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Boston: le profil d'une nouvelle génération venue au jihad par internet

19/04/2013 07:04 EDT | Actualisé 19/06/2013 05:12 EDT

Les deux suspects de l'attentat de Boston, des Tchétchènes ayant grandi aux Etats-Unis, semblaient correspondre au profil d'une nouvelle génération de jihadistes radicalisés sur internet qui choisissent de frapper sur place, selon des experts.

Les motivations de Tamerlan Tsarnaev, 26 ans, mort dans la nuit de jeudi à vendredi, et de son cadet Djokhar, 19 ans, toujours en cavale restent floues à l'heure actuelle et le secrétaire d'Etat John Kerry s'est refusé à se "livrer à des spéculations".

Mais, "malgré les nombreuses inconnues à ce stade", les actes et les méthodes des deux frères montrent "clairement une radicalisation aux forts relents internationaux", explique à l'AFP Frank Cilluffo, directeur de l'institut sur la sécurité intérieure de l'Université George Washington.

Musulmans et Tchétchènes, les frères Tsarnaev sont arrivés avec leur famille comme réfugiés vers 2003 à Cambridge, près de Boston, selon le récit de leur oncle, mais n'ont jamais vraiment vécu dans la république caucasienne.

"Ils ont quitté la Tchétchénie à cause de la guerre et seraient venus ici pour étudier. Le déracinement rend les jeunes plus facilement tentés par le discours radical", commente Bayram Balci, spécialiste du Caucase à la Carnegie, un groupe de réflexion de Washington.

"Il semble que le problème soit moins qu'ils aient pu ou non s'entraîner dans des camps en Tchétchénie, que leur radicalisation sur les réseaux sociaux", argue Seth Jones, spécialiste du terrorisme islamiste à la Rand Corporation.

Tamerlan avait une page Youtube à son nom, créée en août 2012, où il avait marqué plusieurs vidéos islamistes comme favorites, notamment dans une catégorie "terrorisme". Djokhar, qui semble détenir le compte twitter @J_tsar, fréquentait le réseau social VKontakte, équivalent en Russie de Facebook.

Le conflit en Tchétchénie est utilisé comme un "outil de recrutement par al-Qaïda" qui met en ligne de nombreuses vidéos pour attirer de nouvelles recrues, note Fiona Hill, spécialiste du Caucase à la Brookings Institution.

Sur sa page Youtube, l'aîné citait Feiz Mohammad, un prêcheur radical islamiste, et Abdel al-Hamid al-Juhani, un idéologue d'al-Qaïda en Tchéchénie.

Selon Mary Habeck, spécialiste de l'islamisme radical à l'Université John Hopkins, les premiers éléments semblent montrer que "Tsarnaev s'intéressait à une forme très radicale du salafisme, habituellement associé à al-Qaïda et ses filiales".

L'attentat de Boston peut aussi être un acte de terrorisme "purement intérieur" qu'une action "d'envergure internationale", selon que les frères Tsarnaev ont ou non eu des contacts avec des responsables jihadistes, explique Ben Wittes, de la Brookings Institution.

Il rappelle le cas de l'attentat sur la base militaire de Fort Hood en 2009, quand Nidal Malek Hasan, un psychiatre de l'armée avait abattu 13 personnes. Il avait auparavant échangé des courriels avec l'imam radical Anwar al-Aulaqi.

"Il y a beaucoup d'exemples de gens souhaitant combattre à l'étranger qu'al-Qaïda a encouragé à agir dans leur propre pays", rappelle Frank Cilluffo, soulignant que c'est précisément ce que prône Inspire, le magazine en ligne de la branche yéménite d'Al-Qaïda.

Les engins explosifs camouflés dans des cocottes-minute utilisés sur le marathon de Boston, rappellent en outre singulièrement ceux dont Inspire enseigne la fabrication.

Brian Jenkins, auteur d'une étude de la Rand sur le profil des jihadistes aux Etats-Unis, a recensé 104 attentats et projets depuis le 11-Septembre. Les trois-quarts des personnes impliquées sont citoyens américains, la moitié étant nées sur le territoire, 29% ayant été naturalisés. Comme le plus jeune des frères Tsaraev.

Le schéma est semblable dans de nombreux cas, affirme-t-il: "nombre de jihadistes identifiés dans ces affaires ont commencé sur internet leur parcours vers la radicalisation" et pour eux "le jihad est moins l'expression d'une croyance religieuse qu'un prétexte à l'expression d'un malaise personnel".

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