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Sauriol a « menti », soutient Zampino

22/04/2013 09:22 EDT | Actualisé 22/06/2013 05:12 EDT

EN DIRECT - Frank Zampino soutient que « son bon ami » Rosaire Sauriol, qui l'a placé au centre d'un système de collusion et de financement illégal d'Union Montréal, a « menti ».

Un texte de François Messier et Bernard Leduc

L'ex-président du conseil exécutif affirme, sous serment, que jamais M. Sauriol ne lui a dit qu'il donnait de l'argent comptant à Bernard Trépanier pour le financement du parti. Il ajoute que M. Sauriol, « même s'il est un bon ami à moi, ne m'a jamais parlé d'un système de partage de contrats » entre firmes de génie.

De tous les hauts dirigeants de firmes de génie collusionnaires, le vice-président démissionnaire de Dessau est le seul qui a soutenu devant la commission avoir directement discuté de ces faits avec l'ex-président du comité exécutif.

Trois autres hauts-dirigeants de firmes de génie et un employé d'une autre firme ont dits, de leur côté, qu'ils avaient tiré de leurs discussions avec Bernard Trépanier la conviction que le système de partage de contrats, établi en échange d'argent pour Union Montréal et géré par M. Trépanier, avait l'aval de Frank Zampino.

« Je crois que ces bureaux d'ingénieurs ont fait leur stratagème et que si c'était remonté à mes oreilles, ça aurait été la fin de la récréation », a soutenu l'ex-président du comité exécutif.

M. Frank Zampino avait commencé ce matin son témoignage en affirmant qu'il n'avait jamais entendu parler de collusion entre entrepreneurs à la Ville de Montréal avant la commission Charbonneau, comme il l'avait déjà soutenu en ce qui concerne les firmes de génie, jeudi dernier.

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M. Zampino a soutenu que ni lui ni le comité exécutif, qu'il a présidé de 2002 à 2008, n'ont eu vent de rumeurs sur l'existence possible du système de collusion entre entrepreneurs qui sera décrit, notamment, par Lino Zambito d'Infrabec et par les ingénieurs de la Ville Gilles Surprenant et Luc Leclerc.

« Je répète, on ne nous a jamais alerté ni déposé de drapeau rouge », a-t-il soutenu. Il dit aussi avoir entendu pour la première fois à la commission que des fonctionnaires recevaient des cadeaux d'entrepreneurs, participaient avec eux à des tournois de golf ou encore faisaient avec eux des voyages.

Il a cependant lui-même reçu des bouteilles de vins de bureau d'ingénieurs et d'avocats lors des Fêtes, notamment de Paolo Catania de Frank Catania et associés. Il a aussi été invité par Rosaire Sauriol, vice-président démissionnaire de Dessau, a ses frais, à trois ou quatre parties de golf dans des clubs privés ( MM. Zampino et Paolo Catania sont co-accusés dans le dossier Faubourg Contrecoeur, pour fraude, abus de confiance et de complot).

C'est incidemment M. Sauriol qui lui a présenté Paolo Catania, fin 2005, pour l'inviter au party de retraite de Frank Catania.

Zampino imperméable aux influences

L'ex-président du comité exécutif de la Ville dit que jamais ses décisions n'ont été influencées par les dons faits à Union Montréal : « Tout le monde doit suivre les mêmes règles », a-t-il affirmé.

Il aurait d'ailleurs fait savoir, d'entrée de jeu, au directeur du financement du parti Bernard Trépanier qu'il avait l'interdiction stricte de lui organiser des rencontres avec des donateurs au parti, qu'il ne voulait pas voir « la parade » des ingénieurs et des entrepreneurs dans son bureau.

M. Zampino soutient qu'en fait, jamais les deux hommes n'ont parlé de financement entre eux : « Je ne lui posais pas de questions, et lui ne me posait pas de questions non plus ».

Il admet cependant avoir été luncher « par courtoisie » avec des entrepreneurs qui avaient des contrats avec la Ville et ramassaient incidemment la facture. Mais jamais il ne leur a donné d'information privillégiée et jamais, ajoute-il, ces rencontres n'ont influencé ses décisions.

Après seulement une journée et demie de témoignage, la semaine dernière, l'ex-numéro deux de la Ville avait déjà nié en substance les allégations à son endroit : il n'a pas entendu parler de collusion entre firmes de génie, n'avait aucun rôle à jouer dans l'octroi des contrats et ne participait pas aux activités de financement de son parti, Union Montréal.

Sur les allégations à l'endroit de Frank Zampino, vous pouvez lire : Qui savait quoi? La collusion en 17 citations et « L'homme le plus puissant de Montréal ». Sur l'administration Tremblay-Zampino, lire : « Un jour, justice sera rendue »...

Un long duel Lebel-Zampino

Après seulement une journée et demie de témoignage, la semaine dernière, l'ex-numéro deux de la Ville avait déjà nié en substance les allégations à son endroit : il n'a pas entendu parler de collusion entre firmes de génie, n'avait aucun rôle à jouer dans l'octroi des contrats et ne participait pas aux activités de financement de son parti, Union Montréal.

Frank Zampino, qui témoigne avec calme et assurance, n'a cependant pas encore été interrogé sur les dossiers les plus épineux qui ont marqué son travail aux côtés de l'ex-maire Gérald Tremblay. Les controversés dossiers des compteurs d'eau et du Faubourg Contrecoeur, dans lequel il est accusé de fraude, de complot et d'abus de confiance aux côtés de son ami Bernard Trépanier, n'ont pas encore été abordés par la procureure Lebel.

L'ex-président du comité exécutif de la Ville n'a pas encore été questionné non plus sur les allégations d'Elio Pagliarulo. L'homme d'affaires a affirmé en octobre dernier que Frank Zampino a reçu des pots-de-vin totalisant plus d'un demi-million de dollars de la part de l'entrepreneur en construction Paolo Catania. Elio Pagliarulo dit avoir lui-même vu Frank Zampino avec Paolo Catania, alors qu'il allait porter de l'argent comptant à ce dernier dans un club privé de Montréal.

Frank Zampino doit aussi être interrogé sur les allégations de l'ex-directeur de l'approvisionnement de la Ville, Serge Pourreaux. Ce dernier est venu dire à la commission, il y a deux mois, qu'une « démarche d'optimisation » du processus d'octroi et de gestion de contrats qui visait à réduire les dépenses de la Ville a été reléguée aux oubliettes tout juste avant qu'elle ne soit implantée. Il en a imputé la responsabilité à M. Zampino qui, dit-il, a écarté les responsables du dossier.

De nombreux dirigeants de firmes de génie-conseil sont venus affirmer en mars que Frank Zampino était le véritable chef d'orchestre du système de collusion auquel ont participé toutes les grandes firmes d'environ 2004 à 2009. Ce système, dont Bernard Trépanier et le président de Genius Michel Lalonde étaient aussi des rouages importants, selon ces mêmes témoins, a coûté des millions de dollars aux contribuables de la métropole.

L'ex-président du comité exécutif est un témoin coriace. Il a déjà contesté deux éléments de preuve déposé par la commission depuis le début de son témoignage, soit le registre téléphonique de ses appels avec son ami Bernard Trépanier, qu'il qualifie de « fausseté », et les extraits de son agenda électronique à la Ville, qui pourraient, selon lui, avoir été falsifiés.

La commission a cependant ébranlé le témoin en l'interrogeant sur ses liens avec des membres du crime organisé. Le témoin a déjà dû admettre qu'il avait assisté en 1991 au mariage du fils de Frank Cotroni et de la fille de Joe Di Maulo, deux mafieux notoires, alors qu'il était maire de la Ville de Saint-Léonard. Il n'a pu exclure non plus qu'il ait déjà sollicité une contribution politique de Jimmy Di Maulo, frère de Joe, et qu'il apparaissait sur une photo en compagnie du chef de la mafia sicilienne, Vito Rizzuto. 

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