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Sahara/ONU: le Maroc mise sur l'intransigeance face à l'"allié" américain

19/04/2013 09:17 EDT | Actualisé 19/06/2013 05:12 EDT

Le Maroc a misé sur l'intransigeance face à la volonté de Washington d'inclure les droits de l'Homme dans la mission de l'ONU au Sahara occidental, ex-colonie espagnole qu'il contrôle, quitte a prendre le risque d'écorcher la relation "stratégique" avec l'allié américain.

Depuis la découverte lundi d'"initiatives tendant à dénaturer le mandat de la Minurso" -la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental-, la mobilisation générale a été décrétée dans le royaume.

Le renouvellement du mandat de cette mission qui surveille le cessez-le-feu depuis 1991 sera soumis au Conseil de sécurité d'ici fin avril et, de sources proches des négociations, les Etats-Unis ont préparé un projet de résolution autorisant la Minurso à enquêter sur les droits de l'Homme.

L'initiative a fait l'effet d'un coup de tonnerre au Maroc, où le Palais royal a convoqué en urgence les forces politiques, une réunion qui a permis de "réitérer le consensus national" selon un communiqué.

Dans le sillage de l'institution royale, c'est l'ensemble de la scène publique marocaine qui est montée au créneau.

Le "rejet" du Maroc de "ce type d'initiative partiale et unilatérale" est "catégorique", a martelé le porte-parole du gouvernement, Mustapha Khalfi, évoquant "une atteinte à la souveraineté".

Une délégation emmenée par le conseiller royal et ex-chef de la diplomatie, Taïeb Fassi Fihri, a pris le chemin de grandes capitales, dont Moscou et Pékin.

Pour sa défense, Rabat fait valoir qu'il fait beaucoup sur les droits de l'Homme au Sahara, alors que l'an dernier le Conseil de sécurité avait prolongé le mandat de la Minurso tout en demandant au Maroc "d'améliorer la situation".

Cette semaine, neuf ONG marocaines ont écrit à Ban Ki-moon pour assurer que les droits de l'Homme avaient "toujours été au centre de (leur) attention". Seule l'Association marocaine des droits humains (AMDH), à l'image de Human Rights Watch (HRW), s'est félicitée d'un élargissement de la mission de l'ONU.

Le Sahara est une cause sacrée au Maroc, et une réunion extraordinaire s'est tenue vendredi au Parlement sur la "question nationale".

"Il n'y a pas d'atteinte flagrante aux droits de l'Homme pour argumenter cette initiative (...), qui crée une fausse symétrie entre un Etat souverain respectant ses obligations internationales et une organisation +terroriste+", a déclaré le ministre délégué aux Affaires étrangères, Youssef Amrani, dans une apparente allusion aux indépendantistes du Polisario.

Le Maroc "est prêt à prendre les décisions nécessaires si ce projet est adopté", a-t-il mis en garde, suggérant un blocage du processus politique.

Publiquement, les autorités marocaines ont évité de fustiger les Etats-Unis, "partenaire stratégique" avec qui Rabat est lié par un accord de libre-échange.

Mais, preuve de fermeté, des mesures de rétorsion ont déjà été prises tel le report sine die d'un exercice militaire auquel s'apprêtaient à participer 1.400 soldats américains et 900 Marocains.

"Je pense que le Maroc restera un allié solide, mais il s'agit clairement d'un accroc", a déclaré à l'AFP le porte-parole de l'ambassade américaine, Rodney Ford.

Des manifestations populaires sont annoncées dimanche à Rabat, et la presse locale n'a pas pris de gants.

"Au-delà de l'étonnement, il y a la déception à l'égard d'un allié qui n'hésite pas (...) à humilier le Maroc", a tonné le quotidien L'Opinion.

Cet "étonnement" est d'autant plus fort que Rabat juge le contexte géopolitique favorable.

Avec l'insécurité au Sahel, l'intérêt pour le vieux contentieux du Sahara occidental, territoire grand comme le Royaume-Uni mais où vivent moins d'un million d'habitants, a repris de la vigueur.

La communauté internationale évoque désormais "l'urgence" d'un règlement et le Maroc, loué par la France pour sa "stabilité", se perçoit comme un rempart face au péril de l'islamisme radical.

L'initiative en cours pourrait avoir "des conséquences néfastes sur la stabilité de la région", a prévenu le gouvernement marocain.

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