NOUVELLES

Zampino : un défaut dans la cuirasse

23/04/2013 09:36 EDT | Actualisé 23/06/2013 05:12 EDT

Frank Zampino s'est empêtré mardi matin dans ses explications concernant la collusion à la Ville de Montréal. Après avoir affirmé plus d'une fois qu'il n'a jamais eu d'indices que ce phénomène existait, l'ex-président du comité exécutif a dû faire volte-face lorsque la commission l'a interrogé sur des informations contenues dans un rapport interne qui circulait à la Ville en 2006. M. Zampino a alors changé son fusil d'épaule et assuré qu'il avait agi résolument pour régler le problème. 

Un texte de François Messier et Bernard Leduc

Cette contradiction dans le témoignage de l'ex-numéro 2 de la Ville a entraîné une série de questions serrées de la procureure Sonia Lebel et des commissaires France Charbonneau et Renaud Lachance. Frank Zampino a dit être « désolé » d'avoir induit la commission en erreur et a laissé entendre qu'il avait peut-être répondu « trop vite » à la question sur la présence de signes de collusion.

Notre blogue en direct

Le document à l'origine de ces échanges est un le rapport « Appels d'offres, attribution et gestion des contrats de voirie, d'aqueduc et d'égout de la Ville de Montréal », rédigé en 2006 pour le compte du vérificateur interne. Ce rapport était accompagné d'une lettre confidentielle envoyée au directeur général de l'époque, Claude Léger. 

On pouvait y lire notamment que le marché de Montréal était dominé par quatre entreprises ayant récolté plus de 56 % des contrats octroyés par la Ville en 2005. Il s'agissait de Simard-Beaudry et Louisbourg (18,5 %), Infrabec (16,3 %), CSF et Mirabeau (14,7 %) et. Sintra et Pavages Moto (6,5 %). le patron de Simard-Beaudry et Louisbourg, Tony Accurso, est un ami de Frank Zampino. 

Après avoir soutenu, pendant des jours, n'avoir vu aucun signe de collusion à Montréal, Frank Zampino a admis que les conclusions du rapport en question lui avaient été présentées, et que Claude Léger l'avait mis au parfum des conclusions de la lettre confidentielle. Il assure cependant qu'il n'ont pas parlé précisément des entreprises mentionnées, ce qui contredit le témoignage de l'ex-directeur général de la Ville. 

Pressé de questions à ce sujet, l'ex-bras droit du maire Tremblay a longuement louvoyé, arguant pêle-mêle que le rapport avait été envoyé à Claude Léger plutôt qu'à lui-même et que des rapports du genre étaient nombreux, avant d'assurer qu'il avait agi résolument dans le dossier, en intimant M. Léger de s'assurer que les recommandations du rapport allaient être mise en oeuvre, notamment au sein de la direction des travaux publics. 

Celui qui soutenait quelques minutes plus tôt n'avoir jamais reçu d'indices que des entreprises faisaient de la collusion à Montréal a même fini par s'objecter à ce qu'on insinue qu'il n'avait pas agi dans ce dossier.

Il n'a pas pu dire s'il avait discuté de cette question avec le maire Gérald Tremblay, mais a assuré qu'il ne l'a jamais fait avec ses amis Rosaire Sauriol et Tony Accurso. 

La procureure Lebel a cependant noté qu'à l'époque de ce rapport, ces deux amis de Frank Zampino étaient réunis au sein du consortium GÉNIeau afin de mettre la main sur le lucratif contrat des compteurs d'eau. 

Des amitiés imperméables à la collusion

Frank Zampino a entretenu de forts liens d'amitié avec Rosaire Sauriol de Dessau et Tony Accurso de Simard-Beaudry qui ont eu, au fil des ans, de nombreux et lucratifs contrats avec la Ville, dont celui des compteurs d'eau. Mais jamais, dit M. Zampino, ils n'ont échangé entre eux des informations privilégiées et s'en maintenaient à des sujets généraux ou triviaux.

« J'ai toujours été capable de tracer la ligne entre mes responsabilités professionnelles et mes liens d'amitié », soutient l'ex-président du comité exécutif de la Ville de Montréal.

Cette amitié a néanmoins coûté à Frank Zampino son poste chez Dessau, en avril 2009, lorsqu'il a été révélé qui avait séjourné par deux fois sur le yacht de Tony Accurso avec Rosaire Sauriol, en février 2007 et 2008, soit avant et après que les deux hommes d'affaires eurent obtenu en consortium le lucratif contrat des compteurs d'eau.

Frank Zampino convient n'avoir jamais parlé au maire Gérald Tremblay de ses forts liens d'amitié avec ces importants fournisseurs de la Ville.

Le commissaire Lachance s'est montré surpris que M. Zampino considère toujours M. Sauriol comme son ami après que ce dernier l'a  impliqué dans le système de collusion des firmes, dont il soutient par ailleurs avoir appris l'existence grâce à la commission.

« Je ne m'attendais pas du tout à ce genre de témoignage... », a admis M. Zampino, qui n'avait pas hésité hier, pour sa part, à affirmer que l'ex-vice-président de Dessau avait « menti » sur son présumé rôle dans ce système.

Un témoignage qui tire à sa fin

L'ancien bras droit du maire Gérald Tremblay n'a pas encore été interrogé sur plusieurs sujets délicats, notamment:

  • le dossier des compteurs d'eau, un lucratif contrat que la Ville a accordé à un consortium constitué de Simard-Beaudry Construction et Dessau. Frank Zampino, ami de Rosaire Sauriol, ex-VP de Dessau, est allé sur le bateau de Tony Accurso, patron de Simard-Beaudry Construction, en 2007 et en 2008, soit avant et après que le contrat eut été accordé;

  • le dossier Faubourg Contrecoeur, dans le cadre duquel il a été accusé de fraude, de complot et d'abus de confiance. L'escouade Marteau estime qu'il était « la tête dirigeante du stratagème », qu'il a transmis de l'information privilégiée à Construction Frank Catania et, a posé des gestes pour favoriser l'entrepreneur;

  • les allégations de l'homme d'affaires Elio Pagliarulo, selon lesquelles Frank Zampino a reçu 555 000 $ en argent comptant et en cadeaux du grand patron de Frank Catania et associés, Paolo Catania. M. Pagliarulo affirme avoir remis de l'argent à cette fin à Paolo Catania, et ce, en présence de Frank Zampino.

Frank Zampino et les sept autres accusés dans le dossier Faubourg Contrecoeur - dont l'ex-solliciteur d'Union Montréal Bernard Trépanier et Paolo Catania - devront revenir en Cour supérieure lundi prochain pour connaître la date de leur procès.

Les questions relatives au scandale immobilier Faubourg Contrecoeur seront cependant abordées à la commission sous ordonnance de non-publication préventive, à la demande du Directeur des poursuites criminelles et pénales. Les avocats des médias pourront débattre ultérieurement du bien fondé de lever cette ordonnance en tout ou en partie.

Lundi, Frank Zampino a continué de contredire tous les témoins qui sont venus dire des choses incriminantes à son encontre. Il a par exemple nié :

  • que Rosaire Sauriol lui a bel et bien dit qu'il donnait de l'argent comptant à Bernard Trépanier pour le financement d'Union Montréal;

  • qu'il a tenté d'influencer des nominations à des comités de sélection et des résultats d'appels d'offres, comme l'a allégué l'ex-DG de la Ville Claude Léger;

  • qu'il est l'auteur d'un putsch contre les responsables d'un projet qui devait retirer la gestion des appels d'offres du service des travaux publics pour le confier à la direction de l'approvisionnement, comme l'a dit son ex-directeur, Serge Pourreaux.

L'ex-président du comité exécutif n'a de cesse de dire qu'il ne jouait aucun rôle dans le financement d'Union Montréal et qu'il n'a jamais été informé du système de collusion décrit par plusieurs dirigeants de firmes de génie-conseil, même si plusieurs des acteurs du système, dont Rosaire Sauriol et Bernard Trépanier, comptent parmi ses amis.

Lundi, il est allé jusqu'à avancer que les avocats des firmes de génie-conseil auraient pu recommander à leurs clients de le désigner comme bouc émissaire dans toute cette affaire.

Le témoin a à peine concédé lundi qu'Union Montréal sollicitait des contributions politiques d'entrepreneurs, ce qui viole la loi électorale du Québec. Cette affirmation n'est cependant plus qu'un secret de Polichinelle pour quiconque suit l'actualité politique québécoise.

Frank Zampino, qui témoigne avec assurance, a refusé de rencontrer les enquêteurs et les procureurs de la commission avant d'entreprendre son témoignage. Il conteste d'ailleurs souvent la preuve, qu'il s'agisse du registre téléphonique de ses appels avec Bernard Trépanier ou de la validité des extraits de son agenda électronique à l'hôtel de ville de Montréal. 

Qui savait quoi ? La collusion en 17 citations</p>
                        
                                
<p>

PLUS:rc