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La Presse+: Entrevue avec Guy Crevier

18/04/2013 11:49 EDT | Actualisé 18/06/2013 05:12 EDT

La Presse dévoilait mercredi soir sa nouvelle application La Presse+ lors d'un événement au New City Gas, à Montréal. Les représentants des agences publicitaires et des médias ont pu tester l'application multimédia qui intègre textes, photos et vidéos.

À terme, La Presse+ remplacera l'édition papier du journal La Presse, appelée à disparaître (plus de détails ici).

Le Huffington Post Québec a profité de l'événement pour s'entretenir avec Guy Crevier, président et éditeur de La Presse. Il s'explique sur le choix de la gratuité pour ce nouveau média, tout en décochant quelques flèches aux médias qui utilisent le «paywall» (mur payant).

Pourquoi avez-vous choisi d'orienter votre modèle d'affaires vers les tablettes électroniques?

Les médias traditionnels connaissent de grands défis. L'industrie décline. Pourtant, sur la rue, on voit bien que les gens continuent de s'informer. Mais il veulent consommer l'information de façon différente. C'est quoi la valeur pour le gens de lire un journal qui a été mis en page à 23h le soir d'avant?

Mais l'édition iPad, livrée le matin, sera une édition statique?

Oui, mais il y a une fonction qui permet de voir les nouvelles en direct dans l'application. Donc, vous avez la profondeur de La Presse et en même temps le direct.

Le choix de la tablette numérique est audacieux. Le taux de pénétration de ces appareils demeure encore limité au Québec.

Il y a présentement 1,5 million de tablettes électroniques au Québec, selon les chiffres de l'an dernier. Sur les 1,7 million de personnes qui nous lisent dans l'écosystème de La Presse - c'est à dire les gens qui nous consomment sur le papier, le Web ou le mobile - 600 000 ont des tablettes électroniques et 500 000 affirment avoir l'intention d'en acheter au cours des 12 prochains mois.

Le téléphone intelligent, que tout le monde décrit comme une véritable révolution, a pris 7 ans pour avoir 10% de pénétration. La tablette a fait ça en 2,5 ans. La tablette électronique va devenir un média de masse, selon moi, plus fort que la télévision et les médias traditionnels.

Est-ce la raison pour laquelle vous avez laissé tomber l'idée d'offrir gratuitement la tablette en échange d'un abonnement [tel que rapporté par plusieurs médias]?

Nous n'avons jamais pensé donner la tablette en échange d'un abonnement. Il y a des gens qui ont écrit des choses à gauche et à droite, mais nous n'avons fait aucune déclaration [en ce sens]. Il n'a jamais été question de ça.

Pourquoi avoir fait le choix de la gratuité?

Le phénomène de la gratuité est irréversible. Aujourd'hui, les jeunes consomment une information qui est gratuite. [...] Plusieurs médias écrits aujourd'hui ont fait le choix d'imposer un «paywall». Je crois que seuls quelques médias comme le Wall Street Journal ou le Financial Times réussiront avec un «paywall». Parce qu'ils ont un contenu exclusif et parce que leurs abonnements sont souvent payés par le compte de dépense des compagnies. Mais, dans les faits, ça ne fait que ralentir la décroissance.

En Amérique du Nord, en 2006, il y avait 46 milliards$ de revenus publicitaires. En 2011, il n'en restait que 21 milliards$. C'est donc 25 milliards de revenus publicitaires qui se sont effacés.

Donc, vous voulez aller chercher une plus grande part de cette tarte publicitaire qui rétrécit?

Absolument. Les médias traditionnels ont réussi grâce à l'arrivée de baby-boomers sur le marché du travail, qui ont eu des grosses familles et qui consommaient des médias traditionnels. Les médias qui imposent un «paywall» vous donneront pas les chiffres sur la composition de leur auditoire, parce qu'ils savent très bien que c'est la même couche de vieux lecteurs de 50 ans et plus.

Je pense que les jeunes vont adorer ce qu'on leur offre aujourd'hui. Par jeunes, j'entends des gens de 25-30 ans, qui achètent leur première maison, première job.

Irez-vous chercher plus de revenus en vendant les publicités plus chères sur La Presse+ que dans le journal?

Non. Une publicité plein écran sur La Presse+ coûtera le même prix qu'une page de publicité dans la section A, Affaires ou Autos du journal. Par contre, pour nos nouvelles sections comme Pause, qui est plus magazine, on a choisi une tarification plus basse, mais compétitive avec les magazines.

À quel moment prévoyez que La Presse+ deviendra rentable?

Ce sera très rapide, dès janvier prochain. On pense pouvoir livrer au minimum 400 000 pairs de yeux distincts par semaine à partir de janvier prochain. Nous avons une bonne relation avec les agences [...]qui fait que les gens veulent annoncer chez nous.

Quand commencerez-vous à réduire votre circulation du journal?

Nous nous sommes engagés envers les agences de publicité à maintenir la circulation papier jusqu'au 31 décembre prochain, afin d'assurer une transition harmonieuse. Pour y arriver, nous allons distribuer un grand nombre de copies gratuites. Nous l'enverrons directement à nos anciens abonnés plus âgés qui ont cessé leur abonnement parce qu'ils pouvaient consommer l'information de façon gratuite. Pour les jeunes, ils nous disent carrément de ne pas leur envoyer de copies papiers gratuites, parce que ça ne répond par à leur mode de consommation de l'information.

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