NOUVELLES

Raffinage artisanal dans le nord-est syrien

18/04/2013 06:07 EDT | Actualisé 18/06/2013 05:12 EDT

Dans le nord-est de la Syrie, des colonnes de fumée noire s'élèvent vers le ciel: il ne s'agit pas ici de dégâts causés par des bombardements aériens mais du raffinage artisanal de pétrole.

"Il y a un an, les gens ont décidé de raffiner eux-même le brut mais personne ne savait comment faire jusqu'à ce qu'un type du coin ayant étudié en Arabie saoudite leur explique", confie Ahmad, 35 ans, un ex-agriculteur devenu raffineur, debout devant une cuve remplie de brut.

Avec son frère Abdallah, Ahmad s'est lancé comme d'autres habitants dans le raffinage il y a trois mois, après que le régime eut perdu au profit des rebelles des champs pétroliers dans la province désertique de Deir Ezzor qui recèle les plus larges réserves pétrolières du pays.

La capacité de sa cuve est de 1.000 litres mais elle n'est remplie qu'aux trois-quarts car le raffinage nécessite de l'air, explique-t-il.

Les deux frères font bouillir le brut dans la cuve, provoquant une fumée noire. A l'ébullition, différents produits s'écoulent à travers deux tubes et refroidissent en passant sous trois nappes d'eau froide, avant d'être récupérés dans un conteneur.

On laisse échapper le gaz émanant de la combustion, puis on récupère du kérosène utilisé pour les réchauds de cuisine et du fioul. Le résidu, qu'ils surnomment le "gras", est recuit ou mélangé à du diesel et la mixture est utilisée comme carburant pour les camions.

Ils utilisent, à une petite échelle, le même processus de distillation que les grandes raffineries à travers le monde, une affaire rentable pour les deux frères.

Le raffinage d'une citerne prend environ quatre heures et, selon leurs estimations, ils font entre 50 et 60% de bénéfices sur chaque baril vendu aux habitants de la région.

"L'affaire tourne bien", reconnaît en souriant Ahmad, dont le visage et les mains sont noircis par la fumée. Tant que l'argent rentre, leur santé ne semble pas être une priorité. Ils ne portent ni gants, ni masques de protection et Abdallah pousse le vice jusqu'à fumer des cigarettes sur son lieu de travail.

"Il n'y a rien à craindre tant que vous ne fumez pas au-dessus de la cuve. Nous n'avons aucun problème" de santé, assure-t-il.

Les deux frères doivent parcourir un trajet de deux heures et demi dans la province de Deir Ezzor pour retrouver un intermédiaire. Celui-ci leur livre des barils de brut qu'il achète aux jihadistes du Front Al-Nosra ou à des tribus qui contrôlent les champs pétroliers abandonnés par l'armée.

Selon eux, le Front Al-Nosra --qui vient de prêter allégeance au chef d'Al-Qaïda Ayman al-Zawahiri-- est impliqué dans le trafic de brut depuis six mois. "Ils ont une main dans les affaires et l'autre dans les combats", explique Ahmad.

Ce groupe est respecté par une partie de la population pour sa combativité, sa discipline et sa capacité à organiser la vie quotidienne dans les zones contrôlées par les rebelles.

Mais Ahmad n'est pas un fan et travaille avec eux par nécessité. Les brigades rebelles comme "Liwa al-Tawhid (proches des Frères musulmans) et Ahrar al-Cham (salafistes) sont des bons gars mais nous n'aimons le Front al-Nosra", lâche-t-il.

Les frères achètent du brut trois fois par semaine. "Chaque puit a des prix différents car cela dépend de la qualité du pétrole", explique Ahmad.

Selon eux, une citerne de 2.200 litres se vend de 500 à 10.000 livres syriennes (55 à 1.000 dollars), mais le moins cher est de très mauvaise qualité et on ne peut en tirer que 50 litres de produits raffinés.

Deir Ezzor produisait environ 420.000 baril/j avant les sanctions imposées par les Etats-Unis et l'Union européenne en 2011.

L'UE envisage d'ailleurs de lever partiellement son embargo afin d'aider l'opposition, selon des sources diplomatiques.

str/sah/sk/ram/vl

PLUS:afp