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Report du déficit zéro: François Legault brandit le spectre d'une décote

23/04/2013 03:13 EDT | Actualisé 23/06/2013 05:12 EDT

QUÉBEC - François Legault a brandi mardi le spectre d'une décote du Québec si le gouvernement péquiste repousse à plus tard le retour à l'équilibre budgétaire.

De l'avis du chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), la première ministre Pauline Marois a grandement miné sa crédibilité en ouvrant elle-même la porte, lors d'une rencontre privée avec un groupe de gens d'affaires la semaine dernière, à un report du déficit zéro au-delà de l'horizon 2013-2014.

«Que Mme Marois aille dire aux gens d'affaires: 'je réfléchis à peut-être reporter le déficit zéro', pour moi, c'est une attaque grave à sa crédibilité. En remettant en cause le déficit zéro, elle se rapproche de zéro au niveau de sa crédibilité. Ça n'a pas de bon sens ce qu'elle a fait», a soulevé M. Legault, en point de presse, avant la réunion du caucus de son parti.

Aussi difficile soit-il, le contexte économique ne justifie pas de décaler d'un an le déficit zéro, selon le chef caquiste. Si les revenus de l'État sont en baisse, c'est en raison de «l'incertitude économique» créée par le gouvernement Marois, a-t-il analysé.

Du reste, le Québec a déjà l'une des pires cotes de crédit parmi les provinces du Canada _ Aa2, par la firme Moody's _ et ne peut pas se permettre de risquer une dégringolade, a soutenu M. Legault.

«Sauf quelques provinces maritimes, il n'y a aucune province qui a une pire cote de crédit que le Québec, moi je ne suis pas fier de ça. Il nous faut faire quelque chose, on ne peut pas se permettre une baisse de la cote de crédit», a-t-il dit.

En dépit des douloureux efforts de réduction des dépenses exigés jusqu'ici par le gouvernement, le chef de la CAQ demeure convaincu «qu'il y a de la place dans la bureaucratie» pour des ponctions supplémentaires.

«Dans les commissions scolaires, dans les agences de santé, chez Hydro-Québec, il faut réduire la bureaucratie. Il y a assez de place pour être capable, en réduisant les dépenses, d'atteindre le déficit zéro. Mme Marois doit respecter sa parole», a-t-il fait valoir.

En Chambre, le chef parlementaire libéral, Jean-Marc Fournier, a mis sur le compte de «l'indécision» du gouvernement Marois et de sa culture des «moratoires» la chute des revenus de l'État.

Les investisseurs évitent le Québec, selon M. Fournier, et les finances publiques en subissent les contrecoups.

Sur la foi des données du Rapport mensuel des opérations financières au 31 janvier 2013, publié vendredi dernier, le leader libéral a évoqué un «trou» de près de 450 millions $ pour l'année financière qui vient de prendre fin.

«Le 28 mars, il manquait 250 millions $, maintenant, trois semaines après, on a un papier qui dit que ça va être 200 millions $ de plus, 450 millions $», a lancé M. Fournier pendant les débats à l'Assemblée nationale.

«Comment la première ministre essaie de nous convaincre que tout va bien, alors qu'en privé elle met en doute le déficit zéro?», a-t-il ajouté.

De fait, Mme Marois a rétorqué que les prévisions du gouvernement sont «parfaitement sur la cible». Plus encore, il y a «une marge d'ici la fin de l'année» pour assurer le retour à l'équilibre budgétaire, a-t-elle insisté.

La première ministre est restée fidèle au discours qu'elle exprime en public au sujet de l'équilibre budgétaire.

«Nous atteindrons les cibles budgétaires et nous maintenons le cap sur l'atteinte de cet équilibre, donc déficit zéro, pour 2013-2014», a-t-elle déclaré.

L'abandon de l'objectif du déficit zéro en 2013-2014 ferait cependant des heureux chez Québec solidaire. La formation de gauche s'est empressée mardi d'encourager la première ministre à reculer sur son engagement.

Même le Fonds monétaire international critique les politiques d'austérité en Occident, a souligné la coporte-parole et députée de Gouin, Françoise David.

Quant au spectre d'une décote brandi par la CAQ, Mme David a dit n'y voir que du vent.

«La cote de crédit du Québec n'a à peu près pas bougé depuis 10 ans, bon an, mal an, coupures, pas coupures, déficits, pas déficits. Donc, moi, je pense qu'on est en train de se créer des épouvantails», a-t-elle affirmé.

Pour faire bonne mesure, Québec solidaire a invité le gouvernement à convoquer la Commission des finances publiques pour évaluer la possibilité de reporter d'un an l'atteinte de l'équilibre budgétaire.

«On pense que ça serait fort intéressant et d'autant plus justifié que ce qu'on apprend depuis une semaine, c'est qu'il y a de plus en plus de grands organismes et de chercheurs qui remettent en question cette idée de l'austérité à tout prix», a-t-elle noté.

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