, le régime a utilisé des armes chimiques mortelles contre les rebelles lors d'une série d'incidents ces derniers mois", a-t-il dit, après des évaluations similaires rapportées à l'ONU par Paris et Londres le mois dernier.

"Les Britanniques et les Français ont soumis une lettre au Secrétaire général de l'ONU (Ban Ki-moon) le 21 mars pour +attirer l'attention sur les récentes accusations sur l'usage d'armes chimiques en Syrie, en provenance de plusieurs sources+", a expliqué à l'AFP un haut responsable de l'administration Obama.

Toutefois, a-t-il noté sous couvert de l'anonymat, "l'usage d'armes chimiques dans un environnement comme celui de la Syrie est très difficile à confirmer. Etant donné les enjeux, des évaluations non confirmées de la part de gouvernements étrangers ne peuvent servir de socle à une action américaine".

De son côté, le secrétaire à la Défense américain Chuck Hagel, en visite au Caire, a remarqué que "les soupçons sont une chose, mais les preuves en sont une autre". "Il s'agit de questions graves et il faut être aussi certain que possible", a-t-il ajouté, en énonçant la nécessité pour les Etats-Unis de se fonder sur "leurs propres renseignements".

Gregory Koblentz, spécialiste des armements non conventionnels au Council of Foreign Relations, un groupe de réflexion de Washington, souligne que "dans l'idéal, il faut deux ou plus de deux sources indépendantes, ou des analyses qui vous donnent ce genre de certitude".

Or, ce n'est pas le cas actuellement en Syrie, où l'accès au terrain est difficile et la chaîne de transmission des preuves peu fiable. "Il n'est pas surprenant que différents pays parviennent à des évaluations différentes, parce que les preuves ne sont sans doute pas si solides ou définitives", remarque cet expert.

"Il faudrait bien plus qu'une évaluation peu fiable des Français et des Britanniques pour déclencher une escalade majeure ici à Washington", renchérit Aram Nerguizian, spécialiste du Moyen-Orient au groupe CSIS.

"Cela veut-il dit qu'il n'y aura pas de pression (sur l'administration Obama) pour agir? Non. Il y aura certainement des pressions aux Etats-Unis, dans le Golfe, en Syrie et en Europe", confie cet expert à l'AFP.

Mais M. Nerguizian note aussi que M. Obama a été prudent dans la formulation de ses mises en garde à Damas. "La déclaration sur les +lignes rouges+ a toujours été ambiguë. L'ambiguïté peut être un atout, mais aussi une faiblesse si elle est vue comme débouchant sur une situation difficile pour l'administration", qui "doit résister à la pression de déclencher une réaction irréfléchie".

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