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Collusion à Montréal: Zampino admet avoir été au courant d'indices dès 2006

23/04/2013 10:00 EDT | Actualisé 23/06/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - Frank Zampino, ancien président du comité exécutif à la Ville de Montréal, a dû admettre mardi qu'il savait depuis 2006 qu'il y avait des indices de collusion à Montréal, alors qu'il avait affirmé sous serment qu'il n'en avait jamais entendu parler avant les audiences de la Commission Charbonneau.

Lors d'un échange très serré, le commissaire Renaud Lachance a réussi à lui faire admettre qu'il était au courant dès 2006 et qu'il avait peut-être répondu un peu trop vite lorsqu'il avait nié avoir été mis au courant avant les audiences de la commission.

L'aveu est tombé après qu'il eut été interrogé sur un rapport du vérificateur interne de la Ville, Denis Savard, dont l'ancien directeur général de la Ville, Claude Léger, l'avait informé. Ce rapport de 2006 faisait clairement référence à des indices de collusion entre entreprises, à un nombre insuffisant de soumissions, au fait qu'il s'agit souvent des mêmes firmes qui remportent les appels d'offres.

Une lettre confidentielle jointe à ce rapport identifiait même des entreprises.

M. Zampino affirme n'avoir jamais vu ce rapport, mais admet que le directeur général Léger lui en a parlé et lui a même exposé les mesures correctrices qu'il pensait prendre. Et M. Zampino a changé sa version, assurant maintenant qu'il avait voulu lui aussi contrer la collusion à l'époque.

Ce changement de version a fait sortir de ses gonds le commissaire Renaud Lachance. «Vous avez menti, tout à l'heure, lorsque je vous ai posé la question 'est-ce que vous avez déjà entendu parler d'indices de collusion à Montréal?' Vous avez dit 'non, pas avant la commission'. Et là, vous êtes en train de nous dire que vous en avez tellement bien entendu parler, que vous avez posé de nombreux gestes pour essayer d'y répondre?» s'est exclamé le commissaire.

Mais M. Zampino a soutenu qu'il appartenait à M. Léger de voir au suivi des recommandations du rapport, pas à lui comme président du comité exécutif.

Quand le commissaire Lachance lui a demandé s'il avait au moins parlé au maire Gérald Tremblay de ces indices de collusion à Montréal, il a répondu qu'il «ne se rappelle pas d'avoir parlé au maire de ce dossier».

Cette fois, c'est la présidente de la commission, France Charbonneau, qui est sortie de sa réserve. «Vous, monsieur Zampino, vous étiez le bras droit du maire. Il était de votre responsabilité d'informer le maire» des indices de collusion, lui a-t-elle dit.

Un mur entre ses amis et sa fonction

Auparavant, M. Zampino avait assuré la commission du fait qu'il a toujours dressé un mur entre ses liens d'amitié avec des entrepreneurs qui avaient des relations d'affaires avec la Ville et son poste de numéro deux à la Ville.

M. Zampino a admis avoir une relation d'amitié avec l'entrepreneur en construction Tony Accurso, de Simard-Beaudry et Louisbourg Construction, et avec l'ex-vice-président de la firme de génie-conseil Dessau, Rosaire Sauriol. Et ils sont ses amis encore aujourd'hui, affirme-t-il.

«Même si j'ai tissé des liens, dans certains cas des liens serrés, avec des amis, au fil des ans, j'ai toujours été capable de faire la distinction claire entre mes liens d'amitié et mes responsabilités en tant qu'élu, en tant que président du comité exécutif», a-t-il clamé.

Mais même s'il était son bon ami, M. Sauriol ne lui aurait jamais dit qu'il participait à un système de partage des contrats entre les firmes de génie depuis des années, comme il en a témoigné devant la commission.

Un tel mutisme a étonné le commissaire Renaud Lachance.

«Monsieur Sauriol, il vous a menti _ si on vous croit _ pendant sept ans, à l'effet qu'il faisait de la collusion à Montréal. Et vous considérez cette personne-là, qui vous a triché dans le dos _ si on vous croit _ qui ne vous a jamais parlé de collusion, qui ne vous a jamais parlé d'une quelconque entente, et vous le considérez toujours comme votre ami? Celui qui a volé les contribuables de Montréal à travers la collusion? Vous, si on vous croit, vous avez été trahi dans tout ceci?» s'est exclamé le commissaire.

Il a aussi admis que le maire de l'époque, Gérald Tremblay, n'a jamais été mis au courant de ses liens d'amitié avec MM. Sauriol et Accurso, qui avaient beaucoup de contrats avec la Ville.

Voyages

Interrogé par la procureure chef, Sonia LeBel, il a admis avoir fait un autre voyage sur le yacht de Tony Accurso, en plus de celui qui avait provoqué son départ de la Ville, parce qu'il était survenu alors qu'une des entreprises de M. Accurso participait à un processus d'appel d'offres dans le contrat des compteurs d'eau.

Ainsi, en plus des voyages avec M. Accurso en février 2007 et 2008, il s'est rendu sur le bateau de M. Accurso en 2005 _ ce qui n'avait jamais été divulgué jusqu'ici.

Il se trouvait alors avec sa famille en Floride lorsqu'il a reçu un appel de Tony Accurso l'invitant à visiter son nouveau yacht, alors amarré aux Bahamas. M. Zampino s'y est alors rendu avec sa famille pour deux jours et il a payé lui-même 99 $ pour les billets d'avion pour se rendre sur place, a-t-il relaté. Mais M. Accurso n'était pas présent, bien qu'il s'agissait de son bateau.

Il a été dit devant la commission que la location d'un tel yacht coûte 75 000 $ par semaine.

M. Zampino a fini par dévoiler les fameuses preuves de paiement de ses deux voyages sur le yacht de Tony Accurso, soit 5000 $ pour lui et son épouse à chaque fois. Ce sont les pièces justificatives qu'il s'était engagé à montrer au maire Tremblay, dans sa lettre de démission, mais qu'il n'avait jamais voulu lui montrer.

Invité à expliquer son refus soudain de remettre les preuves de paiement au maire, il a soutenu qu'il ne voulait pas se prêter au «cirque médiatique» et qu'il n'était «plus une personne publique» puisqu'il quittait sa fonction. «J'ai considéré que ça devenait une inquisition», a-t-il justifié.

Un autre voyage s'est ajouté à la liste, cette fois à Las Vegas, avec Tony Accurso en 2006. À cette occasion, il a fait un «tour d'hélicoptère» avec M. Accurso et le directeur général de la Ville, Robert Abdallah. Il affirme qu'il a alors payé pour son voyage, mais pas pour la promenade en hélicoptère, payée par M. Accurso. La commission lui a demandé de fournir les preuves de ces paiements.

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