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Collusion à Mtl: Zampino montre du doigt les ingénieurs et la fonction publique

22/04/2013 10:11 EDT | Actualisé 22/06/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - L'ancien président du comité exécutif de la Ville de Montréal, Frank Zampino, se lave les mains de tout système de partage des contrats contre ristourne à Union Montréal, montrant plutôt du doigt les firmes privées de génie et la fonction publique de la Ville.

Bien que certains témoins devant la Commission Charbonneau l'aient identifié comme partie prenante du système de partage des contrats ayant cours à la Ville, dans les années 2000, celui-ci a nié lundi avoir eu même connaissance qu'un tel système existait.

«Les bureaux d'ingénieurs ont décidé du système» de partage des contrats, a-t-il conclu. Il a juré que c'aurait été «la fin de la récréation» s'il l'avait su.

Il a nié également avoir été mis au courant du fait que des ingénieurs donnaient des milliers de dollars d'argent comptant à son ami Bernard Trépanier, responsable du financement de son parti, Union Montréal.

Placé devant le fait que ces ingénieurs ont admis devant la commission avoir donné de l'argent en retour d'informations privilégiées, leur permettant de mieux se répartir les contrats, M. Zampino a alors avancé que ces informations privilégiées provenaient peut-être de Robert Marcil, ex-directeur de la réalisation des travaux.

Puis il a aussi impliqué la fonction publique. «Les seuls qui ont de l'information privilégiée, c'est la fonction publique», s'est-il exclamé.

Pourtant même son grand ami Rosaire Sauriol, ex-vice-président de la firme de génie Dessau, a affirmé devant la commission que M. Zampino était au courant du fait qu'il avait donné de l'argent comptant à Bernard Trépanier pour Union Montréal.

À la suggestion du commissaire Renaud Lachance, M. Zampino a dû admettre qu'un des deux mentait nécessairement, soit lui-même, soit son ami Sauriol.

Avec le dg de la Ville

Il a par ailleurs nié avoir suggéré au directeur général de la Ville, Claude Léger, de nommer Robert Marcil à un comité de sélection, comme en avait témoigné M. Léger devant la commission. Non, a-t-il dit, car «je savais déjà qu'il siégeait sur des comités de sélection».

Sa réponse a fait sursauter le commissaire Renaud Lachance, puisque M. Zampino venait ainsi d'indiquer qu'il savait qui siégeait à des comités de sélection _ ce qui n'est pas censé être le cas.

Il a aussi nié avoir demandé à M. Léger d'intervenir dans un processus de sélection en lui glissant discrètement un papier avec des noms d'entrepreneurs, comme en avait témoigné le dg de la Ville. Celui-ci s'était dit «tétanisé» devant une telle tentative d'influence.

M. Zampino s'est rappelé d'avoir glissé un papier à M. Léger, mais assure que c'était seulement pour lui rapporter que quelqu'un _ dont il ne se souvient pas du nom _ s'était plaint à lui d'avoir été lésé par une décision d'un comité de sélection. Il demandait donc à M. Léger de vérifier s'il y avait dans cette doléance un fondement.

«Si monsieur Léger a été tétanisé par ça, il a la peau mince», a riposté M. Zampino.

La procureure chef de la commission, Me Sonia Lebel, l'a ensuite interrogé sur la raison d'une rencontre qu'il a eue avec Bernard Trépanier et Robert Marcil, le 19 février 2008, selon ce qui est inscrit à son agenda.

«Cette rencontre n'a jamais eu lieu», a-t-il martelé.

«On a falsifié votre agenda?» lui a demandé le commissaire Renaud Lachance, avec un sourire qui exprimait son scepticisme. Avec une pointe d'ironie, il a parlé du «mystère» de l'inscription dans son agenda.

Le témoin a nié avoir reproché à la commission d'avoir falsifié son agenda, ajoutant: «je ne sais pas combien de personnes ont eu accès à mon agenda» depuis qu'il a été saisi par les autorités.

La commission s'est aussi attardée aux rapports ou sommaires décisionnels soumis au comité exécutif faisant état de dépassements de coûts et de marché fermé à Montréal, notamment ceux soumis par le directeur de l'approvisionnement de 2003 à 2006, Serge Pourreaux. Celui-ci proposait des correctifs, notamment celui de transférer le système d'appels d'offres du service des travaux publics à celui des approvisionnements.

M. Pourreaux avait témoigné du fait qu'il avait même été tassé par M. Zampino, en même temps que le directeur général Robert Abdallah et un autre haut-fonctionnaire, parce que les trois voulaient mettre en place des correctifs.

«C'est complètement loufoque», s'est exclamé M. Zampino, disant refuser servir de «bouc-émissaire» à des hauts-fonctionnaires qui n'ont pas réussi à mener à bien leur rapport. Selon lui, si les correctifs n'ont pas été menés à terme, c'est parce qu'il y a eu objection dans des arrondissements, qui ne voulaient pas qu'on y importe les façons de faire de la ville centre.

Le commissaire Renaud Lachance s'est étonné de voir M. Zampino, qui avait nié si calmement avoir fait partie du système de partage des contrats à la Ville, s'insurger avec virulence du fait qu'on lui reproche d'avoir simplement déplacé administrativement des hauts-fonctionnaires.

«On vous sent vraiment outré de croire que vous ayez tassé M. Pourreaux pour bloquer cette initiative d'optimisation. Le ton monte; vous faites de longues interventions; vous prenez des mots forts comme 'loufoque'. Je ne sais pas si vous remarquez, mais vous êtes plus outré pour cet aspect très administratif que lorsque je faisais allusion au fait que vous participiez au système de collusion avec les ingénieurs», lui a fait remarquer M. Lachance.

M. Zampino a également été appelé à expliquer le courriel que son adjointe avait transmis à l'adjointe de Rosaire Sauriol, de Dessau, avec en pièce jointe le discours du maire de Montréal Gérald Tremblay.

Il a soutenu que c'était à la suite de l'entretien qu'il avait eu avec le futur directeur général de la Ville, Claude Léger, alors candidat à ce poste, en compagnie de Rosaire Sauriol. M. Léger «posait beaucoup de questions» sur les objectifs de la Ville et ses orientations. C'est donc pour cette raison qu'il a voulu lui transmettre l'allocution du maire Tremblay _ après qu'elle eut été prononcée et non avant _ mais en passant encore par l'intermédiaire du vice-président de Dessau.

Au resto avec les entrepreneurs

Dans le cadre de son témoignage, M. Zampino a admis être allé au restaurant avec des entrepreneurs en construction qui avaient des contrats avec la Ville. Et ce sont généralement eux qui payaient l'addition, a-t-il admis.

Les entrepreneurs voulaient par exemple «faire un suivi» des dossiers, s'informer des contrats qui s'en venaient à la Ville, a-t-il témoigné, ou lui expliquer ce qu'ils y faisaient comme projets. Mais il assure ne leur avoir transmis aucune information privilégiée et ne les avoir jamais favorisés dans l'octroi de contrats par la Ville.

Pourtant, du même souffle, M. Zampino affirme qu'il avait été bien clair avec son ami de longue date Bernard Trépanier qu'il ne voulait pas voir «de parade» d'entrepreneurs en construction ou d'ingénieurs dans son bureau.

M. Zampino a soutenu qu'il écoutait parfois l'entrepreneur et qu'ensuite, il ne faisait que le rediriger vers le département approprié de la Ville.

Rencontrer un entrepreneur était une simple question de «politesse», de «courtoisie» envers des gens qui contribuent à la richesse de la Ville, a-t-il soutenu.

M. Zampino a aussi expliqué qu'il ne voyait pas de problèmes dans le fait que des fonctionnaires de la Ville aient joué au golf ou aient reçu des billets de hockey de la part d'entrepreneurs en construction, si ceux-ci ne les ont pas favorisés et n'ont pas transgressé les règles.

Selon son témoignage, tout dépend de la personnalité du fonctionnaire en question, de sa capacité à résister aux cadeaux et faveurs qu'il reçoit de la part d'un entrepreneur ou d'une firme de génie-conseil.

M. Zampino a par ailleurs admis avoir reçu des bouteilles de vin, durant la période des Fêtes, de la part de bureaux d'ingénieurs, de bureaux d'avocats, mais pas d'entrepreneurs en construction.

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