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L'opposition syrienne en manque de leadership

22/04/2013 10:12 EDT | Actualisé 22/06/2013 05:12 EDT

L'opposition syrienne doit se trouver un nouveau chef, qui aura la difficile tâche de faire taire ses querelles intestines au moment où le régime marque des points sur le terrain.

Le chef de la Coalition nationale de l'opposition, Ahmed Moaz al-Khatib, a jeté définitivement l'éponge dimanche, officiellement pour dénoncer l'inaction de la communauté internationale face au bain de sang en Syrie qui a fait plus de 70.000 morts en deux ans selon l'ONU.

Sur sa page Facebook, il a affirmé se sentir "impuissant" et "emprisonné dans une cage" face à la poursuite de la guerre sans qu'aucune solution, diplomatique ou militaire, ne pointe à l'horizon.

Pour le remplacer, le temps que soient organisées des élections, la Coalition a nommé président par intérim George Sabra, un dur opposé au dialogue avec le régime.

Malgré les signes de soutien, dont le doublement de l'aide américaine non létale annoncé lors de la réunion samedi à Istanbul du groupe des "Amis de la Syrie", les adversaires du président Bachar al-Assad ont été déçus par le refus persistant des Occidentaux de fournir des armes sur le terrain.

Cinq mois après avoir été élu chef de la Coalition, "M. Khatib s'est rendu compte qu'il n'y avait pas de vrais engagements de la communauté internationale, malgré toutes les promesses", affirme Khattar Abou Diab, professeur de relations internationales à l'Université Paris-Sud.

Le soutien international à l'opposition "n'est pas comparable à celui des alliés du régime de Bachar al-Assad qui, eux, font tout pour le faire survivre", ajoute-t-il.

Moscou continue d'armer Damas, Téhéran lui fournit une importante aide économique et les combattants du Hezbollah libanais mènent selon l'opposition et des ONG la bataille dans des régions clés de Syrie, permettant à l'armée de marquer des points.

Fort de ce soutien et des progrès de l'armée sur le terrain, le président Assad s'est attaqué récemment à l'opposition, essentiellement basée à l'étranger, mettant en doute son patriotisme et minimisant son appui populaire.

Selon M. Diab, le chef de la Coalition était également de plus en plus gêné par les dissensions au sein de l'opposition, qui empêchaient celle-ci de montrer un front uni face au régime.

"L'opposition n'a pas élaboré de stratégie politique pour faire tomber le régime et n'a pas non plus assuré une administration efficace des zones libérées avec des services de base et la sécurité", souligne Yezid Sayigh, analyste auprès du Centre Carnegie pour le Moyen-Orient.

Un "Premier ministre rebelle", Ghassan Hitto, avait été élu en mars et chargé de former un gouvernement pour les zones rebelles, mais ce cabinet n'a toujours pas vu le jour.

La formation d'un tel gouvernement, voulu notamment par les Frères musulmans, influents membres de l'opposition, a été d'ailleurs l'une des principales causes de la démission de M. Khatib.

"Il craignait un dédoublement" du pouvoir, explique M. Abou Diab.

En outre, la rivalité entre l'Arabie saoudite et le Qatar, principaux soutiens de l'opposition, continue de peser sur sa fragile unité, estiment les analystes.

"Tout processus de reconstruction de l'opposition implique nécessairement une réconciliation entre l'Arabie saoudite et le Qatar", affirme Thomas Pierret, maître de conférences à l'Université d'Edimbourg en Ecosse.

"Ce n'est évidemment pas gagné d'avance mais si cette réconciliation intervient, on ira vers un organisme plus modeste, ne courant plus après d'illusoires promesses occidentales mais gérant ce qui peut l'être", dit-il.

Mais dans l'attente d'une éventuelle réconciliation, les analystes voient dans le renforcement de la relation entre opposition politique et rebelles sur le terrain le seul moyen de redonner un peu de punch aux opposants en exil.

"L'important est que la Coalition puisse construire une relation solide avec l'Armée syrienne libre (ASL)", principale composante de la rébellion, indique M. Pierret. "L'avenir de la Coalition est sans doute de devenir, dans une large mesure, la représentation politique de l'ASL".

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