NOUVELLES

Commission: Zampino n'a «jamais» entendu parler de collusion à Montréal

18/04/2013 10:08 EDT | Actualisé 18/06/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - L'ancien président du comité exécutif de Montréal, Frank Zampino, a affirmé jeudi qu'il n'avait «jamais» entendu parler de partage de contrats ou de collusion entre les entrepreneurs en construction faisant affaires à Montréal, avant les audiences de la Commission Charbonneau.

D'autres témoins devant la commission ont affirmé qu'un tel système a existé durant les années 2000 à Montréal, notamment dans le secteur des égouts.

M. Zampino a toutefois entendu parler des coûts de construction plus élevés à Montréal, en 2002 ou 2003, mais c'était lors de discussions au comité exécutif, où on lui soumettait des raisons qui expliquaient les différences de coûts de construction entre Montréal et les banlieues.

On évoquait alors des coûts plus élevés de 10 à 15 pour cent, parfois 20, selon le secteur d'activités municipales, a-t-il rapporté.

La procureure chef de la commission, Me Sonia Lebel, s'est longuement attardée à une transaction concernant un terrain à développer, le projet Marc-Aurèle Fortin, à propos de laquelle l'ancien directeur des transactions immobilières pour la Ville de Montréal, Joseph Farinacci, avait déjà témoigné.

M. Farinacci avait rapporté que M. Zampino lui avait dit qu'il n'était pas content d'une recommandation d'un comité de sélection pour ce projet favorable à l'entrepreneur Iberville. M. Zampino aurait affirmé que ça devait être le tour du groupe Pétra-Saint-Luc de remporter le contrat, avait soutenu M. Farinacci.

«C'est complètement faux», s'est exclamé M. Zampino. Il a concédé s'être objecté au fait qu'Iberville remporte le contrat, mais assure que c'est parce qu'il savait que l'arrondissement Rivière-des-Prairies_Pointe-aux-Trembles s'y opposerait, pour des raisons de non-conformité.

Iberville proposait de verser 1,5 million $ à la Ville pour le terrain et Pétra-Saint-Luc, dernier de trois soumissionnaires, voulait verser 1 million $.

Un second comité de sélection a été formé, qui a cette fois choisi Pétra-Saint-Luc, de Joe Borsellino.

M. Farinacci, embauché pour que la Ville tire le meilleur parti possible de ses terrains, a alors exigé que Pétra-Saint-Luc verse 1,5 million $, comme Iberville, plutôt que 1 million $, avait-il témoigné.

«C'est moi qui ai demandé qu'on s'assure d'avoir 500 000 $ de plus de Pétra-Saint-Luc», a soutenu M. Zampino.

Départ de Trépanier

Par ailleurs, M. Zampino a soutenu qu'il n'a pas posé de question quand son ami de longue date, Bernard Trépanier, directeur du financement d'Union Montréal, lui a dit que son poste avait été aboli... mais qu'il continuerait à s'occuper du financement.

Devant la Commission Charbonneau, M. Zampino a soutenu que même si M. Trépanier a été congédié par le maire Gérald Tremblay en février 2006, ce n'est qu'en août 2006 qu'il l'a appris, bien que M. Trépanier soit son ami depuis 1986.

Et M. Trépanier n'aurait pas parlé de congédiement. Il lui aurait alors dit que son poste de directeur du financement avait été aboli, mais qu'il continuerait à s'occuper du financement.

D'autres témoins devant la commission ont affirmé que M. Trépanier a justement été congédié à cause de sa trop grande proximité avec M. Zampino.

Un autre motif qui a été évoqué devant la commission est une rumeur selon laquelle le cabinet du maire avait été informé du fait que M. Trépanier aurait demandé une somme de 1 million $ à un représentant des centres commerciaux Smart Center pour voir se réaliser son projet.

M. Zampino a affirmé que M. Trépanier était entré en trombe dans son cabinet, outré que cette rumeur circule, mais sans mentionner que c'était la raison invoquée par le maire pour le congédier ou abolir son poste.

M. Zampino a admis avoir ensuite demandé des explications au maire quant à cette rumeur sur M. Trépanier, mais sans que le maire lui dise que c'est pour cette raison, en partie, qu'il avait congédié M. Trépanier.

Il doute de la preuve

L'ancien numéro deux de la Ville de Montréal n'a pas apprécié que la commission se serve de son agenda électronique pour examiner ses rencontres, se plaignant du fait qu'il ne l'a plus entre les mains depuis longtemps. «Moi je ne peux pas aujourd'hui confirmer la véracité des dates exactes de ces rencontres ou des personnes qui sont présentes à ces rencontres», a-t-il affirmé.

Étonnée, la juge France Charbonneau lui a alors demandé s'il présumait du fait que ces documents auraient été falsifiés depuis qu'il ne les a plus entre les mains.

«Si je dois me baser sur certaines inscriptions à mon agenda, oui je suis porté à croire qu'il y a des inscriptions qui sont là et qui ne reflètent aucunement la réalité», lui a-t-il répondu, ajoutant qu'il ne savait pas combien de personnes avaient pu consulter son agenda.

«Je vais vous rassurer tout de suite, monsieur Zampino, il n'y a aucune fausseté ou malhonnêteté, malversation ou falsification qui sont faits du côté de la commission», a rectifié la juge Charbonneau.

Écoute électronique

Me Lebel a également fait entendre de l'écoute électronique entre Louis-Pierre Lafortune, réputé proche des Hells Angels, et un homme inconnu, où le nom de M. Zampino est mentionné.

Selon elle, il y est question du fait que l'on doit «passer des billets dans un compte de Garnier Construction» pour une activité de financement pour Union Montréal en avril 2009. Or, à cette date, M. Zampino n'était plus à l'emploi de la Ville.

«On n'a pas le choix, ça crisse, c'est Garnier, c'est Frank Zampino, estie ça (...) j'ai reçu des billets», y affirme Louis-Pierre Lafortune.

L'homme inconnu lui parle de «900 piastres», puis Louis-Pierre Lafortune ajoute «c'est ça, c'est Frank Zampino, ça on n'a pas le choix, pis en plus, faut que tu sois là, pis moi aussi». Et il ajoute que «c'est toute l'équipe municipale là».

Interrogé sur cette écoute électronique, M. Zampino a dit ne pas connaître Louis-Pierre Lafortune et y voir «du ouï-dire».

Selon lui, «sûrement, je n'ai aucun rôle à jouer» dans le financement, à cette époque, puisqu'il ne travaillait plus pour la Ville. «Et que M. Lafortune se serve de mon nom pour vendre des billets à quelqu'un, c'est complètement à mon insu et c'est inacceptable», a lancé M. Zampino.

Requête

En fin de journée, l'avocat représentant Pierre Bibeau, vice-président chez Loto-Québec et ancien organisateur du Parti libéral du Québec, s'est adressé à la commission pour obtenir un statut d'intervenant. Mais en concluant son propos, il a fini par réclamer un statut d'intervenant «ou encore de participant».

Un statut de participant permet d'être représenté par un avocat devant la commission et celui-ci peut contre-interroger les témoins. Un statut d'intervenant permet de suggérer des questions aux procureurs de la commission.

Son avocat, Me Louis Demers, affirme aussi que M. Bibeau veut être entendu par la commission.

PLUS:pc