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Tamerlan et Djokhar, deux frères attachés à leurs racines tchétchènes

19/04/2013 11:42 EDT | Actualisé 19/06/2013 05:12 EDT

Tamerlan et Djokhar Tsarnaev, deux frères d'origine tchétchène de 26 et 19 ans suspectés d'être les auteurs du double attentat de Boston lundi, vivaient depuis une dizaine d'années aux Etats-Unis, mais affichaient leur attachement à leurs racines.

Leur traque, qui a tenu en haleine l'Amérique pendant quatre jours, a pris fin vendredi soir avec l'arrestation de Djokhar, grièvement blessé. La nuit précédente, son aîné avait été abattu dans un échange de coups de feu avec les forces de l'ordre.

Pour Ruslan Tsarni --le frère de leur père, avec lequel il s'est dit brouillé--, les deux jeunes étaient des "+losers+", qui n'avaient jamais réussi à s'intégrer aux Etats-Unis où ils avaient obtenu l'asile après leur arrivée en 2003 depuis le Kirghizstan. Djokhar était pourtant devenu américain en 2012.

Interrogé sur ce qui avait pu les pousser vers le terrorisme, il a répondu: "La haine envers ceux qui ont été capables de s'intégrer". "C'est tout ce que je peux imaginer. Rien d'autre. Que cela ait à voir avec la religion, avec l'islam, c'est une imposture, c'est du toc".

Les interrogations que suscite encore la personnalité des deux frères sont pourtant loin d'être toutes éclaircies, puisque leur père les a au contraire décrits depuis le Daguestan comme des "musulmans fervents".

La famille Tsarnaev semble avoir quitté la Tchétchénie --ravagée par deux guerres dans les années 1990 entre le pouvoir central russe et une rébellion qui s'est progressivement islamisée-- pour les républiques russes d'Asie centrale.

"Je n'ai pas un seul ami américain, je ne les comprends pas"

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"Nous sommes musulmans, nous sommes tchétchènes, nous sommes de l'ethnie tchétchène", a déclaré Ruslan Tsarni. Les deux frères, à en croire leurs profils sur les réseaux sociaux et les témoignages de certains de leurs proches, restaient attachés à ces racines.

Grand jeune homme souriant sur les nombreuses photos diffusées après son identification, Tamerlan Tsarnaev avait été le sujet en 2010 d'un essai photographique intitulé "Je boxe pour un passeport", de Johannes Hirn, qui dresse le portrait d'un sportif accompli mais mal intégré.

Le photographe décrit alors Tamerlan comme un étudiant musulman en ingénierie à l'université Bunker Hill College, à Boston, qui avait suspendu ses études pour s'entraîner pour une compétition de boxe, les National Golden Gloves en 2009.

"Je n'ai pas un seul ami américain, je ne les comprends pas", aurait dit Tamerlan au photographe. Mais il lui aurait aussi assuré qu'il préfèrerait participer aux jeux Olympiques pour les Etats-Unis plutôt que pour la Russie, à moins que son pays, la Tchétchénie, n'obtienne l'indépendance.

"Tamerlan dit qu'il ne fume plus et ne boit plus: +Dieu dit: plus d'alcool+", écrit Johannes Hirn, qui cite Tamerlan lui disant qu'il est "très religieux": "Il n'y a plus de valeurs" et "les gens ne se contrôlent plus", lui aurait-il confié.

Tamerlan semblait détenir une page Youtube, à son nom, créée en août 2012, où il avait marqué plusieurs vidéos islamistes comme favorites, notamment dans une catégorie "terrorisme".

Un document officiel disponible publiquement montre que la police est intervenue en 2009 pour violences conjugales contre sa petite amie. Cette plainte l'a empêché d'obtenir la naturalisation américaine, selon le New York Times, qui cite le père des frères.

Son jeune frère, Djokhar, semblait de son côté mieux intégré, à en croire un les témoignages de ses amis et un compte Twitter identifié par plusieurs de ses camarades comme étant le sien.

Scolarisé au lycée Cambridge Rindge and Latin School, par où sont passés les acteurs Ben Affleck et Matt Damon, il "n'avait jamais montré aucun signe de méchanceté, rien qui puisse nous faire imaginer qu'il serait capable d'une telle chose", selon Eric Mecado, interrogé par CNN.

Selon lui, Djokhar portait toujours sa casquette à l'envers, comme sur la photo diffusée par le FBI jeudi soir.

Djokhar a gagné en 2011 un prix de la ville de Cambridge, d'une valeur de 2.500 dollars, dans la catégorie de lutte. Il étudiait cette année à l'université du Massachusetts à Darmouth, à une heure et demie au sud de Boston.

Une page sur le réseau social VKontakte, équivalent en Russie de Facebook, montre un jeune homme nommé Djohar Tsarnaev, qui serait allé à l'école au Daguestan, dans le sud de la Russie, entre 1999 et 2001.

Il indique sur la même page qu'il parle le tchétchène et y a également publié une blague évoquant implicitement le sort des musulmans dans le Caucase: trois hommes, du Daguestan, de Tchétchénie et d'Ingouchie, se trouvent dans une voiture. "Qui conduit ? La police".

Sur un compte Twitter identifié comme étant le sien par plusieurs de ses amis auprès de médias américains, environ un millier de messages décrivent pourtant aussi une vie typique d'étudiant, entre problèmes de devoirs à l'université, manque de sommeil et filles. Il raconte adorer son chat et détester les gens désordonnés.

Le dernier message de Djokhar Tsarnaev, publié un jour et demi après l'attentat de Boston, proclame: "Je ne suis pas le genre de mec stressé".

bur-mdm/jca

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