NOUVELLES

La Jordanie entraînée "de force" dans le conflit syrien

18/04/2013 08:20 EDT | Actualisé 18/06/2013 05:12 EDT

La Jordanie se trouve entraînée "de force" dans le conflit syrien avec le renforcement des troupes américaines dans le royaume, selon des analystes, sur fond de mise en garde du président syrien Bachar al-Assad à son voisin, accusé d'apporter son soutien aux rebelles.

"On nous a forcés à entrer dans le conflit", estime l'analyste politique jordanien Labib Kamhawi.

La mauvaise situation économique du pays "a été utilisée pour mettre la pression sur le royaume afin qu'il ait un rôle plus actif dans le conflit", ajoute-t-il à l'AFP, en référence à l'aide économique et militaire très importante que les Etats-Unis fournissent à Amman.

Mercredi, le secrétaire américain à la Défense Chuck Hagel a annoncé un renforcement du dispositif militaire américain en Jordanie, pour le faire passer à plus de 200 hommes.

Les Etats-Unis avaient affirmé en octobre qu'une équipe d'environ 150 militaires avait été déployée en Jordanie pour être notamment prêts à agir si le régime syrien perdait le contrôle de ses armes chimiques.

Washington et ses alliés veulent à tout prix empêcher que, dans le chaos croissant de la guerre civile, ces stocks ne tombent entre les mains d'extrémistes islamistes.

Le porte-parole du gouvernement jordanien Mohamed Momani a déclaré jeudi à l'AFP que les troupes américaines étaient dans le royaume "pour renforcer les forces armées jordaniennes face à la situation en Syrie qui se détériore".

Mais l'armée jordanienne a démenti, indiquant dans un communiqué jeudi que "les 200 soldats américains n'ont aucun rapport avec la situation en Syrie. ils représentent le premier de plusieurs groupes devant participer aux manoeuvres militaires annuelles Eager Lion, auxquelles 15 pays prennent part" et prévues "dans les prochaines semaines".

"Les Forces armées jordaniennes ont les capacités nécessaires pour défendre les frontières, la stabilité et la sécurité de la Jordanie contre toute menace", a-t-elle assuré.

Lors d'un entretien télévisé mercredi, M. Assad a prévenu que la guerre civile dans son pays pourrait gagner la Jordanie, qu'il accuse d'entraîner les rebelles et de faciliter l'entrée de "milliers" de combattants en Syrie.

"L'incendie ne s'arrêtera pas à nos frontières, tout le monde sait que la Jordanie est aussi exposée (à la crise) que la Syrie", a-t-il dit.

Selon l'analyste Oraib Rintawi, qui dirige le Centre d'études politiques Al-Quds, Amman est parvenu pendant deux ans à se tenir relativement à l'écart du conflit.

"Résister aux pressions, notamment de l'Arabie saoudite et du Qatar (principaux soutiens de la rébellion, ndlr) a été coûteux (financièrement) pour la Jordanie, mais en même temps c'était un choix sage", a-t-il ajouté.

"La Jordanie a été forcée à franchir le pas pour des raisons économiques ainsi que par peur de voir le sud de la Syrie devenir un paradis pour jihadistes", indique-t-il.

La Jordanie, qui dit accueillir sur son sol plus de 500.000 réfugiés syriens, a cependant voulu souligner qu'elle restait opposée à toute intervention militaire en Syrie.

"Nous sommes toujours contre toute intervention militaire en Syrie", a indiqué M. Momani à l'AFP.

Pour l'analyste Mamoun Abou Nouwar, un général à la retraite, la mobilisation de troupes américaines à la frontière pourrait provoquer Damas.

"Le régime syrien pourrait avoir recours à des frappes militaires préventives. L'utilisation d'armes chimiques est une possibilité", estime-t-il.

"La Jordanie a été entraînée dans tout ça, principalement pour des raisons économiques. Publiquement, la Jordanie affirme être contre une intervention militaire mais en réalité les choses sont bien différentes", ajoute-t-il.

"La meilleure option à mon avis est l'endiguement, ainsi que l'armement modéré des groupes d'opposition", selon lui.

msh-akh/vl-feb/sbh

PLUS:afp