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Cannes 2013: «Le Démantèlement» de Sébastien Pilote à la Croisette (ENTREVUE)

23/04/2013 10:46 EDT | Actualisé 23/04/2013 11:00 EDT
Ismaël Houdassine

Et de deux! Après le film Sarah préfère la course de Chloé Robichaud sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs, Le Démantèlement de Sébastien Pilote (Le Vendeur) se retrouve dans la prestigieuse section de la 52e Semaine de la critique du Festival de Cannes. L’annonce officielle a été faite par Charles Tesson, le délégué général qui a d’ailleurs qualifié le second opus du réalisateur québécois de «bouleversant» et «d’une ampleur remarquable». Entrevue avec le cinéaste.

Les délégués de la Semaine de la critique, qui est exclusivement dédiée à la découverte de jeunes talents, ont choisi sept films parmi 1200 œuvres soumises. «Je suis très content et soulagé. D’autant plus que La Semaine de la critique, c’est choisi par un comité restreint qui est prêt à défendre votre travail», a déclaré hier le cinéaste lors d’un point de presse.

À ce titre, le réalisateur affirme avoir ressenti bien plus qu’un simple intérêt venant des membres du comité. «Bien sûr, ils l’ont apprécié. J’ai même éprouvé de leur part un véritable amour pour le film. Lorsque j’ai appris qu’ils le sélectionnaient, cela m’a fait plaisir, surtout pour l’acteur Gabriel Arcand qui incarne le personnage principal. Le voir ainsi retourner à Cannes une seconde fois, 41 ans après La Maudite galette de Denis Arcand, est une très belle anecdote», a souligné Pilote.

Dans Le Démantèlement, Arcand interprète le rôle de Gaby Gagnon, un fermier dans la soixantaine. Alors qu’il avait déjà soutenu financièrement sa plus jeune fille pour qu’elle puisse entreprendre une carrière d’actrice à Montréal, le voilà qu’il accepte de tout vendre afin d’aider sa deuxième fille qui élève seule ses deux enfants. «Gabriel est un grand acteur qui supporte littéralement l’œuvre sur ses épaules. Dans ce film, il est tout simplement magnifique. Il joue avec une grande justesse ce sentiment de paternité exprimé jusqu'à l’excès», avance le réalisateur.

Un héros tragique inspiré directement du Père Goriot, le roman de l’écrivain français Honoré de Balzac. «Mais ce héros ressemble aussi à beaucoup de pères québécois que j’ai rencontrés dans ma vie et qui donneraient tout pour leurs enfants. Toutefois, je ne voulais pas tomber dans le misérabilisme. Le Démantèlement, c’est surtout un film lumineux et généreux qui s’attarde avec tristesse et nostalgie sur la fin d’un monde».

Tourné entièrement dans la région du Lac St-Jean, Le Démantèlement semble poursuivre le même chemin amorcé par Le Vendeur, le premier long métrage du réalisateur dont le succès autant critique que populaire avait été l’une des surprises de l’année 2010. «Il existe des similitudes entre mes deux films. On y retrouve la relation père-fille. Vous savez, faire du cinéma d’auteur, c’est toujours faire un peu la même œuvre avec quelques différences toute de même. Le Vendeur parle d’un homme qui refuse d’arrêter de travailler parce que sa vie, c’est son travail. Alors que pour Le Démantèlement, le personnage décide envers et contre tous de s’arrêter», explique Pilote.

Plus jeune, le cinéaste se souvient d’une entrevue de François Truffaut qui affirmait après l’échec d’un de ses films ne plus vouloir raconter l’histoire d’un personnage qui s’en va sur une pente descendante.

«Il disait que faire ce genre de film ne marche pas et que cela ne pouvait jamais marcher. Une phrase qui m’avait frappée à l’époque, car moi, au contraire, ce type de personnages m’intéresse. Je ne vois pas la descente comme une chute. Mon long métrage peut se voir comme une montée dramatique sur un homme qui se défait tel un avion qui serait en train de s’écraser, d’où son titre, Le Démantèlement».

La Semaine de la critique se déroulera en parallèle du Festival de Cannes du 16 au 24 mai prochain. Cette plus ancienne section du festival composée d'un jury de critiques internationaux sera présidée par le réalisateur d'origine portugaise Miguel Gomes. Distribué par Les Films Seville, Le Démantèlement devrait sortir dans nos salles dès l'automne 2013.