POLITIQUE

Le Conseil du patronat veut le maintien de l'objectif du déficit zéro en 2013-14

22/04/2013 12:19 EDT | Actualisé 22/06/2013 05:12 EDT
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MONTRÉAL - La première ministre Pauline Marois a cherché à se rallier les gens d'affaires, lundi, lors de l'assemblée générale des membres du Conseil du patronat du Québec (CPQ), à Montréal.

Mme Marois a ainsi dénoncé poliment mais fermement certaines décisions du gouvernement conservateur de Stephen Harper en matière économique dont elle sait qu'elles sont mal accueillies par la communauté d'affaires.

Elle a évoqué l'intrusion fédérale en matière de formation de la main-d'oeuvre annoncée dans le dernier budget, ainsi que la décision d'Ottawa d'abolir le crédit d'impôt aux fonds de travailleurs, un geste pour lequel elle a directement demandé l'aide des décideurs économiques.

«Je suis prête à tendre la main à M. Harper comme je l'ai fait déjà à quelques reprises d'ailleurs pour le convaincre de changer cette décision. Mais je voudrais aussi pouvoir compter sur vous, du milieu des affaires, pour plaider la cause du Québec auprès d'Ottawa», a-t-elle dit.

La première ministre péquiste a pris garde de ne pas souffler un mot sur la souveraineté du Québec ou la gouvernance souverainiste, sachant son auditoire habituellement peu réceptif à ce genre de propos. Tout au plus l'a-t-elle invité à se joindre à elle pour le bien commun.

«On peut et on doit mettre de côté certains de nos désaccords pour atteindre un but commun, pour le bien du Québec», a-t-elle déclaré.

Mme Marois a par ailleurs promis de passer aux actes très bientôt dans certains dossiers où l'impatience des milieux d'affaires grandit, soit la mise sur pied de la Banque de développement économique du Québec — guichet unique pour les entrepreneurs — et l'adoption de la nouvelle loi sur les mines et le nouveau régime de redevances.

Un peu plus tôt, en rencontre de presse, le président du CPQ, Yves-Thomas Dorval, n'avait pas caché que l'attente d'une réforme du régime minier québécois et toute l'incertitude que cela provoquait représentaient un irritant important pour la communauté des affaires, tout comme les nombreuses hésitations et consultations du nouveau gouvernement péquiste.

«Un nouveau gouvernement, c'est normal, va chercher à faire des consultations. Le problème, en plus, c'est un gouvernement minoritaire alors ils va toujours faire attention à certaines décisions parce qu'il faut aller chercher le soutien de l'opposition. C'est compréhensible mais en même temps ça prend du temps. Aujourd'hui, on a besoin d'action si on veut générer des revenus», a-t-il dit.

Le président du CPQ, qui a félicité les efforts du gouvernement Marois jusqu'ici pour contrôler les dépenses de l'État, estime également que celui-ci doit maintenir le cap vers le déficit zéro en 2013-2014, et ce, malgré des revenus moindres qu'anticipés et une croissance anémique.

«Tant que nous ne sommes pas dans une période de récession ou de décroissance, nous croyons qu'il est beaucoup plus opportun pour nous de continuer à poursuivre un retour à l'équilibre budgétaire le plus vite possible», a indiqué M. Dorval, estimant que des finances en ordre représentaient justement la meilleure défense en cas de crise.

Il a également fait part de sa préoccupation face à la tendance de l'État à accepter de nouvelles charges financières sans compenser celles-ci par des revenus ou des réductions de dépenses équivalentes.

Par exemple, M. Dorval a dit comprendre les raisons qui ont poussé le comité D'Amours à suggérer une rente de longévité pour protéger le niveau de vie des retraités dans l'avenir, mais il a ajouté qu'on ne pouvait accepter une telle mesure sans compenser ce manque à gagner.

Extrêmement prudent sur les moyens d'y arriver, M. Dorval a tout de même suggéré de revoir certains éléments, notamment l'indexation de prestations de divers programmes comme le régime d'assurance parentale, la Commission de la santé et de la sécurité du travail ou la Régie des rentes, en attendant d'atteindre l'équilibre budgétaire.

Par ailleurs, interrogé sur l'avenir des grandes entreprises de génie et de construction et de l'impact de la Loi 1 sur leur capacité à poursuivre leurs activités, M. Dorval a dit croire que cette loi devrait être revue afin de faire la distinction entre les individus et les entreprises elles-mêmes.

«S'il y a des individus qui ont commis des fraudes, ils doivent être punis. S'il y a des individus qui (ont eu) des comportements éthiques inacceptables, il doit y avoir des conséquences. La personne morale (l'entreprise), elle, doit continuer à vivre. Une firme importante qui a des employés au Québec devrait pouvoir être en mesure de passer au travers la problématique de malversation et de fraude», a-t-il dit.

À défaut d'offrir une certaine forme d'«amnistie» aux entreprises — mais pas aux individus — M. Dorval estime que le Québec risque une perte d'expertise et de capacité d'intervenir dans l'activité économique qui serait lourde de conséquences.

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