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Algérie: un Français et sept Algériens jugés dans une affaire de moeurs

18/04/2013 02:47 EDT | Actualisé 17/06/2013 05:12 EDT

Un Français et sept Algériens ont comparu jeudi devant le tribunal criminel d'Annaba, à 600 km à l'est d'Alger, sous haute sécurité, pour une affaire de moeurs et viols.

Jean-Michel Baroche, 67 ans, principal accusé, s'est déclaré innocent, assurant, dès qu'il a été appelé à la barre, n'avoir violé personne.

Cet homme d'affaires avait créé à Annaba une agence de mannequins, Glamour Arabian Talent. Selon la presse locale, il recevait les candidates dans une luxueuse villa où il faisait venir des hommes pour des "parties fines", et les ébats étaient filmés et vendus sur internet.

Il est notamment poursuivi après la plainte d'une jeune femme pour viol, plainte qui a été suivie par celles de plusieurs autres victimes.

Une douzaine de victimes et 23 témoins devaient être entendus mais à l'ouverture du procès, seules six victimes étaient présentes.

Quatre autres inculpés, dont un ancien vice-président de l'Assemblée populaire communale (mairie), Saadni Abdenacer, sont emprisonnés depuis un an. Les trois derniers comparaissent libres. Parmi les accusés figurent quatre gynécologues.

Ils sont poursuivis pour onze chefs d'inculpation dont "atteinte à la pudeur", "production et diffusion de films pornographiques", "incitation à la débauche" et "détention de drogue".

La presse, présente en nombre, a été priée de quitter le tribunal par le juge, Brahim Mamène, qui a déclaré un huis-clos peu après que M. Baroche a entamé sa déposition.

"Je n'ai jamais violé personne", a-t-il affirmé posément, en demandant pourquoi le chef de la police n'avait pas, lors du dépôt de la plainte, réclamé des preuves ou fait effectuer des tests, notamment sanguin, pour déterminer s'il y avait eu, avant le viol, administration de drogue comme indiqué par l'accusation.

C'est cette plainte assortie d'autres accusations d'ordre pénal, selon la défense, qui avait mené à l'arrestation et à l'incarcération des cinq principaux accusés il y a exactement un an le 17 avril 2012.

M. Baroche a accusé la plaignante "d'accusations calomnieuses" envers lui et ses co-accusés.

Dans un français châtié, il a également réduit cette accusation à une déception sentimentale, la plaignante ayant appris qu'il allait "la quitter".

La jeune femme qui l'a accusé de viol, née en 1993, a imploré le juge de "lui rendre sa virginité". "Je suis ici pour vous demander de me rendre ma virginité", a-t-elle déclaré en pleurant, selon son témoignage rapporté par une avocate stagiaire elle-même en pleurs.

La victime, selon la même source, a expliqué qu'elle prenait des cours de maintien et de français à la villa pour devenir mannequin et qu'elle était rémunérée environ 50 euros par jour.

Un jour, a-t-elle indiqué au juge ainsi qu'écrit dans l'arrêt de renvoi, Baroche lui a "proposé de passer la nuit chez lui car elle était fatiguée". A son réveil le lendemain, elle a découvert que le Français dormait à ses côtés, qu'elle était nue et qu'il y avait du sang dans le lit. Elle a affirmé qu'il lui avait donné une gélule, selon son témoignage.

Une des conditions d'embauche par M. Baroche, selon les déclarations des victimes, consignées par la police, était de prouver sa virginité par un test.

Des affirmations démenties par le principal accusé, tout comme il a démenti les autres charges retenues contre lui.

Dans le camp de la défense on affirmait à l'AFP que le dossier de M. Baroche "était vide", alors que des familles de victimes à l'extérieur de la salle d'audience clamaient "ce Français a brisé la vie de nombreuses familles".

M. Baroche, qui se présentait comme un homme d'affaires, était venu de Tunisie il y a deux ans après le renversement du régime de Ben Ali.

Converti à l'islam en Algérie, il est marié à une femme d'une vingtaine d'années.

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