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Un complot terroriste visant un train de passagers Via Rail aurait été déjoué

22/04/2013 02:28 EDT | Actualisé 22/06/2013 05:12 EDT

TORONTO - Deux hommes qui auraient comploté pour commettre un attentat terroriste commandité par al-Qaïdaà bord d'un train de passagers de Via Rail dans la région de Toronto ont été appréhendés.

Raed Jaser, âgé de 35 ans, de Toronto, et Chiheb Esseghaier, un homme de 30 ans provenant de Montréal, ont été arrêtés et sont accusés de conspiration en vue de commettre une attaque et d'assassiner des personnes inconnues sous les ordres ou en association avec un groupe terroriste, a annoncé lundi la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Ils ne sont pas citoyens canadiens. Jaser serait né aux Émirats arabes unis, tandis qu'Esseghaier serait citoyen tunisien.

Les deux suspects doivent passer en cour pour une audience de libération sous caution, mardi à Toronto.

Des policiers, munis de mandats, ont fait des perquisitions à Toronto et à Montréal, lundi.

A Markham, au nord de Toronto, les policiers avaient placé un périmètre de sécurité, empêchant l'accès à la moitié d'un duplex.

Sanjay Chaudhary, qui demeure dans l'autre moitié du duplex, a dit que la GRC l'avait interrogé au sujet de son voisin, lui demandant s'il le connaissait et s'il lui parlait souvent.

M. Chaudhary a dit ne pas connaître ni l'homme ni celle qu'il croit être sa femme. L'arrivée des policiers l'a grandement surpris car, selon lui, le voisinage est «paisible».

Chiheb Esseghaier a étudié à l'Université de Sherbrooke en 2008-2009, a confirmé Isabelle Huard, conseillère des relations avec les médias. Il est actuellement doctorant à l'Institut national de la recherche scientifique, a indiqué une porte-parole de l'INRS.

Le superviseur universitaire d'Esseghaier, Tsuneyuki Ozaki, a indiqué, lors d'une entrevue téléphonique, ne pas vouloir trop s'avancer sur le cas de celui-ci, affirmant que l'INRS donnerait plus de détails mardi.

«C'est un choc pour moi», a-t-il reconnu, sans toutefois indiquer la durée de sa collaboration avec cet étudiant au doctorat.

Selon la porte-parole Julie Martineau, la thèse de Chiheb Esseghaier portait sur les nanosenseurs, et l'individu travaillait au Centre de recherche Énergie Matériaux Télécommunications de l'INRS à Varennes.

«C'était une surprise... nous sommes davantage occupés à faire de la recherche qu'à surveiller ce genre de choses», a-t-elle dit.

«[Chiheb Esseghaier] était quelqu'un comme vous et moi, qui vaquait à ses occupations. On n'avait pas porté quoi que ce soit à notre attention.»

Les cours se poursuivent comme à l'ordinaire, a mentionné Mme Martineau, après avoir indiqué que le professeur qui travaillait avec Essaghaier, Mohammed Zourob, avait quitté son poste en novembre 2012. Ce départ n'aurait aucun lien avec l'enquête en cours.

Mme Martineau a assuré que l'INRS collaborerait pleinement avec la police.

Les arrestations ne sont pas liées à l'attentat du marathon de Boston, a par ailleurs indiqué la police.

Montréal n'était pas une cible du complot, même si l'un des suspects y vivait et y travaillait depuis quelques années, a précisé la police fédérale. L'attentat que fomentaient les deux hommes était commandité par des éléments du groupe terroriste al-Qaïda en Iran, a soutenu lundi la GRC lors d'une conférence de presse à Toronto. Aucun détail n'a cependant été donné sur la façon dont les présumés terroristes auraient pu mettre leur plan à exécution.

Il n'y aurait pas non plus d'informations laissant croire que ce projet d'attentat était commandité, a ajouté la GRC.

Même s'ils avaient la ferme intention de perpétrer cet attentat, jamais la sécurité du public n'a été menacée, a assuré la police fédérale.

«Bien que la GRC croyait que ces individus avaient la capacité et la volonté de poser des actes criminels, il n'y a eu aucun danger imminent pour la population en général, ni pour les employés de chemin de fer, les passagers des trains ou l'infrastructure ferroviaire», a déclaré James Malizia, commissaire adjoint à la GRC.

Et s'ils avaient réussi à mettre leur projet à exécution, «plusieurs personnes auraient été tuées ou grièvement blessées», a-t-il poursuivi.

Les deux hommes doivent comparaître ce mardi. Ils feront notamment face à des accusations de complot en vue de commettre un attentat terroriste, et de complot pour attenter à la vie d'autrui au profit ou sous la direction d'un groupe terroriste, ou en association avec lui.

«Les accusations déposées contre ces deux hommes sont importantes, mais elles ne sont en rien comparables à la gravité des gestes qu'ils s'apprêtaient à commettre», a fait valoir l'officier responsable des enquêtes criminelles au Québec, le surintendant principal Gaétan Courchesne.

Les deux terroristes présumés étaient surveillés par l'équipe d'un projet baptisé «SMOOTH» depuis août 2012. La GRC, le FBI et le département américain de la Sécurité intérieure, entre autres, ont collaboré dans ce dossier.

«L'enquête représente une belle réussite de partenariat policier dans le cadre de nos équipes intégrées de la sécurité nationale. Elle démontre aussi à quel point la menace contre notre sécurité est bien réelle», a souligné le surintendant Courchesne.

Selon le surintendant Doug Best, les deux hommes sont apparus sur l'écran-radar des autorités grâce à des informations fournies par la communauté musulmane.

Environ une vingtaine de leaders de la communauté musulmane ont été appelés pour rencontrer la GRC et ont participé à une séance d'information avant la conférence de presse de lundi.

Ces leaders disent ne pas être surpris d'apprendre que la première information a été fournie par leur communauté.

Cette dernière est généralement composée de citoyens respectant les lois qui veulent faire une différence dans leurs villes et villages, a déclaré Farina Siddiqui, qui est membre de DawaNet, un groupe musulman.

«Nous devons identifier les problèmes dans lesquels s'empêtrent nos jeunes, puis identifier les solutions pour éliminer ce genre de situations», a-t-elle stipulé.

Du point de vue du ministre fédéral de la Sécurité publique, Vic Toews, l'affaire démontre que le terrorisme demeure une véritable menace pour le Canada.

«La réussite de l'opération "SMOOTH" est attribuable au fait que le Canada travaille de très près avec ses partenaires de l'étranger afin de combattre le terrorisme, a-t-il déclaré. Le Canada ne tolérera aucune activité terroriste et ne servira pas de refuge aux terroristes, ni à ceux qui soutiennent des activités terroristes.»

L'ambassadeur américain à Ottawa, David Jacobson, a pour sa part félicité la GRC pour les arrestations, affirmant qu'elles découlaient d'une importante coopération transfrontalière. «Des professionnels engagés des deux côtés de la frontière ont permis d'effectuer ces arrestations, a-t-il dit. Nous devons tous demeurer vigilants pour affronter les menaces et assurer la sécurité en Amérique du Nord».

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