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Le climat s'envenime entre Fatah et Hamas, malgré la démission de Fayyad

19/04/2013 09:48 EDT | Actualisé 19/06/2013 05:12 EDT

Les mouvements rivaux Fatah et Hamas se sont bruyamment réjouis de la démission du Premier ministre Salam Fayyad, protégé de la communauté internationale, dont le départ annoncé n'a pourtant pas fait avancer la réconciliation palestinienne.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a confirmé de son côté mercredi la poursuite de son projet de revitaliser l'économie palestinienne en Cisjordanie occupée, dont M. Fayyad aurait dû être un rouage essentiel.

L'entreprise a été confiée à l'envoyé spécial du Quartette au Proche-Orient Tony Blair, avec la participation du PDG de Coca Cola, Muhtar Kent, a-t-il annoncé devant le Congrès.

Dans sa dernière adresse radiophonique en tant que Premier ministre mercredi, M. Fayyad, qui a démissionné le 13 avril, a estimé que la division persistante entre la Cisjordanie et la bande de Gaza, gouvernées respectivement par l'Autorité palestinienne du président Mahmoud Abbas et le Hamas, était la principale ombre au tableau des progrès vers l'établissement d'un Etat palestinien.

"Peut-être le respect de la conscience des citoyens et de leur rôle exige-t-il de revenir devant le peuple et la tenue d'élections générales, qui sont la seule voie pour reconstruire notre système politique et atteindre nos objectifs nationaux", a-t-il plaidé.

Le Fatah de Mahmoud Abbas et le Hamas ont salué la démission de M. Fayyad comme une occasion d'appliquer enfin leurs accords de réconciliation du Caire (avril/mai 2011) et de Doha (février 2012), prévoyant que les gouvernements de M. Fayyad et du Premier ministre du Hamas, Ismaïl Haniyeh, cèdent la place à un exécutif transitoire non partisan chargé d'organiser des élections.

Mais cette perspective paraissait aussi lointaine qu'à la veille de cette démission, qui n'a pas dissipé l'acrimonie entre les deux camps.

"En vertu de la Loi fondamentale, le président dispose de deux semaines pour choisir la personne chargée de former le nouveau gouvernement", sous cinq semaines, a précisé un dirigeant du Fatah, Azzam al-Ahmad, en espérant que le départ de M. Fayyad et la mise à jour des listes électorales en Cisjordanie et à Gaza "favorisent les consultations sur la formation d'un gouvernement d'union nationale".

Mahmoud Abbas a affirmé jeudi soir qu'il allait "engager des consultations dans un avenir proche afin de former un gouvernement", sans autre précision, avant de partir pour la Turquie, puis l'Italie et l'Autriche, jusqu'en milieu de semaine prochaine.

Le Comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), réuni autour de M. Abbas, a appelé à "la formation d'un gouvernement d'unité nationale de personnalités indépendantes le plus tôt possible", mettant en garde le Hamas contre le risque de "gâcher l'occasion se présentant actuellement à la réconciliation", en référence au départ de M. Fayyad.

Peu auparavant, le Hamas avait accusé le négociateur palestinien Saëb Erakat de s'être entendu avec le secrétaire d'Etat américain pour "bloquer toute application des accords de réconciliation pendant trois mois afin de donner davantage de chances à John Kerry" de relancer des pourparlers de paix avec Israël, des "mensonges nuisibles à la cause palestinienne", selon M. Erakat.

Le bureau politique de Hamas est réuni à Doha jusqu'à samedi pour débattre notamment de "la réconciliation interpalestinienne et des développements après la démission (du Premier ministre Salam) Fayyad", selon un responsable palestinien.

Lors de la Journée des prisonniers palestiniens mercredi, une échauffourée a éclaté à Gaza lors d'un discours d'un dirigeant du Parti du peuple palestinien (PPP, gauche), une composante de l'OLP, qui a appelé M. Haniyeh à démissionner lui aussi pour permettre à Mahmoud Abbas de constituer un gouvernement d'union nationale.

En Turquie, M. Abbas devrait tenter de dissuader le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan de se rendre exclusivement à Gaza en mai, un projet salué par le Hamas, mais critiqué par le Fatah, qui reproche à de telles visites de "renforcer la division palestinienne".

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