NOUVELLES

Un rapport d'experts propose la création d'une 'rente de longévité'

17/04/2013 03:38 EDT | Actualisé 17/06/2013 05:12 EDT

QUÉBEC - Pour assurer des revenus décents à la retraite, un comité d'experts mandaté par le gouvernement recommande la création d'une «rente de longévité», universelle, payable à compter de 75 ans.

Cette proposition inédite figure parmi les 21 recommandations unanimes formulées par le Comité d'experts sur l'avenir du système de retraite québécois dont le rapport fort attendu, au terme de 18 mois de travail, a été rendu public mercredi à Québec.

Les Québécois sont mal préparés pour la retraite alors que près de la moitié des travailleurs (1,9 million ou 47 pour cent) ne participent à aucune forme d'épargne-collective en prévision de leurs vieux jours.

Afin d'offrir une «sécurité financière additionnelle» aux 4 millions de travailleurs québécois, le comité présidé par Alban D'Amours suggère d'ajouter un nouveau palier de prestations, tout juste aux côtés de la Régie des rentes du Québec (RRQ) et destiné aux retraités les plus âgés.

«Il s'agit de couvrir ce que l'on appelle le 'risque de longévité', c'est-à-dire le risque de vivre plus longtemps que la période couverte par l'épargne de retraite, le risque de survivre à ses épargnes», a expliqué en conférence de presse M. D'Amours, ancien président et chef de la direction au Mouvement Desjardins.

En vertu de ce nouveau régime à prestations déterminées, tous les cotisants recevraient, à partir de 75 ans, une rente administrée par la Régie des rentes du Québec (RRQ) et dont les fonds seraient gérés par la Caisse de dépôt et placement.

Le coût total du régime serait de 3,3 pour cent du salaire du travailleur. Par exemple, avec un maximum de gains admissibles de 51 100 $, la cotisation pour un travailleur s'élèverait à environ 840 $ par année. La même ponction serait imposée à l'employeur.

Le rapport de quelque 200 pages ne formule pas de recommandation sur l'âge de la retraite mais le rêve de la liberté 55 et de la société des loisirs est bien fini, a fait comprendre M. D'Amours.

Le constat est implacable: l'espérance de vie s'accroît, les Québécois travaillent moins longtemps pour financer une retraite plus longue et l'épargne est souvent insuffisante pour assurer la sécurité financière dans les dernières années de la vie, a relaté le président du comité.

Le rapport brosse un tableau inquiétant de la santé financière des régimes de retraites sous la juridiction de la Régie des rentes du Québec, essentiellement ceux des municipalités et des universités. Ces régimes accusent un déficit de 41 milliards $ et un embellissement potentiel des marchés de même qu'une hausse des taux d'intérêt ne suffiraient pas à rétablir la situation, estiment les sept experts du comité.

«Le statu quo n'est pas une option. Nous avons collectivement une obligation de résultat. Nous sommes persuadés que le nouveau système de retraite proposé par notre comité renforcera, à terme, la sécurité financière de tous les Québécois», a fait valoir M. D'Amours.

Malgré les difficultés, le comité ne souscrit pas à la tendance actuelle observée dans le secteur privé de remplacer les régimes à prestations déterminées par des régimes à cotisations déterminées, financièrement plus risqués pour les travailleurs.

Au contraire, les régimes à prestations déterminées — qui ne bénéficient qu'à 35 pour cent des travailleurs, dont les deux tiers appartiennent au secteur public — «offrent la meilleure sécurité financière à la retraite» et il faut en assurer la «pérennité» et la «viabilité», estime le comité.

Le rapport recommande des changements à la «Loi sur les régimes complémentaires de retraite» pour faciliter «le partage des coûts» entre les participants et les employeurs. Il suggère aussi d'accorder une période de cinq ans aux employeurs, syndicats, participants actifs et retraités, pour trouver un moyen de remettre le navire à flot.

En réaction, la ministre du Travail, Agnès Maltais, a annoncé la tenue d'une commission parlementaire à l'automne pour édifier «un nouveau contrat social» en matière de retraite.

L'enjeu est trop important pour prendre des décisions précipitées et improvisées, a-t-elle justifié en point de presse.

«Le rapport D'Amours est basé sur des projections étalées sur 40 ans, alors prendre quelques mois pour voir quel sera l'impact sur la société québécoise, je pense que ça vaut la peine», a déclaré la ministre aux côtés de son collègue des Affaires municipales, Sylvain Gaudreault.

La ministre Maltais a aussi demandé à Alban D'Amours de sillonner le Québec, au cours du mois de mai, pour présenter son rapport et «jeter les bases du débat de société» à venir.

Chez les libéraux, au contraire, on juge qu'il y a urgence de revoir les règles des régimes de retraite.

«Tenons une commission parlementaire rapide pour que les gens viennent réagir au rapport et (présentons) un projet de loi cet automne. Les élus doivent décider», a insisté l'ancien ministre des Finances et député d'Outremont, Raymond Bachand.

Le même sentiment d'urgence anime la Coalition avenir Québec (CAQ) qui exige elle aussi le dépôt d'un projet de loi au plus tard le 15 septembre.

PLUS:pc